L’économie du salut, lumière pour la théologie

Dans les premiers siècles, l’Église dut confesser la foi au milieu des tempêtes. Les Écritures proclamaient l’unité de Dieu, mais elles montraient aussi le Fils comme « le Verbe fait chair » et l’Esprit comme Seigneur et Vivificateur. Comment tenir ensemble ces vérités ? Alors la notion d’économie du salut fut donnée comme une clé providentielle : elle permit de distinguer entre ce que Dieu est en lui-même — la théologie — et ce qu’il fait pour nous dans l’histoire — l’économie.


Nicée et Constantinople : la Trinité éclairée par l’économie

En 325, Nicée proclama que le Fils est « consubstantiel » au Père. C’était l’affirmation théologique : le Fils est Dieu véritable. Mais pourquoi le dire avec tant de force ? Parce que dans l’économie du salut, le Christ avait vaincu la mort, et seul Dieu pouvait sauver. L’économie éclairait la théologie : les œuvres du Christ dans l’histoire montraient ce qu’il est de toute éternité.

En 381, Constantinople confirma la divinité de l’Esprit. Là encore, c’est l’économie qui le révélait : l’Esprit sanctifiait, inspirait, donnait la vie, comme seul Dieu le pouvait. Ainsi, le Père, le Fils et l’Esprit apparaissaient distincts dans l’économie, et c’est ce qui permit de dire avec clarté leur unité en théologie : une essence, trois personnes.


Chalcédoine : le Christ confessé par le lien entre théologie et économie

Mais il fallait aller plus loin. Comment dire que le Fils, Dieu éternel, est devenu homme ? À Chalcédoine, en 451, l’Église proclama le grand mystère : « un seul et même Christ, reconnu en deux natures, sans confusion, sans division. » Là encore, la distinction théologie/économie guida la réflexion :

  • La théologie affirmait le Verbe éternel, consubstantiel au Père.
  • L’économie montrait ce même Verbe prenant chair, souffrant, mourant et ressuscitant.

Sans l’économie, on n’aurait jamais su que le Verbe divin est aussi homme. Sans la théologie, on aurait réduit Jésus à un simple prophète. Mais unies, théologie et économie proclamèrent le Sauveur : vrai Dieu et vrai homme, unique médiateur.


Le danger d’une théologie sans économie

Ces conciles montrent une vérité capitale : on ne peut accéder à la théologie qu’à travers l’économie. Sans l’économie de l’Incarnation et de la Croix, Dieu resterait lointain, inconnaissable. L’Écriture l’affirme : « Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1:18).

Vouloir parler de Dieu en soi, sans passer par ses œuvres de salut, c’est s’égarer dans les nuages. C’est la tentation de certaines spéculations médiévales ou modernes : construire une théologie abstraite, qui oublie le Christ. Mais alors, le mystère trinitaire et christologique s’évanouit, et la foi se dessèche.


Le danger inverse : une économie sans l’Écriture

Pourtant, un autre péril guette. Si l’économie est un principe si fécond, ne risque-t-on pas de l’étendre à tout, sans discernement ? N’est-ce pas ce qui advint quand, au fil des siècles, l’Église multiplia les sacrements ? Certes, l’économie de Dieu agit dans mille signes et gestes, mais si l’on ne garde pas l’ancre de l’Écriture, tout devient sacrement.

Le Christ, dans l’Évangile, n’en institua que deux : le baptême et la cène. Le reste peut être saint et utile, mais ne doit pas être placé sur le même plan. Lorsque l’économie du salut est détachée de l’autorité biblique, elle devient principe extensible, justifiant des médiations innombrables, jusqu’à obscurcir la simplicité de l’Évangile.


La leçon spirituelle

Ainsi, l’histoire nous enseigne une double vérité :

  • L’économie du salut est la clé qui ouvre à la théologie. Elle nous permet de confesser la Trinité et le Christ en vérité. Elle nous garde d’un Dieu abstrait, inaccessible.
  • Mais l’économie doit toujours être guidée par l’Écriture. Sans ce guide, elle peut devenir prétexte à multiplier des sacrements que le Seigneur n’a pas institués, et détourner l’Église de la simplicité de l’obéissance au Christ.

Conclusion

Le témoignage de l’histoire est clair : l’économie du salut, bien comprise, est un instrument donné par Dieu pour contempler son mystère. Elle a permis à Nicée, Constantinople et Chalcédoine de préciser le dogme trinitaire et christologique. Mais elle n’est sûre que si elle reste enracinée dans l’Écriture.

Car c’est par l’économie révélée dans l’Évangile — le Christ mort et ressuscité, le baptême et la cène — que nous avons accès au mystère éternel de Dieu. Toute autre voie, qu’elle soit spéculation désincarnée ou multiplication arbitraire de rites, s’écarte de la promesse du Seigneur :

« Je suis le chemin, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14:6).