« Le Commencement et la Nouvelle Création »

Il y a, dans la Parole de Dieu, une harmonie cachée, une musique divine que l’oreille humaine ne perçoit que lorsqu’elle se met à l’écoute du Verbe éternel. Celui qui entend la langue sainte de l’Écriture, non avec les simples organes de chair, mais avec l’oreille du cœur, découvre que les premiers mots de la Genèse et ceux de l’Évangile selon Marc se répondent comme deux notes d’un même chant : « B-reshit bara Elohim… »« Rēshît sūvōnō d-Yeshu‘ Mshīḥā… » — « Au commencement Dieu créa… » — « Commencement de la bonne nouvelle de Jésus-Christ, Fils de Dieu. »

Ce n’est pas un hasard si le même mot, rēshît, surgit à l’origine de la création et à l’aube de l’Évangile. Ce mot est comme le seuil sacré du mystère divin : il ouvre deux portes, celle du monde visible et celle du monde spirituel. Dans la Genèse, Dieu crée les cieux et la terre ; dans Marc, Dieu recrée le cœur de l’homme. Dans le premier livre, la lumière jaillit des ténèbres ; dans le second, la Lumière véritable paraît dans la chair, dissipant les ombres du péché.

Le peuple d’Israël avait appris à reconnaître dans le commencement l’acte premier du Dieu vivant, celui qui fait être. Mais voici qu’un autre commencement se lève, un commencement non du temps, mais de la grâce. L’évangéliste, parlant dans la langue du peuple saint, ne veut pas seulement dater une histoire ; il proclame un acte de Dieu. Son commencement n’est pas une origine chronologique, mais une inauguration divine : la Parole qui avait créé le monde se fait chair pour le sauver.

Ainsi le Christ, dans le texte araméen, n’est pas seulement nommé ; il est inscrit dans le souffle même de la création. Le nom de Jésus, Fils de Dieu, retentit dans le même rythme que celui d’Élohim au premier verset de la Genèse. L’Évangile se révèle comme la continuation de la Parole créatrice : ce que Dieu fit au commencement du monde, il le recommence dans le cœur des hommes. Il y a une Genèse première, et il y a une Genèse nouvelle ; la première forma la nature, la seconde façonne la grâce.

Oh ! quel mystère admirable ! Quand le lecteur hébreu ou araméen entend les premières syllabes de Marc, il reconnaît immédiatement la cadence sacrée de la Genèse ; et son âme comprend, avant même toute explication, qu’un nouveau monde s’annonce. Ce n’est pas seulement l’histoire de Jésus que Marc commence ; c’est l’histoire de la recréation de l’humanité. Le Christ est ce Verbe qui, comme au premier jour, prononce la lumière ; mais cette fois, c’est la lumière intérieure, celle qui éclaire tout homme venant en ce monde.

Dans cette correspondance des commencements, nous voyons se dessiner le dessein unique de Dieu : créer et recréer, appeler l’être du néant et rappeler la vie du tombeau. Le péché avait défiguré la création ; le Fils de Dieu, par l’Évangile, en restaure la beauté première. Ainsi, le « commencement » de Marc n’efface pas celui de la Genèse : il l’accomplit. Ce que Dieu avait commencé dans la poussière d’Adam, il le parfait dans la chair du nouvel Adam.

Et c’est pourquoi l’Évangile n’est pas un livre parmi les livres : c’est la voix même du Créateur qui recommence à parler. En chaque mot de Jésus, il y a le même souffle que celui qui jadis fit vibrer les cieux et les mers. Là où la Genèse disait : « Dieu dit, et la lumière fut », Marc proclame : « Dieu parle en son Fils, et les cœurs s’illuminent. »

Ô lecteur de la Parole, si ton oreille s’ouvre à cette harmonie, alors tu comprendras que la Bible tout entière est un seul chant, un seul mouvement, un seul mystère : le Verbe qui, au commencement, créa le monde, est le même Verbe qui, dans l’Évangile, le rachète. Entre la première lumière et la lumière du Christ, il n’y a pas rupture mais continuité, car la Parole de Dieu ne change pas : elle se déploie.

Et lorsque, à la lecture du premier verset de Marc, l’âme fidèle perçoit le même timbre que dans la Genèse, c’est comme si le Seigneur lui-même venait murmurer : « Voici, je fais toutes choses nouvelles. »