Le sacerdoce du Christ et son déploiement dans l’Église

Dans les pages lumineuses de la première épître de Pierre, l’Église naissante entend résonner, comme un écho venu des profondeurs de l’ancienne alliance, la parole autrefois adressée à Israël au pied du Sinaï. Lorsque Dieu, dans le livre de Exode, proclamait son peuple « royaume de prêtres », il ne désignait pas seulement une dignité symbolique, mais une vocation réelle : celle d’une humanité consacrée, appelée à offrir à Dieu non seulement des rites, mais une existence entière transfigurée par l’alliance.

Or voici que cette parole antique, reprise par l’apôtre, n’est pas abolie mais portée à sa plénitude dans le mystère de l’Église. En 1 Pierre, le peuple chrétien est lui aussi déclaré « sacerdoce royal », non par simple analogie, mais parce qu’il participe véritablement à l’offrande du Christ. Ainsi, tout fidèle devient, dans le secret de sa vie, un autel vivant, où se dépose l’oblation d’une existence conforme à la volonté divine.

Cependant, cette universalité du sacerdoce ne saurait être comprise comme une indifférenciation des fonctions. Car déjà, sous l’ancienne alliance, celui-là même qui appelait tout Israël à la consécration instituait en son sein un sacerdoce distinct, celui de la tribu de Lévi. Il y a là une harmonie profonde, souvent méconnue : le sacerdoce commun n’abolit pas le ministère particulier, mais l’appelle et le requiert, comme le cœur appelle les membres qui le servent et le vivifient.

C’est dans cette lumière qu’il faut contempler l’œuvre du Christ. Lui qui déclare, selon l’Évangile de Matthieu, n’être pas venu abolir mais accomplir, ne détruit pas les formes anciennes : il les recueille, les purifie et les élève jusqu’à leur vérité ultime. L’épître aux Hébreux déploie avec une majesté singulière cette économie divine : les sacrifices, le sanctuaire, le sacerdoce lévitique n’étaient pas des erreurs à corriger, mais des figures à accomplir, des ombres tendues vers la lumière.

Cette lumière, c’est le sacerdoce unique et éternel du Christ, médiateur parfait entre Dieu et les hommes. Mais loin d’exclure toute médiation visible, ce sacerdoce céleste en devient le principe vivant. Car ce qui est accompli dans le ciel ne demeure pas inaccessible : il se rend présent dans le temps, par des signes institués, par des sacrements efficaces, par des ministères ordonnés.

Ainsi, les ministres de l’Église ne se tiennent pas à côté du Christ, comme s’ils formaient une médiation concurrente ou parallèle. Ils sont, dans une dépendance totale, les instruments par lesquels l’unique sacerdoce du Christ se rend opérant dans l’histoire. De même que le sacrifice de la croix est unique et cependant rendu sacramentellement présent, ainsi le sacerdoce du Christ est unique et cependant rendu ministériellement présent.

Il serait donc erroné d’opposer le céleste et le visible, comme si l’un devait nécessairement exclure l’autre. Dans l’économie chrétienne, au contraire, le visible est précisément le lieu choisi par Dieu pour communiquer l’invisible. Le Verbe s’est fait chair, et cette incarnation continue, selon un mode sacramentel, dans la vie de l’Église.

Dès lors, le prêtre chrétien apparaît non comme un vestige du passé, ni comme une concession à la faiblesse humaine, mais comme le signe vivant d’une présence actuelle. Il ne prolonge pas le sacerdoce lévitique selon la chair ; il manifeste, dans l’ordre nouveau de la grâce, que le Christ ressuscité agit encore, qu’il parle, qu’il sanctifie, qu’il offre et qu’il rassemble.

Et l’on comprend alors que l’accomplissement ne détruit pas la médiation : il la transfigure. Ce que l’ancienne alliance annonçait dans la distance, la nouvelle alliance le donne dans la proximité. Ce que la figure esquissait, la réalité l’accomplit sans la renier. Ainsi, dans la humble et mystérieuse économie de l’Église, le sacerdoce éternel du Christ rejoint concrètement les fidèles, afin que, par des mains visibles, ils soient introduits dans la communion invisible, et que, par des signes passagers, ils participent déjà à l’éternité.