Il est une vérité que l’histoire de l’Église atteste avec une force singulière : la Parole de Dieu, tout en s’exprimant dans des formules humaines, ne se laisse point enfermer dans les limites de ces formules. Les saintes Écritures, inspirées par l’Esprit, offrent à l’Église un fondement immuable ; et pourtant, elles ne sont point un terme clos, mais un principe vivant, une source jaillissante dont les eaux fécondent les siècles.
Aux premiers jours, lorsque les disciples écoutaient les paroles du Christ, ils n’en saisissaient pas encore toute la portée. Ces paroles, déposées dans leur mémoire comme un germe divin, attendaient l’heure où l’Esprit promis viendrait les éclairer intérieurement. Ainsi, ce qui avait été entendu dans la simplicité d’une parole humaine se révéla, peu à peu, dans la plénitude de sa profondeur divine. L’Église naissante, instruite par l’Esprit, comprit alors que ces paroles contenaient plus qu’elles ne semblaient dire.
Ce phénomène ne s’est point arrêté avec l’âge apostolique. À mesure que l’Église avançait dans l’histoire, affrontant les tempêtes de l’erreur, les défis des cultures, les interrogations des fidèles, elle se vit contrainte de pénétrer plus avant dans l’intelligence du dépôt qui lui avait été confié. Ce dépôt n’augmentait point dans son essence, mais il s’éclairait dans ses expressions. Ce n’était point une foi nouvelle qui surgissait, mais la même foi qui, sous la lumière de l’Esprit, se manifestait avec une précision croissante.
Ainsi, les formules inspirées de l’Écriture apparaissent comme des sommets d’où se découvre un vaste paysage, plutôt que comme des frontières qui en limiteraient l’étendue. Qui voudrait réduire la foi à ce qui est immédiatement explicite dans le texte ressemblerait à celui qui, contemplant une semence, nierait l’arbre qu’elle contient en puissance. Car la Révélation divine possède cette fécondité propre : elle dépasse toujours l’expression qui la porte, sans jamais s’en séparer.
C’est ici que se révèle la mission propre de l’Église. Gardienne fidèle de la Parole, elle n’en est pas la maîtresse, mais la servante ; et cependant, elle en est aussi l’interprète vivante, appelée à en manifester les richesses au fil des âges. Sous la conduite de l’Esprit Saint, elle discerne, explicite, formule, non pour ajouter à la Révélation, mais pour en préserver l’intégrité et en déployer la cohérence.
Dès lors, il faut comprendre que le développement doctrinal n’est point une altération, mais une maturation. Ce qui était contenu implicitement dans les paroles inspirées vient à la lumière lorsque les circonstances l’exigent. L’Église ne sort pas de l’Écriture ; elle y demeure, mais elle y demeure comme un être vivant dans le principe qui lui donne la vie, en en tirant sans cesse des trésors nouveaux et anciens.
Ainsi se dissipe l’apparente opposition entre la fidélité à la lettre et le développement de la doctrine. La lettre elle-même appelle ce développement, comme la promesse appelle son accomplissement. Et l’on peut dire, avec une juste confiance, que plus l’Église approfondit le mystère confié à ses soins, plus elle se rapproche de cette plénitude de vérité vers laquelle l’Esprit ne cesse de la conduire.
