Il est des titres qui semblent n’être que des désignations extérieures, et qui pourtant renferment déjà toute une doctrine. Tel est celui du Catéchisme de l’Église catholique. Avant même d’en ouvrir les pages, avant même d’en examiner les articles, le chrétien attentif est invité à s’interroger : pourquoi ce livre porte-t-il ce nom ? Pourquoi n’est-il pas simplement un « Catéchisme chrétien », ou un « Catéchisme biblique » ?
La réponse ne réside pas dans une préférence littéraire ; elle touche au cœur même de la conception catholique de l’Église.
Car ce titre suppose qu’il existe sur la terre un sujet vivant qui enseigne. L’Église n’est pas seulement l’assemblée de ceux qui ont reçu la foi ; elle est aussi celle qui la transmet. Le catéchisme n’est donc pas un traité composé à côté de l’Église : il est la voix de l’Église lorsqu’elle expose ce qu’elle croit, ce qu’elle célèbre, ce qu’elle vit et ce qu’elle espère.
Ainsi, l’expression Catéchisme de l’Église catholique est déjà une profession de foi ecclésiologique. Avant même de lire une seule ligne, elle affirme qu’entre le Christ et chaque croyant ne se trouve pas seulement un livre, mais une communauté visible, héritière des Apôtres, chargée de conserver fidèlement le dépôt reçu.
Cette remarque devient plus éclairante encore lorsqu’on la compare à l’histoire des catéchismes issus de la Réforme.
Le monde protestant possède de grands catéchismes. Le Petit et le Grand Catéchisme de Luther ont nourri des générations de luthériens ; le Catéchisme de Heidelberg demeure un monument de la tradition réformée ; le Catéchisme de Westminster continue de former la pensée presbytérienne. Tous ces ouvrages témoignent d’une profonde connaissance des Écritures et d’un sincère désir d’instruire le peuple de Dieu.
Mais leur diversité invite à réfléchir.
Pourquoi plusieurs grands catéchismes, là où le catholicisme n’en présente qu’un seul comme expression de la foi de toute l’Église ?
La réponse ne tient pas d’abord aux différences doctrinales. Elle réside plus profondément dans la manière de concevoir l’Église elle-même.
Lorsque le principe du sola Scriptura place l’Écriture comme unique norme infaillible, chaque communauté ecclésiale est conduite à produire sa propre synthèse de cette Écriture. Les catéchismes deviennent alors les expressions autorisées de diverses traditions confessionnelles. Ils ne prétendent pas parler au nom de toute l’Église visible ; ils parlent au nom d’une communion particulière qui confesse avoir compris fidèlement la Parole de Dieu.
Le catholicisme procède autrement.
Il ne nie pas que l’Écriture soit la Parole de Dieu ; il affirme au contraire qu’elle a été confiée à une Église qui la reçoit, la garde, la proclame et l’interprète. Le sujet premier de l’enseignement n’est donc pas le livre considéré isolément, mais l’Église qui vit de ce livre depuis les Apôtres.
Dès lors, le titre prend tout son sens.
Ce n’est pas le Catéchisme de Rome.
Ce n’est pas le Catéchisme d’un théologien.
Ce n’est pas davantage le Catéchisme du pape.
C’est le Catéchisme de l’Église catholique.
L’Église apparaît ici non comme l’objet de l’enseignement, mais comme son sujet. Elle n’est pas simplement décrite ; elle enseigne. Elle ne se contente pas d’être étudiée ; elle exerce le ministère reçu du Christ : « Allez donc, faites des disciples de toutes les nations… leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20).
Cette différence éclaire bien des controverses contemporaines.
Souvent, les débats entre catholiques et protestants portent sur tel ou tel verset, sur telle ou telle doctrine. Pourtant, en arrière-plan demeure une question plus fondamentale : qui possède la mission d’enseigner ?
Si cette question n’est pas résolue, les discussions risquent de demeurer sans fin. Car les mêmes textes pourront toujours être lus dans des cadres ecclésiologiques différents.
Le titre du Catéchisme rappelle discrètement que, pour le catholicisme, le christianisme ne repose pas seulement sur un texte inspiré, mais sur une transmission vivante. Le dépôt apostolique n’est pas confié à des pages seules, aussi saintes soient-elles ; il est confié à un peuple, à une succession, à une Église appelée par saint Paul « la colonne et le soutien de la vérité ».
Ainsi, le titre de ce livre devient déjà un enseignement.
Il ne dit pas seulement ce que l’Église croit.
Il dit qui croit.
Il ne dit pas seulement ce que l’Église enseigne.
Il dit qui enseigne.
Et peut-être est-ce là la première leçon qu’il convient de recevoir avant même d’en parcourir la première page.
