Il est des scènes de l’histoire dont la puissance dépasse les événements qui les ont fait naître. Les siècles passent, les acteurs disparaissent, les palais s’écroulent, les empires changent de maîtres ; mais l’image demeure. Elle entre dans la mémoire des peuples, elle nourrit l’imagination des générations nouvelles, elle devient comme une parabole par laquelle les hommes interprètent les combats du présent.
Telle est, pour une grande partie du monde protestant, la comparution de Luther à Worms.
Nous sommes en 1521. Le moine allemand se tient devant les puissances de son siècle. Charles Quint est là ; les princes de l’Empire sont assemblés ; derrière eux se profile l’autorité de Rome. Sur une table sont déposés les livres du réformateur. On lui demande s’ils sont de lui. Il le reconnaît. On lui demande s’il veut se rétracter.
Luther demande du temps.
Puis il revient.
Il ne peut, déclare-t-il, se rétracter à moins d’être convaincu par le témoignage des Écritures ou par des raisons évidentes. Sa conscience est captive de la Parole de Dieu.
Quelle scène ! Quel chrétien attaché aux saintes Écritures pourrait la considérer sans émotion ? Un homme seul devant les puissances de la terre ; une conscience qui refuse de parler contre ce qu’elle croit être la vérité ; la Parole de Dieu placée au-dessus des menaces des princes et des jugements des hommes !
Ayant longtemps vécu dans le monde protestant, j’ai reçu cette histoire avec admiration. Je l’ai lue sous la plume éloquente de Merle d’Aubigné. Et comment ne pas être entraîné par son récit ? Sous sa plume, l’histoire marche ; les personnages vivent ; les consciences s’affrontent ; la lumière de l’Évangile paraît sortir d’un long crépuscule. Luther avance, la Bible à la main, et devant lui les puissances anciennes semblent reculer.
Une impression profonde naissait alors en moi : Luther avait demandé qu’on lui montrât son erreur par l’Écriture, et personne n’avait pu le faire.
Rome avait parlé ; Luther avait demandé des preuves.
Rome avait commandé ; Luther avait demandé l’Écriture.
Rome avait menacé ; Luther avait invoqué sa conscience.
Rome, incapable de convaincre, aurait alors condamné.
Ainsi se formait peu à peu dans mon esprit une représentation qui allait bien au-delà du seul XVIᵉ siècle. Worms n’était plus seulement un événement historique : Worms devenait une clé d’interprétation de toute la controverse entre le protestantisme et le catholicisme.
D’un côté était la Bible.
De l’autre était Rome.
D’un côté, la démonstration.
De l’autre, l’autorité.
D’un côté, la conscience chrétienne soumise à Dieu.
De l’autre, une institution humaine défendant son pouvoir.
Mais les années passent ; l’homme relit son histoire ; et parfois une question, longtemps demeurée silencieuse, finit par se lever.
Luther avait demandé qu’on le convainquît par les Écritures.
Mais qui devait décider qu’il avait été convaincu ?
Le tribunal invisible
La question paraît d’abord étrange.
Quoi de plus légitime, dira-t-on, que de demander une démonstration tirée de la Parole de Dieu ? L’Écriture n’est-elle pas inspirée ? N’est-elle pas la Parole de vérité ? Les traditions humaines ne doivent-elles pas être jugées à sa lumière ?
Assurément, le chrétien catholique ne saurait mépriser les saintes Écritures. L’Église les reçoit comme inspirées de Dieu ; elle les proclame dans sa liturgie ; elle les médite dans sa prière ; ses docteurs les ont commentées ; ses moines les ont copiées ; ses missionnaires les ont portées jusqu’aux extrémités de la terre.
La véritable question n’est donc pas : faut-il écouter l’Écriture ?
La véritable question est : comment le Christ a-t-il voulu que son Écriture soit reçue, gardée, proclamée et interprétée dans son Église ?
Supposons qu’un docteur catholique réponde à Luther.
Il lui présente un passage de l’Écriture. Luther répond que ce passage est mal interprété.
Il lui présente le témoignage des Pères. Luther répond que les Pères peuvent errer.
Il lui présente la décision d’un concile. Luther répond qu’un concile peut errer.
Il lui présente l’autorité du pontife romain. Luther conteste cette autorité.
Il lui présente la pratique constante de l’Église. Luther répond que l’Église visible a pu s’éloigner de la vérité.
Que reste-t-il alors ?
Luther et sa conscience devant le texte.
Il ne prétend certes pas que sa personne soit infaillible. Il ne dit pas : « Je suis la vérité. » Il affirme au contraire être captif d’une Parole qui le dépasse. Sa sincérité peut être reconnue sans difficulté.
Mais une difficulté demeure.
Qui jugera entre Luther et celui qui lui répond ?
Si la réponse est : l’Écriture, la question n’est pas résolue, car c’est précisément le sens de l’Écriture qui est disputé.
Si la réponse est : l’évidence du texte, une nouvelle question surgit : évidence pour qui ?
Car ce qui paraît évident à Luther ne paraît pas évident à Zwingli ; ce qui paraît évident à Zwingli ne paraît pas évident aux anabaptistes ; ce qui paraîtra évident aux calvinistes ne convaincra pas les luthériens.
Tous ouvriront pourtant la même Bible.
Tous invoqueront l’Esprit.
Tous demanderont à être convaincus par l’Écriture.
Et tous ne seront pas convaincus.
Le drame de Worms contenait peut-être déjà, caché dans ses plis, un autre drame : celui de l’autorité capable de juger les interprétations contradictoires de ceux qui invoquent tous la même Parole de Dieu.
Une histoire racontée par les vainqueurs de leur propre mémoire
Il faut reconnaître la puissance du récit protestant.
Dans celui-ci, Rome apparaît souvent comme un accusé qui refuse de comparaître devant le tribunal de l’Écriture.
Le protestant demande :
« Où est le purgatoire dans la Bible ? »
Le catholique répond en parlant de l’Écriture, mais aussi de la Tradition et de la pratique ancienne de la prière pour les morts.
Le protestant conclut :
« Vous voyez ! Il ne peut répondre par la Bible. »
Le protestant demande :
« Où est la papauté dans la Bible ? »
Le catholique parle de Pierre, des clefs, du pouvoir de lier et de délier, de la mission d’affermir les frères, de la charge pastorale confiée à Pierre, puis de la succession apostolique et du développement historique de la primauté romaine.
Le protestant répond :
« Montrez-moi un verset disant explicitement que l’évêque de Rome est le chef visible de l’Église universelle. »
Et si le catholique refuse de réduire deux mille ans d’histoire ecclésiale à l’exigence d’un verset isolé, le verdict tombe :
« Rome ne peut répondre. »
Mais est-ce vraiment Rome qui refuse le débat ?
Ou bien le tribunal a-t-il été constitué par une seule des parties ?
Il y a là une confusion subtile entre deux propositions fort différentes :
« Le catholicisme ne peut répondre à mes objections. »
et :
« Le catholicisme ne répond pas à mes objections à l’intérieur du système d’autorité que je lui impose. »
Cette distinction a longtemps échappé à mon regard.
Je croyais voir un combat entre l’Écriture et la Tradition. Je découvre progressivement un conflit plus profond : un conflit entre deux manières de comprendre la transmission de la Révélation divine.
Le chrétien vient-il avant l’Église ?
Voici peut-être l’une des questions cachées derrière toutes les autres.
Pendant longtemps, j’ai spontanément pensé l’Église à partir du croyant.
Dieu sauve des hommes. Ces hommes, devenus chrétiens, se réunissent. Leur réunion forme une Église. Ils choisissent une organisation, établissent des ministères, rédigent une confession de foi, organisent un culte.
L’ecclésiologie vient alors après l’Évangile.
Elle pourrait presque apparaître comme un chapitre administratif de la théologie :
Maintenant que nous avons des chrétiens, comment doivent-ils s’organiser ?
Dans cette perspective, l’autorité de l’Église sera toujours seconde. Le croyant a reçu l’Évangile ; il a lu la Bible ; il s’est joint à d’autres croyants. Si l’institution ecclésiastique prétend ensuite juger sa lecture de la Bible, elle paraît usurper une place qui ne lui appartient pas.
Mais que se passe-t-il si l’Église n’est pas née de la réunion spontanée des croyants ?
Que se passe-t-il si Jésus-Christ lui-même a appelé les Douze ?
S’il leur a donné une mission ?
S’il leur a confié une autorité ?
S’il les a envoyés baptiser et enseigner ?
S’il leur a promis son assistance ?
S’ils ont établi des ministres ?
Si ces ministres en ont établi d’autres ?
Si la foi chrétienne nous est parvenue à travers cette chaîne vivante de prédication, de sacrements, de témoignages, de persécutions, de conciles, de controverses, de sainteté et parfois aussi, il faut le reconnaître, de péché ?
Alors la question change entièrement.
L’Église n’est plus le résultat de la lecture de la Bible par les chrétiens.
Elle est le Corps historique dans lequel la Bible elle-même a été reçue, transmise, proclamée et reconnue.
La Bible n’est plus opposée à l’Église comme la lumière à la prison.
L’Écriture est dans l’Église comme la Parole inspirée confiée au peuple de Dieu.
Alors le conflit de Worms prend un autre visage.
Il ne s’agit plus simplement d’un homme avec la Bible contre des prélats avec leur pouvoir.
Il s’agit d’une question redoutable :
Un chrétien, même sincère, même courageux, même profondément convaincu d’obéir à la Parole de Dieu, peut-il opposer son jugement sur l’Écriture au jugement de l’Église universelle ?
Rome avait-elle vraiment gardé le silence ?
L’imaginaire protestant donne parfois l’impression que la réponse catholique à la Réforme fut essentiellement composée de trois mots :
« Soumettez-vous à Rome. »
L’histoire est plus complexe.
Luther eut des contradicteurs. Ils ne furent pas tous également habiles. Certains comprirent mal la profondeur de la crise. D’autres répondirent trop vite. Les passions humaines se mêlèrent à la controverse. Des intérêts politiques, des rivalités nationales et des ambitions personnelles vinrent troubler les eaux déjà agitées.
L’Église du commencement du XVIᵉ siècle avait besoin de réforme. Nul catholique sérieux ne devrait chercher à transformer cette époque en un âge d’or imaginaire.
Mais reconnaître cela ne revient pas à dire que le catholicisme était intellectuellement sans défense.
Rome répondit.
Les théologiens répondirent.
Les controversistes répondirent.
Les conciles répondirent.
Et quelques décennies après Worms, la réponse catholique allait trouver une expression particulièrement systématique chez Robert Bellarmin.
La grandeur de Bellarmin fut précisément de comprendre que la controverse ne pouvait être résolue par quelques citations opposées à quelques autres.
Il fallait reprendre les questions depuis leur fondement.
Qu’est-ce que la Parole de Dieu ?
Comment connaissons-nous le canon des Écritures ?
La Révélation apostolique est-elle tout entière contenue formellement dans l’Écriture ?
Quelle est la fonction de la Tradition ?
Qu’est-ce que l’Église ?
Est-elle visible ?
Peut-elle enseigner avec autorité ?
Quelle est la fonction des évêques ?
Quelle est l’autorité des conciles ?
Quelle est la place du successeur de Pierre ?
Que sont les sacrements ?
Qu’est-ce que la justification ?
Qu’est-ce que le sacrifice de la messe ?
Ainsi, longtemps après que Luther eut quitté la salle de Worms, la controverse continuait.
Rome n’était pas demeurée silencieuse.
Mais sa réponse ne pouvait convaincre celui qui avait déjà décidé que l’Église elle-même devait comparaître devant un tribunal dont son propre jugement ecclésial était exclu.
L’héritage de Worms dans l’imaginaire évangélique
Les siècles ont passé.
Cependant Worms vit encore.
Il vit chaque fois qu’un chrétien évangélique imagine le catholicisme comme un immense édifice de traditions humaines que quelques versets bibliques suffiraient à renverser.
Il vit lorsque l’on dit :
« Jésus est l’unique médiateur ; donc l’intercession des saints est réfutée. »
« Le sacrifice du Christ a été accompli une fois pour toutes ; donc la messe catholique le recommence et contredit l’Écriture. »
« Nous sommes sauvés par grâce ; donc les catholiques enseignent le salut par les œuvres. »
« Tous les chrétiens sont prêtres ; donc le sacerdoce ministériel est une invention humaine. »
« Il n’y a qu’un seul Dieu ; donc la dévotion mariale conduit nécessairement à l’idolâtrie. »
Ces objections ont une apparence de force irrésistible lorsqu’on ne connaît la doctrine catholique qu’à travers la réfutation protestante de cette doctrine.
Mais une étrange découverte attend celui qui commence à lire directement les sources catholiques.
Les catholiques ne croient pas ce qu’on lui avait appris qu’ils croyaient.
Ou, plus exactement, les doctrines catholiques sont souvent beaucoup plus complexes que leur représentation polémique.
On découvre alors que la doctrine catholique du mérite est entièrement enracinée dans la grâce.
Que le sacrifice de la messe n’est pas conçu comme un nouveau sacrifice du Christ.
Que l’intercession des saints ne place pas les créatures à côté du Christ comme des médiateurs concurrents.
Que le sacerdoce ministériel n’abolit pas le sacerdoce commun des fidèles.
Que la vénération de Marie n’est pas l’adoration due à Dieu seul.
On peut encore contester ces doctrines.
Mais on ne peut plus dire qu’il n’existe aucune réponse.
Et c’est ici que l’imaginaire reçu commence à se fissurer.
L’autorité est-elle nécessairement l’ennemie de la vérité ?
Il existe dans l’esprit moderne une association presque spontanée :
La liberté est du côté de la vérité ; l’autorité est du côté du mensonge.
Celui qui argumente cherche la vérité.
Celui qui commande dissimule son absence d’arguments.
Mais est-ce toujours vrai ?
Un père qui interdit à son enfant de traverser une route dangereuse exerce une autorité. Cette autorité n’est pas la preuve qu’il est incapable d’expliquer le danger.
Un juge prononce une sentence. La sentence ne remplace pas l’examen des preuves ; elle le conclut.
Un concile définit une doctrine. La définition doctrinale ne signifie pas nécessairement que les évêques ont refusé toute réflexion théologique ; elle peut être le terme d’une controverse qui a duré des décennies ou des siècles.
Pourquoi l’Église serait-elle la seule réalité humaine dans laquelle toute autorité serait nécessairement suspecte ?
La véritable question n’est donc pas :
« Rome exerce-t-elle une autorité ? »
Elle est :
« Le Christ a-t-il donné une autorité à son Église ? »
Si la réponse est non, Rome est une usurpatrice.
Si la réponse est oui, le refus de toute sentence ecclésiale définitive devient lui-même problématique.
Tout dépend donc de l’ecclésiologie.
Et peut-être est-ce précisément ce que le grand récit protestant de Worms dissimule parfois : il présente comme conclusion du débat ce qui est en réalité l’un de ses présupposés.
Il raconte l’histoire comme si l’on savait déjà que l’Église visible ne pouvait pas posséder d’autorité doctrinale définitive.
Dès lors, toute condamnation de Luther devient nécessairement un acte d’autoritarisme.
Mais si le Christ a réellement fondé une Église visible, si cette Église possède une mission d’enseignement, si elle a reçu la charge de garder le dépôt apostolique, alors la scène devient infiniment plus complexe.
Une conscience sincère peut-elle se tromper ?
Je ne veux pas mépriser Luther.
Je ne veux pas rire de sa conscience.
Je ne veux pas nier son courage.
Il est trop facile de condamner, dans le confort d’un bureau et cinq siècles plus tard, un homme qui se tint réellement devant des puissances redoutables.
Mais le courage d’un homme ne prouve pas la vérité de toutes ses conclusions.
La sincérité n’est pas l’infaillibilité.
La conscience est un sanctuaire, mais elle doit être formée.
Un homme peut être sincèrement convaincu et se tromper.
Cette vérité vaut pour le catholique comme pour le protestant.
Et c’est peut-être ici que je relis aujourd’hui Worms avec un regard différent.
Autrefois, je voyais un homme disant :
« Convainquez-moi par l’Écriture. »
Et j’entendais dans le silence supposé de Rome l’aveu de sa défaite.
Aujourd’hui, une autre question me vient :
« Et si la réponse avait été donnée, mais qu’elle ne pouvait être entendue parce que les deux parties ne reconnaissaient plus le même tribunal ? »
Le drame de la Réforme serait alors plus profond que celui d’une institution corrompue persécutant un homme qui avait découvert quelques vérités bibliques oubliées.
Ce serait le drame d’une rupture de la communion ecclésiale.
Un homme invoque la Parole de Dieu.
L’Église invoque également la Parole de Dieu, mais elle affirme l’avoir reçue avec la Tradition apostolique et avoir reçu du Christ la mission de l’interpréter authentiquement.
L’homme demande à l’Église de prouver son autorité selon le principe que lui-même reconnaît.
L’Église lui répond que ce principe est précisément une partie du problème.
Alors le dialogue devient presque impossible.
Après Worms
Je comprends mieux aujourd’hui pourquoi le récit de Merle d’Aubigné m’avait si profondément marqué.
Il avait donné une forme historique à une conviction théologique.
Il ne m’avait pas seulement raconté Luther.
Il m’avait appris comment regarder Rome.
Chaque controverse catholique pouvait devenir un nouveau Worms.
Le protestant arrivait avec la Bible.
Rome arrivait avec son autorité.
Le protestant demandait des preuves.
Rome répondait par des décrets.
Le protestant parlait à la conscience.
Rome menaçait.
Cette image est puissante.
Mais est-elle complète ?
Je ne le crois plus.
J’ai découvert progressivement que derrière les réponses catholiques se trouvait un immense monde que je connaissais peu : les Pères de l’Église, les conciles, la théologie sacramentaire, la réflexion sur la Tradition, la succession apostolique, l’ecclésiologie, la distinction entre les différentes formes de médiation, le développement doctrinal.
Je croyais que Rome refusait de répondre.
Je découvre qu’elle répondait souvent à une question plus profonde que celle que je lui posais.
Je demandais :
« Où est ce verset ? »
Elle demandait :
« Qu’est-ce que l’Église ? »
Je demandais :
« Pourquoi ne vous soumettez-vous pas à mon interprétation de ce texte ? »
Elle demandait :
« Qui a reçu du Christ la mission de garder la foi apostolique ? »
Je demandais :
« Pourquoi invoquez-vous votre autorité ? »
Elle demandait :
« Pourquoi supposez-vous que toute autorité visible est nécessairement ennemie de la Parole de Dieu ? »
Ces questions ne prouvent pas à elles seules que le catholicisme a raison.
Mais elles montrent que la controverse n’est pas celle que j’avais imaginée.
Le combat n’oppose pas simplement la Bible à Rome.
Il oppose deux conceptions de la manière dont Jésus-Christ demeure présent au milieu de son peuple.
Et désormais, lorsque je contemple la scène de Worms, je continue à être ému par la gravité de cet homme debout devant l’Empire.
Mais je vois aussi derrière lui une autre tragédie.
Une déchirure est en train de s’accomplir dans la chrétienté occidentale.
Les uns croient défendre la Parole de Dieu contre les traditions humaines.
Les autres croient défendre l’unité visible de l’Église et le dépôt reçu des Apôtres.
Les passions se mêlent à la vérité.
Les péchés des hommes obscurcissent les choses saintes.
Les princes calculent.
Les théologiens disputent.
Les peuples s’agitent.
Et bientôt l’Europe chrétienne se divisera pour des siècles.
Devant un tel spectacle, il convient peut-être moins de chercher des héros sans ombre et des adversaires sans lumière que de demander humblement :
Seigneur Jésus-Christ, toi qui as prié pour que tes disciples soient un, garde-nous de prendre nos propres jugements pour ta Parole ; garde ton Église dans la vérité ; purifie-la sans la détruire ; réforme-la sans la diviser ; et donne-nous d’aimer les saintes Écritures sans jamais les séparer du Corps auquel tu les as confiées.
Car la Parole qui juge l’Église est aussi la Parole qui a promis de demeurer avec elle jusqu’à la fin du monde.
