De Superman à Lois et Clark : comment un héros de 1938 est devenu celui de mon enfance

En 1938 paraît aux États-Unis le premier numéro d’Action Comics. Parmi les personnages figure un héros entièrement nouveau : Superman.

Imaginé par Jerry Siegel et Joe Shuster, ce personnage inaugure pratiquement à lui seul la figure moderne du super-héros. Doté d’une force extraordinaire, capable de voler, animé d’un profond sens de la justice, Superman devient rapidement un phénomène culturel. Les aventures publiées dans les comics rencontrent un immense succès et donnent naissance à un univers qui ne cessera de s’enrichir.

Mais l’histoire de Superman ne s’arrête pas aux bandes dessinées.

Très tôt, le personnage franchit les frontières de son support d’origine. Il est adapté à la radio, puis au cinéma d’animation, avant d’apparaître dans des feuilletons télévisés. Chaque époque redécouvre Superman à travers les moyens de communication qui lui sont propres. Le personnage demeure le même, mais son visage, son style et même certains aspects de sa personnalité évoluent avec les générations.

À la fin des années 1970, Christopher Reeve incarne Superman au cinéma. Pour des millions de spectateurs, son interprétation devient la référence. Son élégance, son optimisme et son humanité marquent durablement l’image du héros.

Quelques années plus tard, une nouvelle génération grandit dans un contexte profondément différent. La télévision est devenue le principal média familial. Les séries hebdomadaires rythment la vie de nombreux foyers. Les héros ne sont plus seulement vus au cinéma ; ils entrent chaque semaine dans le salon des familles.

C’est dans ce contexte qu’apparaît, en 1993, Lois & Clark : Les Nouvelles Aventures de Superman.

La série propose une approche originale. Elle ne s’intéresse pas seulement aux exploits du super-héros ; elle met également au premier plan Clark Kent, le journaliste du Daily Planet, ainsi que sa relation avec Lois Lane. Les épisodes mêlent aventures, humour, enquêtes policières et histoire d’amour. Superman n’est plus uniquement un homme capable de sauver le monde ; il devient aussi un homme qui cherche à vivre une vie normale, à aimer et à être aimé.

Dean Cain prête ses traits à Clark Kent et Superman, tandis que Teri Hatcher incarne Lois Lane. Leur complicité donne à la série une identité propre. Cette interprétation n’efface pas les précédentes ; elle les prolonge en proposant une nouvelle manière d’habiter le personnage.

En France, la série est largement diffusée à la télévision durant les années 1990. Pour beaucoup d’enfants de cette époque, elle constitue la première véritable rencontre avec Superman.

Ce fut mon cas.

Je savais peu de choses des comics américains. Je ne connaissais pas vraiment l’histoire éditoriale du personnage ni ses différentes incarnations. Pour moi, Superman n’était pas d’abord un héros né en 1938 ; c’était le personnage que je retrouvais régulièrement à la télévision, sous les traits de Dean Cain.

Aujourd’hui encore, lorsque je pense spontanément à Superman, c’est son visage qui me vient à l’esprit.

Je sais pourtant que cette image est le fruit d’une longue histoire. Avant Dean Cain, il y eut Jerry Siegel et Joe Shuster, les dessinateurs et scénaristes des comics, les adaptations radiophoniques, les dessins animés, George Reeves, Christopher Reeve, les producteurs, les réalisateurs, les scénaristes, les traducteurs, les doubleurs et les chaînes de télévision qui ont permis au personnage de traverser les décennies.

Dean Cain n’est donc pas l’origine de Superman.

Il est la médiation par laquelle Superman est entré dans mon histoire.

Cette prise de conscience éclaire la manière dont une culture se transmet. Nous ne rencontrons presque jamais directement les œuvres fondatrices. Nous les découvrons à travers des générations d’interprètes qui les rendent présentes pour leur époque. Chaque génération reçoit ainsi un héritage ancien sous une forme nouvelle.

L’histoire de Superman en est une remarquable illustration. Né dans les pages d’un comic book américain de 1938, le personnage a traversé plus d’un demi-siècle de créations, d’adaptations et de réinterprétations avant d’arriver jusqu’à l’enfant que j’étais dans les années 1990.

Les années ont passé et d’autres acteurs ont, à leur tour, revêtu le costume de Superman. J’ai ainsi découvert l’interprétation de Henry Cavill, qui a donné un nouveau visage au héros pour une génération plus récente. Je sais que, pour beaucoup, c’est désormais lui qui incarne naturellement Superman, comme Christopher Reeve l’avait incarné pour les générations précédentes.

Pour ma part, cette évolution ne remplace pas la première rencontre. Lorsque je pense spontanément à Superman, c’est toujours le visage de Dean Cain qui s’impose à mon esprit. Non parce que je considérerais son interprétation comme la meilleure de manière absolue, mais parce qu’elle est celle avec laquelle j’ai grandi. C’est par lui que j’ai découvert Clark Kent, Lois Lane, Metropolis et l’univers de Superman. Dean Cain demeure ainsi, dans ma mémoire, le premier visage de Superman, celui par lequel ce héros est véritablement entré dans mon histoire.

Lorsque je regarde aujourd’hui cette chaîne de transmission, je comprends que Dean Cain n’est pas seulement un acteur ayant incarné Superman. Il est l’un des maillons d’une longue succession de médiations qui ont permis à un héros imaginé plusieurs décennies avant ma naissance de devenir, à son tour, une présence familière dans mon enfance.