De l’Orient chrétien à la catholicité : un chemin de continuité

Il arrive parfois que Dieu éclaire une conscience non par une rupture brutale, mais par une lente mise en cohérence. Ce ne fut pas une contestation soudaine de mes attaches protestantes qui m’a conduit ailleurs, mais une découverte patiente, presque silencieuse : celle des traditions vénérables des chrétiens d’Orient.

J’avais appris, comme beaucoup en Occident, à considérer ces Églises avant tout sous l’angle de la souffrance : Églises persécutées, minoritaires, menacées. Mais en m’y arrêtant davantage, grâce aux travaux d’EECHO, je compris peu à peu qu’elles n’étaient pas seulement des victimes de l’histoire ; elles en étaient aussi les témoins les plus anciens. Elles ne racontaient pas seulement ce que le christianisme avait enduré, mais ce qu’il avait été dès l’origine.

Ce qui me frappa alors, ce ne fut pas l’exotisme de leurs rites, ni la distance de leurs langues, mais une profonde familiarité spirituelle. Je reconnus dans leur manière de croire, de prier et de transmettre la foi une logique que je retrouvais bien davantage dans le catholicisme que dans le protestantisme : la même confiance dans la Tradition vivante, la même centralité de la liturgie, la même conscience que l’Église n’est pas une reconstruction, mais une réalité reçue, transmise de génération en génération.

Ces Églises orientales ne se contentent pas de se réclamer des apôtres ; elles vivent encore de leur héritage. Leur foi ne procède pas d’un retour critique aux textes seuls, mais d’une continuité ecclésiale ininterrompue, visible, incarnée, priée. En les découvrant, je compris que le christianisme apostolique n’était pas seulement un objet d’étude historique, mais une réalité toujours vivante.

Dès lors, une conclusion s’imposa à mon esprit avec une force tranquille. Si ces Églises, issues directement du christianisme des origines, partagent avec le catholicisme un même esprit ecclésial — sacramentel, traditionnel, historique — alors le catholicisme correspondait davantage à mes aspirations profondes que le protestantisme, né d’une rupture tardive, fût-elle animée d’un sincère désir de fidélité à l’Écriture.

Il ne s’agissait pas pour moi de renier ce que j’avais reçu, mais de reconnaître que mes attentes les plus intimes — continuité, historicité, enracinement apostolique — trouvaient leur accomplissement ailleurs. Le protestantisme m’avait appris à aimer la Parole ; les traditions orientales m’apprenaient à aimer l’Église qui porte cette Parole dans le temps.

Vivant dans la zone d’influence de l’Église catholique, il m’apparut naturel et même nécessaire de m’y rattacher concrètement. La foi chrétienne n’est pas hors-sol ; elle s’incarne dans une Église visible, située, responsable. Choisir le catholicisme, ce n’était pas préférer l’Occident à l’Orient, mais entrer dans une catholicité réelle, capable d’embrasser la pluralité des traditions apostoliques.

Car je savais aussi que certaines Églises d’Orient sont en communion avec Rome. Cette communion me rassurait profondément : en revenant à l’Église catholique, je ne me séparais pas de l’Orient chrétien ; je demeurais, au contraire, en lien avec lui, dans l’unité d’une même foi transmise sous des formes diverses.

Ainsi, ce chemin ne fut ni une rupture violente ni une conversion polémique. Il fut un retour — non vers une nouveauté, mais vers une profonde antiquité vivante. Les Églises d’Orient m’avaient montré ce qu’était le christianisme apostolique ; le catholicisme m’offrait le lieu où vivre cette découverte dans la communion, la durée et l’universalité.

Et je compris alors que, parfois, Dieu nous conduit non en nous arrachant à notre histoire, mais en nous y enracinant plus profondément encore, jusqu’à ce que la foi cesse d’être seulement comprise, et devienne pleinement reçue, transmise et habitée.