L’Apocalypse de l’homme

Lorsque les réalisateurs de la série documentaire Apocalypse ont choisi ce titre pour raconter les grands conflits du XXᵉ siècle, ils ont certainement voulu évoquer l’impression de fin du monde que laissèrent les deux guerres mondiales. Les villes réduites en cendres, les millions de morts, les camps d’extermination, les bombardements, les armes nouvelles, tout semblait annoncer un effondrement de la civilisation elle-même. Le mot « apocalypse » paraît alors s’imposer comme le nom naturel de ces bouleversements.

Mais le chrétien entend ce mot avec une autre résonance.

Dans l’Écriture, l’Apocalypse n’est pas d’abord la destruction. Elle est la révélation. Elle est le voile qui se déchire pour laisser apparaître ce qui demeurait caché. Ce que Dieu révèle n’est pas seulement l’avenir des nations ; il révèle aussi la vérité profonde du cœur humain.

À cette lumière, les guerres mondiales apparaissent comme une véritable apocalypse de l’humanité. Elles ne créent pas le mal ; elles le dévoilent. Elles montrent jusqu’où peut descendre une civilisation pourtant brillante lorsqu’elle met son intelligence au service de la domination plutôt qu’au service de la charité.

Jamais les sciences n’avaient autant progressé. Jamais les techniques n’avaient été aussi puissantes. Jamais les administrations n’avaient été aussi efficaces. Pourtant, ces mêmes progrès furent employés pour organiser la guerre industrielle, la propagande de masse, les génocides et l’extermination méthodique d’êtres humains créés à l’image de Dieu.

Ainsi, ce n’est pas seulement la violence qui fut révélée ; ce fut le paradoxe de l’homme lui-même. Celui qui découvre les lois de l’univers demeure incapable de guérir son propre cœur. Celui qui construit des machines extraordinaires peut encore mettre ces mêmes machines au service de la haine.

Cette révélation rejoint l’enseignement constant de l’Église. Le péché n’est pas une survivance des temps primitifs ; il traverse toutes les époques de l’histoire. Le progrès technique n’est jamais un progrès moral automatique. Les siècles peuvent changer ; le cœur humain demeure blessé et a toujours besoin de la grâce.

Cependant, l’Apocalypse biblique ne s’arrête jamais au dévoilement du mal. Elle conduit toujours vers la victoire de l’Agneau. Au milieu des puissances qui semblent régner sur le monde, le Christ demeure le Seigneur de l’histoire. Les empires passent ; les idéologies s’effondrent ; les dictatures disparaissent ; mais son Royaume demeure.

Ainsi, contempler les guerres mondiales à travers cette série documentaire peut devenir davantage qu’un exercice de mémoire historique. C’est une méditation sur la condition humaine. L’histoire révèle ce que l’homme est capable d’accomplir lorsqu’il oublie Dieu, mais elle révèle également combien la paix véritable ne peut être fondée uniquement sur les traités, les institutions ou les équilibres politiques. Ces réalités sont nécessaires, mais elles demeurent fragiles si le cœur de l’homme n’est pas renouvelé.

En ce sens, le titre Apocalypse prend une profondeur inattendue. Oui, ces conflits furent des cataclysmes. Mais ils furent aussi une révélation : la révélation de la grandeur de l’intelligence humaine lorsqu’elle découvre les secrets de la création, et, plus encore, la révélation de sa misère lorsqu’elle refuse de laisser cette intelligence être éclairée par la vérité et gouvernée par la charité.

L’histoire du XXᵉ siècle ne dévoile donc pas seulement la guerre. Elle dévoile l’homme. Et ce dévoilement conduit finalement le chrétien vers Celui qui est venu non pour révéler seulement notre misère, mais pour la guérir.