Il existe des scènes de cinéma dont l’importance dépasse largement leur durée. Quelques secondes peuvent parfois transformer notre perception d’un univers tout entier. La scène du bouclier de Captain America dans Free Guy, sorti en 2021, appartient pour moi à cette catégorie. Elle constitue certes un clin d’œil spectaculaire au Marvel Cinematic Universe, mais elle représente bien davantage dans mon histoire personnelle. Quelque chose s’y manifeste avec une intensité particulière : une certaine conception de l’héroïsme qui me touche profondément, celle du retournement soudain d’une situation qui semblait désespérée.
Et ce retournement passe par deux médiations extraordinairement puissantes : le bouclier de Captain America et le thème musical des Avengers.
Avant la scène : le réseau de médiations qui l’a rendue possible
Avant d’examiner ce que cette scène de Free Guy a représenté pour moi, il faut commencer par remarquer une chose qui pourrait facilement passer inaperçue : ces quelques secondes de cinéma ont derrière elles une histoire immense.
Lorsque Guy fait apparaître le bouclier de Captain America et que retentit presque simultanément le thème des Avengers, le spectateur assiste à un événement qui paraît immédiat. Quelques images, quelques notes de musique, un geste héroïque, et l’émotion surgit.
Pourtant, rien de tout cela n’est immédiat.
Cette scène est au contraire le résultat d’une extraordinaire accumulation de médiations humaines, artistiques, industrielles, juridiques et techniques.
Pour qu’elle puisse exister, il a d’abord fallu que Captain America existe.
Le personnage plonge ses racines dans l’histoire américaine du comic book. Créé au début des années 1940 par Joe Simon et Jack Kirby, Captain America appartient d’abord à un contexte historique très différent de celui de Free Guy. Son célèbre bouclier devient progressivement l’un des attributs les plus reconnaissables du personnage. Au fil des décennies, dessinateurs, scénaristes, éditeurs et lecteurs contribuent à maintenir ce symbole vivant.
Une première chaîne de transmission apparaît donc :
des auteurs créent un personnage ; des dessinateurs lui donnent une apparence ; un éditeur le diffuse ; des générations de lecteurs le reconnaissent ; d’autres créateurs le réinterprètent.
Mais il faut ensuite une deuxième histoire : celle du passage des comics au cinéma.
Le développement du Marvel Cinematic Universe transforme progressivement Captain America et son bouclier en références cinématographiques mondiales. Les films donnent au personnage un visage, celui de Chris Evans, mais aussi des gestes, des situations dramatiques, des compagnons et tout un environnement audiovisuel.
Le bouclier cesse alors d’être seulement une image dessinée.
Il devient un objet cinématographique.
Des accessoiristes doivent le fabriquer. Des designers doivent déterminer son apparence. Des acteurs doivent apprendre à le manier. Des équipes d’effets visuels doivent rendre possibles certains de ses mouvements. Des cadreurs et des réalisateurs doivent décider comment le filmer. Des ingénieurs du son lui donnent même une présence acoustique.
Une multitude de métiers invisibles concourent ainsi à transformer le symbole dessiné en expérience cinématographique.
Une autre médiation : la musique
Parallèlement à cette histoire visuelle se développe une histoire musicale.
Les Avengers acquièrent progressivement leur propre identité sonore. Le thème composé par Alan Silvestri devient l’un des signes les plus immédiatement reconnaissables du MCU.
Cette musique connaît elle aussi toute une chaîne de médiations.
Il faut un compositeur.
Il faut une écriture musicale.
Il faut des musiciens et des orchestres capables de lui donner corps.
Il faut des studios d’enregistrement, des microphones, des ingénieurs du son, des logiciels, des consoles de mixage et des supports numériques.
Il faut ensuite que cette musique soit associée à certaines images et surtout à certains moments décisifs.
Car une musique ne devient pas héroïque simplement parce que sa mélodie possède certaines caractéristiques. Elle acquiert aussi une partie de sa signification par les scènes auxquelles elle est progressivement associée.
À force d’accompagner les Avengers, leur rassemblement et leurs combats, le thème se charge d’une mémoire.
Lorsque quelques notes retentissent, elles peuvent alors faire surgir tout un univers sans qu’il soit nécessaire de le montrer.
C’est précisément cette mémoire musicale que Free Guy va pouvoir mobiliser.
Une médiation industrielle décisive : la rencontre de deux univers
Il fallait cependant encore qu’une autre rencontre devienne possible.
Free Guy n’est pas un film du Marvel Cinematic Universe. Son récit appartient à un autre univers. Pourtant, au moment de sa réalisation et de sa sortie, Free Guy et Marvel se trouvent placés dans un environnement industriel permettant cette rencontre exceptionnelle.
La scène repose donc aussi sur des médiations institutionnelles et juridiques.
Un personnage, un symbole ou une musique appartenant à un grand univers cinématographique ne peuvent pas simplement être introduits dans un autre film comme si ces éléments étaient sans propriétaire et sans histoire. Derrière quelques secondes de spectacle existent des entreprises, des ayants droit, des autorisations, des accords et des décisions de production.
Ce que le spectateur reçoit comme une surprise spontanée suppose donc en amont tout un réseau organisé.
Il a fallu que quelqu’un imagine le gag.
Il a fallu qu’il soit proposé.
Il a fallu qu’il soit accepté.
Il a fallu que l’utilisation du bouclier soit possible.
Il a fallu que la référence musicale puisse l’accompagner.
Il a fallu enfin intégrer ces éléments au récit sans détruire l’effet de surprise.
Ainsi, derrière le surgissement apparemment miraculeux du bouclier à l’écran se trouve quelque chose de beaucoup moins miraculeux mais tout aussi fascinant : une immense coopération humaine.
Ryan Reynolds, Shawn Levy et la médiation des créateurs
Il faut également compter les personnes qui ont porté Free Guy lui-même.
Un film n’existe jamais seulement par son scénario. Il passe par des producteurs, des réalisateurs, des acteurs, des techniciens et une multitude de collaborateurs.
Dans le cas de Free Guy, la personnalité de Ryan Reynolds et la réalisation de Shawn Levy participent à la manière dont le film joue constamment avec les références de la culture populaire et vidéoludique.
L’idée du bouclier n’est donc pas déposée dans un espace abstrait.
Elle est intégrée à une mise en scène précise.
Il faut que Guy soit en difficulté.
Il faut que le spectateur perçoive cette difficulté.
Il faut que le bouclier apparaisse au bon moment.
Il faut que la musique intervienne presque immédiatement.
Il faut enfin que Ryan Reynolds accomplisse le geste de telle manière que le spectateur comprenne instantanément ce qui vient de se produire.
La réussite de la scène tient alors à la convergence de plusieurs temporalités : le temps du combat, le temps de la surprise, le temps de la reconnaissance et le temps de la musique.
Quelques secondes trop tôt ou trop tard, et l’effet serait différent.
Chris Evans : le symbole reconnu par celui qui l’a incarné
La scène ajoute encore une médiation particulièrement savoureuse : l’apparition de Chris Evans lui-même.
Celui qui a incarné Captain America pendant des années devient momentanément spectateur du détournement de son propre symbole.
Nous assistons alors à un jeu remarquable entre plusieurs niveaux de réalité.
Il y a Captain America, personnage fictif.
Il y a son bouclier, symbole fictif devenu objet culturel mondialement reconnaissable.
Il y a Chris Evans, acteur réel qui a incarné Captain America.
Il y a Guy, personnage de Free Guy, qui utilise soudainement son bouclier.
Et il y a enfin le spectateur qui reconnaît simultanément toutes ces relations.
Le gag fonctionne précisément parce que ces différents niveaux sont présents dans notre mémoire.
Chris Evans n’a presque rien besoin d’expliquer.
Sa présence suffit.
L’acteur devient lui-même une médiation entre les deux univers.
Les médiations techniques : rendre visible l’impossible
Il ne faut pas davantage oublier tout ce qui permet matériellement à la scène d’arriver jusqu’à nous.
Des caméras ont enregistré les acteurs.
Des équipes ont construit les décors et préparé les costumes.
Des ordinateurs et des logiciels ont permis de créer ou de modifier des images.
Des artistes spécialisés dans les effets visuels ont travaillé sur ce que nous voyons.
Des monteurs ont assemblé les plans.
Des spécialistes du son ont articulé dialogues, bruitages et musique.
Des techniciens ont étalonné les images.
Des infrastructures numériques ont permis le stockage et la circulation de quantités considérables de données.
Puis le film a dû être distribué.
Des fichiers ont été envoyés vers les salles.
Des projecteurs numériques ont reproduit les images.
Des systèmes acoustiques ont restitué la musique.
Plus tard, les plateformes et les supports domestiques ont permis au film de continuer à circuler.
La scène qui paraît tenir dans quelques secondes suppose donc des décennies d’histoire technique : celle de la photographie, du cinéma, de l’enregistrement sonore, de l’informatique, des effets numériques, des télécommunications et de la diffusion audiovisuelle.
Et finalement : le spectateur
Pourtant, toutes ces médiations seraient encore insuffisantes pour expliquer ce qui se passe réellement au moment du bouclier.
Il manque la dernière médiation : la mémoire du spectateur.
Si je ne sais pas ce qu’est le bouclier de Captain America, la scène perd une grande partie de sa force.
Si je n’ai jamais entendu le thème des Avengers, la musique ne provoque pas la même reconnaissance.
Si je ne sais pas que Chris Evans a incarné Captain America, son apparition perd une partie de son caractère comique et autoréférentiel.
La scène suppose donc quelque chose que les créateurs du film ne peuvent pas fabriquer entièrement : une mémoire déjà présente chez celui qui regarde.
Le cinéma rencontre ici l’histoire personnelle.
Le film apporte des signes.
Le spectateur apporte ses souvenirs.
Et l’émotion naît de leur rencontre.
C’est ici que cette scène rejoint pleinement ce que j’appelle Nexus Rerum.
Car rien n’est isolé.
Joe Simon et Jack Kirby se trouvent, invisiblement, derrière ce bouclier.
Des décennies de comics sont derrière lui.
Marvel est derrière lui.
Les films de Captain America sont derrière lui.
Chris Evans est derrière lui.
Les Avengers sont derrière lui.
Alan Silvestri et toute l’histoire musicale du MCU sont derrière les quelques notes que j’entends.
Shawn Levy, Ryan Reynolds, les scénaristes, les producteurs, les techniciens et les artistes des effets visuels sont derrière la scène de Free Guy.
Les studios, les entreprises de distribution et les infrastructures cinématographiques sont derrière le film qui arrive jusqu’au spectateur.
Et finalement, ma propre histoire de spectateur vient rencontrer tout ce réseau.
C’est alors seulement que peut se produire ce qui, à l’écran, paraît si simple :
un homme est en difficulté ; un bouclier surgit ; quelques notes retentissent ; et je ressens soudainement que tout vient de changer.
Voilà peut-être le paradoxe le plus remarquable de cette scène.
L’effet recherché est celui de la soudaineté, mais cette soudaineté est rendue possible par une très longue histoire.
Le bouclier surgit en une fraction de seconde, mais il porte derrière lui plusieurs générations de création.
Le thème musical ne dure que quelques instants, mais il porte la mémoire de tout un univers cinématographique.
Et mon sentiment de délivrance, lui aussi presque immédiat, est rendu possible par toutes les expériences antérieures qui m’ont appris à reconnaître ces signes.
Ainsi, avant même d’être une scène sur laquelle réfléchir, le passage du bouclier dans Free Guy constitue déjà un extraordinaire nœud de médiations.
Et c’est précisément parce que toutes ces médiations sont devenues invisibles au moment où je regarde le film que leur résultat peut me frapper avec une telle immédiateté.
Une situation qui semble perdue
La puissance de la scène tient d’abord à sa construction dramatique.
Dans le combat final de Free Guy, Guy affronte Dude, adversaire physiquement supérieur à lui. Tout semble conçu pour établir une disproportion. Guy est dépassé par une force contre laquelle ses moyens ordinaires paraissent insuffisants.
C’est précisément cette disproportion qui rend la suite si efficace.
Car l’héroïsme qui m’émeut le plus au cinéma n’est pas simplement celui d’un personnage puissant accomplissant quelque chose de difficile. Il apparaît avec une intensité particulière lorsque la puissance salvatrice surgit dans une situation qui paraissait ne plus offrir d’issue.
Il existe alors un instant très particulier dans la narration : celui où le spectateur a presque accepté la défaite.
Et soudain, quelque chose arrive.
La logique de la scène bascule.
Ce qui semblait conduire inévitablement à l’échec devient le point de départ d’un retournement.
C’est précisément ce que produit l’apparition du bouclier.
Le surgissement du bouclier
Guy fait apparaître le bouclier de Captain America.
Cinématographiquement, le geste est très simple. Symboliquement, il est immense.
Car ce n’est pas n’importe quel objet qui apparaît.
Le bouclier est déjà chargé d’une histoire. Il porte avec lui Captain America, les Avengers, les combats du MCU, les situations désespérées auxquelles ces héros ont été confrontés et cette capacité presque mythique à se dresser lorsque tout semble perdu.
L’objet fonctionne donc comme une concentration symbolique de tout un univers héroïque.
Il n’est pas nécessaire que Captain America lui-même apparaisse.
Son bouclier suffit.
Le spectateur qui connaît cet univers reconnaît immédiatement le signe. La forme circulaire, les couleurs, l’étoile : en une fraction de seconde, tout un réseau de souvenirs cinématographiques est convoqué.
C’est l’une des choses que je trouve remarquables dans cette scène : un objet peut devenir porteur d’une présence.
Captain America n’est pas là, et pourtant quelque chose de Captain America est là.
Le bouclier est devenu une médiation.
Et soudain, la musique
Mais le bouclier ne vient pas seul.
C’est ici que la scène atteint pour moi une puissance émotionnelle particulière.
Au moment où apparaît le bouclier retentit le thème musical associé aux Avengers.
L’image et le son convergent alors.
Le bouclier dit visuellement : Captain America.
La musique dit auditivement : Avengers.
Deux langages différents communiquent simultanément la même idée : le héros est là.
Ou plus exactement : quelque chose de l’héroïsme des Avengers vient de faire irruption dans cette situation.
C’est ce qui explique probablement pourquoi j’ai ressenti devant cette scène une émotion aussi forte et surtout un sentiment de délivrance.
La musique joue ici un rôle essentiel. Sans elle, le bouclier resterait un clin d’œil visuel particulièrement efficace. Mais avec elle, l’apparition prend une tout autre dimension.
Les premières notes fonctionnent presque comme un signal.
Elles annoncent que la situation vient de changer.
Elles portent avec elles la mémoire des Avengers.
Le spectateur n’entend donc pas seulement quelques notes : il reconnaît un monde.
Le moment où tout bascule
C’est cette structure du retournement qui me touche particulièrement.
Une situation semble désespérée.
Les forces ordinaires ne suffisent plus.
Puis survient quelque chose que l’adversaire n’avait pas prévu.
Et soudain, le rapport de force change.
Cette structure narrative est extrêmement ancienne. On la retrouve sous d’innombrables formes dans les récits héroïques : l’arrivée inattendue d’un allié, l’arme providentielle, le personnage que l’on croyait disparu, la force conservée pour le dernier instant, le secours qui surgit précisément lorsque la défaite semblait acquise.
Mais le cinéma contemporain possède des moyens particulièrement puissants pour mettre en scène cette structure.
L’image peut montrer le retournement.
Le montage peut en accélérer l’effet.
La musique peut lui donner sa dimension émotionnelle.
Et les univers cinématographiques partagés ajoutent encore une autre médiation : la mémoire du spectateur.
Lorsque le bouclier apparaît dans Free Guy, je ne vois pas seulement un bouclier.
Lorsque le thème retentit, je n’entends pas seulement une mélodie.
L’un et l’autre réveillent quelque chose que j’ai déjà rencontré ailleurs.
C’est précisément parce que ces signes ont une histoire qu’ils possèdent une telle puissance.
Une intervention héroïque condensée en quelques secondes
Le mot qui me paraît le mieux décrire cette scène est celui d’intervention.
Le héros ne se définit pas seulement ici par ce qu’il est, mais par le moment où il agit.
Il intervient.
Et l’intervention héroïque possède une temporalité particulière : elle arrive au moment où elle devient décisive.
Trop tôt, elle ne serait qu’une démonstration de puissance.
Trop tard, elle serait inutile.
Mais lorsqu’elle surgit au point précis où la situation paraît basculer définitivement vers la catastrophe, elle devient une délivrance.
Voilà pourquoi le sentiment que j’éprouve devant cette scène ne se réduit pas à l’excitation provoquée par une référence au MCU.
C’est véritablement un sentiment de délivrance.
Pendant quelques instants, le récit nous enferme dans une situation où les possibilités semblent se refermer.
Puis le bouclier apparaît.
Le thème des Avengers retentit.
Et le champ des possibles se rouvre brutalement.
L’espérance revient dans le récit.
Le bouclier comme objet de médiation
Cette scène m’intéresse aussi particulièrement dans la perspective de Nexus Rerum, parce qu’elle montre admirablement comment les objets peuvent devenir des médiations entre différentes histoires.
Matériellement, le bouclier n’est qu’un objet fictif représenté à l’écran.
Mais culturellement, il est beaucoup plus que cela.
Il relie Free Guy à Captain America.
Captain America renvoie aux Avengers.
Les Avengers renvoient au MCU.
Le MCU renvoie à une multitude de films, de personnages, d’acteurs, de compositeurs, de studios, d’effets visuels et de souvenirs accumulés par les spectateurs.
Ainsi, lorsqu’un simple bouclier apparaît pendant quelques secondes dans un autre film, tout le réseau auquel il appartient peut surgir avec lui.
C’est précisément ce qui rend possible l’émotion.
Pour qu’elle fonctionne, il faut que le spectateur reconnaisse le signe.
Il faut qu’il ait rencontré auparavant Captain America.
Il faut qu’il connaisse suffisamment l’univers Marvel.
Il faut que le thème des Avengers ait déjà acquis pour lui une signification.
La scène repose donc sur une mémoire culturelle préexistante.
Elle est construite sur des médiations antérieures.
Une scène qui a transformé mon rapport au MCU
Mais l’aspect le plus intéressant est peut-être que la médiation fonctionne également dans l’autre sens.
Lorsque j’ai vu cette scène, je connaissais déjà les films du MCU. J’en avais déjà regardé plusieurs. L’univers Marvel ne m’était donc pas étranger.
Pourtant, quelque chose s’est produit à ce moment-là.
Cette scène n’a pas créé mon intérêt pour le MCU à partir de rien ; elle l’a transformé et intensifié.
Le paradoxe est intéressant.
Free Guy n’est pas un film du MCU. Pourtant, une scène de Free Guy a contribué à me faire davantage aimer le MCU.
Un univers cinématographique extérieur à Marvel est devenu pour moi une médiation vers Marvel.
Le bouclier de Captain America et le thème des Avengers, transplantés pendant quelques secondes dans un autre récit, ont fait apparaître avec une intensité nouvelle ce que j’aimais potentiellement déjà dans cet univers.
Je pourrais presque dire que cette scène m’a appris quelque chose sur mes propres goûts.
Elle m’a fait comprendre, par l’émotion, ce que je recherchais dans ces récits.
Ce que j’aime dans les héros
Car ce qui m’attire dans les récits héroïques apparaît ici avec une particulière netteté.
Ce n’est pas seulement la puissance.
Ce n’est pas seulement le combat.
Ce n’est même pas principalement la victoire.
C’est le passage du désespoir à l’espérance par l’intervention d’une figure héroïque.
J’aime ce moment où la situation semble verrouillée et où quelque chose surgit qui n’était pas contenu dans le rapport de forces apparent.
Le héros est alors celui qui rend de nouveau possible ce qui semblait devenu impossible.
Et certains objets peuvent condenser cette idée.
Le bouclier de Captain America en est un exemple remarquable.
Il protège avant même d’attaquer. Sa forme même évoque la défense. Il peut devenir l’objet qui se place entre la menace et celui qu’elle devait atteindre.
C’est pourquoi son apparition dans Free Guy possède une force qui dépasse le simple plaisir de la référence.
Elle matérialise soudainement la possibilité de résister.
La musique comme mémoire affective
Le thème des Avengers ajoute encore une dimension.
La musique possède en effet une capacité singulière à transformer un symbole intellectuellement reconnu en expérience affective.
Je peux reconnaître le bouclier et penser : Captain America.
Mais lorsque la musique retentit, la reconnaissance devient émotion.
C’est toute la différence entre identifier un symbole et être saisi par lui.
Le thème musical agit comme une mémoire condensée de l’héroïsme du MCU. À force d’avoir accompagné les Avengers, il a progressivement absorbé quelque chose de leur signification narrative. Il évoque le rassemblement, le combat, la résistance et surtout ces moments où les héros se dressent face à une menace qui les dépasse.
Dans Free Guy, quelques notes suffisent donc.
La musique n’a pas besoin d’expliquer.
Elle rappelle.
Et parce qu’elle rappelle, elle fait ressentir.
De Free Guy aux Avengers : une médiation dans mon histoire personnelle
Cette scène constitue ainsi un exemple particulièrement intéressant de la manière dont se forment nos goûts culturels.
Nous imaginons parfois que nous aimons une œuvre indépendamment des circonstances qui nous y ont conduits.
Mais notre rapport aux œuvres possède lui aussi une histoire.
Je connaissais le MCU.
Puis j’ai vu Free Guy.
Dans Free Guy, j’ai rencontré cette scène.
Dans cette scène, le bouclier de Captain America et le thème des Avengers se sont rencontrés à leur tour.
Cette rencontre a produit en moi une émotion particulièrement forte.
Et cette émotion a modifié mon regard sur les films Marvel que je connaissais déjà.
À partir de là, j’ai commencé à les apprécier davantage.
La scène a donc joué un rôle de médiation affective. Elle ne m’a pas seulement transmis une information sur le MCU : elle a renforcé mon attachement à cet univers.
Elle a contribué à me fidéliser aux films du MCU.
Une petite scène dans un vaste réseau
C’est peut-être finalement ce que cette scène révèle de plus intéressant.
Quelques secondes de cinéma peuvent devenir un nœud dans une histoire beaucoup plus vaste.
Il y a l’histoire de Captain America.
Il y a celle des Avengers.
Il y a celle de leur thème musical.
Il y a celle du MCU.
Il y a celle de Free Guy, qui emprunte momentanément ces symboles.
Et puis il y a mon histoire de spectateur.
Toutes ces histoires se rencontrent pendant quelques secondes.
Le bouclier apparaît.
La musique retentit.
Une situation apparemment désespérée se retourne.
Et quelque chose se produit également de l’autre côté de l’écran : mon propre regard change.
C’est pourquoi cette scène demeure pour moi absolument remarquable.
Elle contient sous une forme extrêmement condensée ce que j’aime dans l’imaginaire héroïque : l’instant où tout semble perdu, puis le surgissement inattendu d’une force qui protège, résiste et rend de nouveau la victoire possible.
Le bouclier de Captain America en fournit l’image.
Le thème des Avengers lui donne sa voix.
Et Free Guy, paradoxalement extérieur au MCU, est devenu l’une des médiations qui m’ont permis d’entrer plus profondément dans cet univers.
Ainsi, une référence conçue pour durer quelques secondes a eu dans mon histoire une conséquence beaucoup plus longue.
Elle n’a pas seulement fait surgir Captain America dans Free Guy.
Elle a fait surgir les Avengers dans mon propre imaginaire avec une intensité nouvelle.
