L’ordre chrétien de la lecture des Écritures

Au sein de cette œuvre divine qu’est la Bible, dont les pages furent inspirées par l’Esprit du Dieu vivant, il n’est point de lecture fidèle qui ne s’agenouille devant le Christ, le Fils éternel, Parole faite chair et clef de l’Écriture. Celui qui veut sonder les profondeurs de la révélation doit s’approcher d’abord de Celui qui en est le centre, la lumière et la fin.

Car c’est de Lui que parlent les Écritures, et c’est vers Lui qu’elles conduisent. « Vous sondez les Écritures, disait le Seigneur aux docteurs de son peuple, car vous pensez avoir en elles la vie éternelle : or ce sont elles qui rendent témoignage de moi. » (Jean 5.39). Le Christ ne se présente point comme une voix parmi d’autres, mais comme Celui à qui toute voix rend hommage. Il n’est pas simplement au cœur du livre sacré : il est ce cœur.

C’est pourquoi la première règle de toute saine lecture biblique est celle-ci : écouter d’abord ce que dit le Christ, le Fils du Père, Celui que Moïse a annoncé et que les prophètes ont vu de loin. Par ses paroles, ses actes, sa mort et sa résurrection, il accomplit la Loi et les Prophètes ; il les achève, les révèle, les transcende, les illumine. Là est la source de la lumière.

Mais à cette lumière s’ajoute celle des apôtres, choisis par Lui, formés par Lui, envoyés par Lui. « Qui vous écoute, m’écoute », leur dit-il (Luc 10.16). Et encore : « L’Esprit de vérité vous conduira dans toute la vérité ; il prendra de ce qui est à moi et vous l’annoncera. » (Jean 16.13-14). Ainsi les apôtres ne sont point des voix nouvelles, mais les échos fidèles du Christ glorifié. En eux se poursuit l’enseignement de leur Maître ; et dans leurs écrits se déploie la vérité de l’Évangile dans toute sa clarté.

Le lecteur attentif, après s’être incliné devant la parole du Seigneur, se tourne donc vers les épîtres apostoliques, non point comme vers un commentaire humain, mais comme vers le développement autorisé, inspiré et vivant de la révélation du Christ. Il y découvre comment la croix réconcilie, comment la grâce justifie, comment l’Église est appelée, comment l’histoire avance vers la plénitude.

Et alors, une fois guidé par le Seigneur et ses témoins, il revient aux anciennes pages, à la Loi, aux Prophètes, aux Psaumes. Mais il ne les lit plus comme autrefois. Ce qui était voilé lui apparaît désormais en pleine lumière. Ce qui était promesse devient accomplissement. Ce qui semblait obscur s’éclaire sous le rayon de la croix. L’Ancien Testament, ainsi illuminé par le Nouveau, resplendit comme l’aube avant le plein jour.

C’est là l’ordre chrétien de la lecture des Écritures : du Christ aux apôtres, des apôtres aux prophètes, et de tous ensemble à Dieu. Là, point d’arbitraire, point de désordre, mais l’ordre même de l’alliance. Là, point de confusion, mais l’harmonie divine. Là, point de rupture, mais la plénitude de l’unité. Car la Bible, une dans sa source et une dans sa fin, est tout entière un seul fleuve, dont les eaux viennent de Dieu et retournent à Lui.

Ainsi lisons-la : prosternés devant le Christ, instruits par les apôtres, et conduits dans l’ancienne alliance par la lumière de la nouvelle. Là est la sagesse. Là est la vie.