L’autorité d’interpréter la Sainte Écriture

Il est des vérités que l’on répète sans toujours en mesurer la portée. On dit volontiers : « La Sainte Écriture fait autorité. » Et l’Église catholique le confesse sans hésitation. Mais une question plus profonde surgit aussitôt : comment cette autorité s’exerce-t-elle dans l’histoire ?

Car un texte, si sacré soit-il, ne parle jamais dans le vide. Il est lu. Il est proclamé. Il est interprété.

Et c’est ici que l’histoire du salut nous éclaire.


I. L’Écriture est née dans l’Église

La Sainte Écriture n’est pas tombée du ciel comme un volume déjà constitué. Elle est née au sein de l’Église apostolique.

Avant que les Évangiles ne soient fixés par écrit, l’Église existait déjà :

  • elle priait,
  • elle célébrait l’Eucharistie,
  • elle confessait le Christ crucifié et ressuscité.

Les apôtres ont transmis ce qu’ils avaient vu et entendu. Les écrits inspirés sont issus de cette prédication vivante. L’Église ne reçoit pas un livre étranger à son existence ; elle reçoit ce qui est né en son sein sous l’inspiration de l’Esprit Saint.

Ainsi, dès l’origine, l’Écriture et l’Église ne sont pas deux réalités concurrentes. Elles sont inséparables.


II. L’Église, gardienne du dépôt

L’Apôtre Paul appelle l’Église « la colonne et le soutien de la vérité » (1 Tm 3,15). Cette formule n’est pas décorative. Elle désigne une mission.

Le dépôt de la foi — ce trésor confié par le Christ aux apôtres — devait être gardé, transmis, défendu contre l’erreur.

Or Dieu n’a pas confié sa Parole à une abstraction, ni à une succession d’individus isolés. Il l’a confiée à une communauté visible, structurée, apostolique.

Parmi les prérogatives de cette Église figure nécessairement celle de lire la Sainte Écriture.

Car lire n’est jamais un acte neutre.


III. La lecture normative

Si l’Écriture est née dans l’Église, si elle est transmise par l’Église, alors il est cohérent que ce soit la lecture ecclésiale qui soit normative.

Il ne s’agit pas d’asservir le texte à une autorité humaine.
Il s’agit de reconnaître que l’autorité divine du texte s’exerce concrètement dans le corps qui l’a reçu.

Sans instance ecclésiale, l’interprétation devient plurielle et concurrente.
Le texte demeure inspiré, mais son autorité visible se fragmente.

Ainsi, l’Église ne remplace pas l’Écriture ; elle en garantit la juste intelligence.


IV. La continuité apostolique

On pourrait objecter : cette autorité n’était-elle pas valable que pour la génération apostolique ?

Mais le Seigneur n’a pas fondé une Église provisoire.
Il a promis : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20).

Il a promis aussi l’Esprit de vérité qui conduirait les siens « dans la vérité tout entière » (Jn 16,13).

Si l’Église a reçu la mission de garder le dépôt, cette mission ne pouvait s’éteindre avec la mort des apôtres. Elle a été transmise dans la succession apostolique.

L’autorité d’interpréter n’est pas un privilège éphémère ; elle appartient à la structure même de l’Église.


V. Le Magistère comme service

L’autorité d’interprétation ne signifie pas une domination sur la Parole.

Elle est un service.

Le Magistère vivant de l’Église n’est pas au-dessus de la Révélation ; il en est le gardien et l’interprète authentique. Il veille à ce que la lecture demeure fidèle à ce qui a été reçu « une fois pour toutes ».

Ainsi se manifeste une cohérence profonde :

  • La Parole est divine.
  • L’Écriture est inspirée.
  • L’Église est assistée.

L’Esprit qui a inspiré les auteurs sacrés n’abandonne pas l’Église qui en reçoit l’héritage.


Conclusion

L’autorité d’interpréter la Sainte Écriture ne naît pas d’une prétention humaine. Elle découle de la mission même confiée par le Christ à son Église.

Dieu a confié sa Parole à un peuple vivant.
Ce peuple a la responsabilité de la garder.
Il a l’autorité de la lire authentiquement.
Et cette autorité, transmise dans la continuité apostolique, demeure aujourd’hui.

Ainsi, l’Écriture n’est pas livrée à l’isolement des consciences.
Elle est proclamée dans l’Église, comprise dans l’Église, gardée dans l’Église.

Et c’est dans cette communion visible, sous l’assistance de l’Esprit Saint, que l’autorité divine de la Sainte Écriture s’exerce pleinement pour la vie du monde.

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