Il est des paroles, aimables en apparence, qui, portées par la piété des fidèles, glissent parfois dans des formules où l’ordre sacré des choses s’est trouvé renversé. Parmi celles-ci, l’usage répandu dans nos assemblées de dire à notre Sauveur : « Sois le bienvenu », mérite d’être considéré avec l’attention que commande toute affaire touchant au culte du Dieu vivant.
Car qui est-ce qui accueille ? Est-ce l’homme, créature fragile et pécheresse, qui ouvre la porte de son cœur pour y introduire son Maître et Seigneur ? Ou bien est-ce le Seigneur, Roi de gloire, qui dans son infinie miséricorde ouvre la maison de son Père, convie ses enfants égarés, et leur prépare la fête des noces ?
La divine initiative
Dans toute l’Écriture, de la Genèse à l’Apocalypse, c’est Dieu qui prend l’initiative du salut et de la communion. Dès les premiers jours, c’est le Seigneur qui descend dans le jardin d’Éden pour chercher l’homme pécheur. C’est encore Lui qui, sur la montagne sainte du Sinaï, convoque Israël, tremblant au pied du mont éclatant de tonnerres. Et lorsqu’au terme des siècles la plénitude des temps est venue, c’est Lui qui envoie son Fils unique pour chercher et sauver ceux qui étaient perdus.
Le culte chrétien, loin d’être une œuvre que nous commencerions par notre volonté propre, est d’abord et toujours une réponse : réponse à l’appel du Seigneur, réponse à l’amour du Père, réponse à l’œuvre de l’Esprit. Nous ne venons point inviter Dieu à nos assemblées, nous venons parce que Dieu nous a invités à sa table, à sa Parole, à sa grâce.
Le Maître de la maison
Dans cette lumière, il apparaît que considérer Jésus-Christ comme un invité, que nous aurions la liberté d’accueillir ou non, est une méprise dangereuse. La maison est à Lui. Le festin est à Lui. Le culte est l’espace saint où Lui-même nous reçoit.
Ainsi, le Psaume chante : « Heureux ceux que tu choisis et que tu fais approcher de toi, pour qu’ils habitent dans tes parvis ! » (Psaume 65:5). Et l’apôtre Paul nous enseigne que « par lui nous avons libre accès auprès du Père » (Éphésiens 2:18). Partout, c’est l’action divine qui précède, qui dispose, qui accomplit.
Celui qui est la Lumière du monde ne saurait attendre que des hommes égarés allument quelque faible flambeau pour l’inviter. Sa lumière luit dans les ténèbres ; elle éclaire sans être provoquée par les prières des mortels.
L’intention pieuse, mais le langage à purifier
Il n’est pas douteux que, dans l’esprit de plusieurs de nos frères et sœurs, l’invitation adressée au Seigneur est née d’un cœur aimant, d’un désir sincère de sa présence. Elle traduit cette sainte soif que Jésus lui-même promet de combler. Mais le langage du culte doit refléter la vérité du salut. Ce que nous disons devant le trône de la Majesté divine ne saurait être laissé à la seule inspiration de l’émotion ; il doit être pesé à la lumière de l’Évangile.
Le danger, subtil mais réel, est de déplacer le centre du culte : au lieu d’un peuple rassemblé par la grâce, nous deviendrions des hôtes présidant une rencontre, où Dieu, comme un invité d’honneur, viendrait à notre appel. C’est là une grave inversion, qui dérobe à Dieu l’honneur de son initiative et mine silencieusement l’humilité de nos cœurs.
Un langage plus juste
Si nous désirons exprimer l’attente fervente de la présence de notre Seigneur, il convient d’adopter un langage qui rende gloire à son œuvre première. Disons plutôt :
« Seigneur, c’est toi qui nous as appelés ; dispose nos cœurs à te recevoir avec joie. »
« Nous venons à ton appel, ô Roi de gloire : sois glorifié au milieu de ton peuple. »
« Tu es ici, fidèle à ta promesse : ouvre nos yeux pour contempler ta présence. »
Ainsi, l’assemblée proclamera la vérité et la grâce de Dieu, et non les élans incertains de ses propres sentiments.
Conclusion
Le culte chrétien est une réponse, non une initiative. Il est une entrée dans la maison du Père, une participation à la joie du Fils, une œuvre suscitée et dirigée par l’Esprit. Le Seigneur nous accueille : il est le Maître qui nous ouvre les portes de la grâce, et non le voyageur incertain que l’on inviterait au gré de nos dispositions.
Que notre langage, que notre cœur, que toute notre liturgie proclament hautement cette vérité ! Car dans l’ordre divin se trouve la consolation suprême : ce n’est pas notre invitation, fragile et inconsistante, qui fait venir le Seigneur, mais son amour éternel, son appel irrésistible, son alliance immuable.
« C’est lui qui nous a faits, et nous lui appartenons. » (Psaume 100:3)
