Le printemps évangélique – Partie 4

La Réforme, une intervention de Dieu

Ce n’est pas simplement avec le recul des siècles que la Réforme a été perçue comme extraordinaire. Les Réformateurs eux-mêmes avaient une conscience aiguë de vivre un temps unique, orchestré par la providence divine. Martin Luther écrivait :

« Je n’ai rien fait ; la Parole a tout fait … la Parole affaiblissait … le papisme comme jamais aucun prince ou empereur ne l’a fait. »

Et Jean Calvin :

« Les ténèbres qui couvraient la terre furent dissipées et la lumière de la vérité divine commença à briller. Ce n’est point une lumière humaine, mais celle de Dieu qui a réveillé son Église dans ces temps de désespoir. »

Et encore Théodore de Bèze :

« Ce que nous voyons aujourd’hui n’est point une simple réforme, mais le règne de Christ qui s’établit de nouveau au milieu des hommes, comme il l’a promis dans ses saintes Écritures. »

Les diverses réactions à la redécouverte de la Bible

L’histoire de la Réforme nous enseigne que la Parole de Dieu, lorsqu’elle est rendue accessible, ne laisse personne indifférent : elle éveille, elle transforme, mais elle divise aussi. Cette révolution biblique a généré des réactions variées et parfois opposées, que l’on peut regrouper en trois grandes catégories : la réaction catholique, la Réforme magistérielle, et la Réforme radicale.

Face à la diffusion des idées protestantes et à la lecture individuelle de la Bible, l’Église catholique a adopté une posture de défense. Le Concile de Trente (1545-1563) fut la pierre angulaire de cette réaction.

Les grands courants protestants, tels que le luthéranisme et le calvinisme, ont cherché à réformer l’Église avec la coopération des autorités civiles, des magistrats ; c’est pourquoi, on parle de Réforme magistérielle.

En parallèle, la démocratisation de la Bible a donné naissance à une Réforme dite « radicale », qui s’est développée en dehors des structures magistérielles. Ce courant comprend divers groupes dissidents, tels que les anabaptistes, les spiritualistes ou les antitrinitaires, qui critiquaient à la fois l’Église catholique et les réformes magistérielles, jugées insuffisantes.

Mais la Réforme radicale est restée un mouvement minoritaire et persécuté ; elle eut cependant une influence durable sur la liberté religieuse et l’autonomie individuelle dans la foi.

Les Églises évangéliques, héritières de la Réforme mais pas que …

Les Églises évangéliques doivent beaucoup à la Réforme magistérielle pour leur cadre théologique et leur attachement à l’autorité des Écritures. Elles héritent aussi de certains éléments de la Réforme radicale, comme la conversion individuelle ; le baptême des croyants ; l’autonomie des Églises locales.

Cependant les Églises évangéliques gagneraient à souligner qu’elles ne sont pas une création ex nihilo du 19ème siècle ou même du 16ème siècle, mais qu’elles sont part à la catholicité de l’Église qui remonte aux temps apostoliques.

Elles sont parfois accusées d’innover en plaçant l’Écriture Sainte comme autorité suprême en matière de foi et de vie chrétienne. Mais loin d’être un principe tardif introduit par la Réforme, l’autorité suprême des Écritures découle directement du témoignage biblique lui-même, que ce soit dans l’Ancien ou le Nouveau Testament.

Le sola scriptura est un fondement essentiel voulu par Dieu lui-même ; et partout où l’Église est revenue à l’Écriture comme norme suprême, elle a connu la bénédiction de Dieu.

Ainsi, en s’attachant à l’Écriture, les Églises évangéliques se placent dans la lignée des croyants fidèles à travers les âges et ont la promesse de la bénédiction de Dieu.

Cependant, il ne suffit pas d’avoir les Écritures : il faut aussi en comprendre le message. Comprends-tu ce que tu lis ? demandait Philippe à l’eunuque éthiopien. Comment le pourrais-je, répondit-il, si quelqu’un ne me guide ? Et il invita Philippe à monter et à s’asseoir avec lui … Alors Philippe … lui annonça la bonne nouvelle de Jésus. (Actes 8.30 – 35)

La lecture fidèle de la Bible ne peut se faire de manière isolée, sans le secours de l’Esprit Saint que le Christ a promis à son peuple pour le guider dans toute la vérité. Et c’est précisément là que la tradition de l’Église prend sa juste place.

Les Réformateurs, bien que dénonçant les dérives de la tradition humaine, ne rejetaient pas l’idée d’une tradition chrétienne authentique. Cette tradition n’est pas une autorité concurrente de la Bible, mais elle est la mémoire vivante de l’Église qui aide à en garder le sens juste. Elle est un cadre qui préserve l’Église des interprétations fantaisistes, une boussole qui aide à lire la Bible en harmonie avec la foi chrétienne transmise à travers les âges.

C’est pourquoi les Églises évangéliques ont tout intérêt à se réapproprier l’histoire chrétienne et les confessions de foi historiques.

En retrouvant cet équilibre, elles peuvent montrer qu’elles ne sont pas seulement des défenseurs de la Bible, mais aussi des héritières d’une longue tradition chrétienne fidèle à l’Évangile.

Et je termine en rappelant ces propos de M. Merle d’Aubigné : « Je demande d’une Église qu’elle soit toujours, – quant à l’histoire, – une Église renouvelée, mais non une Église nouvelle … je demande … que l’Église se rattache aux confesseurs de Christ, qui, de siècle en siècle, ont rendu témoignage au Seigneur ; avant tout aux apôtres, fondements de l’Église, dont Jésus-Christ est la pierre angulaire ; puis à tous ceux qui, dès lors, gardèrent le dépôt de la foi, et particulièrement aux réformateurs que Dieu suscita au XVIe siècle pour rétablir la vérité qui est selon la piété. »