L’Ascension et la Pentecôte dans le mystère pascal
Il est des moments dans l’histoire du salut où le voile se déchire soudain et laisse entrevoir une lumière nouvelle. La Résurrection de Jésus-Christ appartient à ces instants où l’éternité semble pénétrer le temps. Au matin de Pâques, lorsque la pierre du sépulcre est roulée et que les femmes trouvent le tombeau vide, ce n’est pas seulement la mort qui est vaincue : un ordre nouveau commence.
Le Christ ne revient pas simplement à la vie qu’il avait auparavant. Lazare avait été rappelé à la vie terrestre ; Jésus, lui, entre dans la vie glorifiée. Son humanité, meurtrie par la Passion, est désormais transfigurée par la puissance de Dieu. Les disciples le voient, le touchent, mangent avec lui ; mais en même temps, quelque chose d’inédit se manifeste. Il apparaît au milieu d’eux alors que les portes sont closes ; il disparaît à leurs yeux sur le chemin d’Emmaüs ; parfois même ceux qui l’aimaient le plus tardent à le reconnaître.
Ce ne sont pas là des prodiges isolés : ils sont les signes d’une réalité plus profonde. Le Ressuscité appartient désormais à un autre mode d’existence, celui de la gloire. La mort ne peut plus l’atteindre, et les limites ordinaires de l’espace et du temps ne le retiennent plus. L’Église, méditant ces récits, comprendra peu à peu que la Résurrection n’est pas seulement un événement qui concerne Jésus : elle est l’entrée de l’humanité dans la sphère même de la vie divine.
Durant quarante jours, le Christ ressuscité se montre à ses disciples. Ces apparitions ne sont pas une simple consolation après l’épreuve du Golgotha. Elles sont une pédagogie divine. Les apôtres doivent apprendre à reconnaître leur Seigneur dans cette condition nouvelle. Celui qu’ils avaient suivi sur les routes de Galilée n’est plus présent de la même manière ; pourtant il est plus vivant que jamais.
C’est dans cette lumière qu’il faut contempler l’Ascension. Bien souvent, on l’imagine comme un départ, comme si le Christ quittait la terre pour un lieu éloigné du monde. Mais l’Écriture nous invite à une compréhension plus profonde. Lorsque les Actes des Apôtres racontent que Jésus est élevé et qu’une nuée le dérobe à leurs regards, ce langage évoque la gloire de Dieu elle-même. Dans toute la Bible, la nuée est le signe de la présence divine qui enveloppe et protège.
L’Ascension signifie donc que le Christ ressuscité entre pleinement dans la gloire du Père. L’humanité qu’il a assumée dans l’Incarnation est désormais intronisée à la droite de Dieu. Celui qui a été crucifié par les hommes est établi Seigneur de l’univers. La Résurrection avait inauguré cette glorification ; l’Ascension en est la manifestation éclatante.
Mais l’élévation du Christ ne signifie pas l’éloignement du Christ. C’est au contraire le contraire qui se prépare. Car le Seigneur lui-même avait annoncé à ses disciples un mystère difficile à comprendre :
« Il est bon pour vous que je m’en aille ; car si je ne m’en vais pas, le Paraclet ne viendra pas à vous. »
Ainsi, l’Ascension ouvre la voie à la Pentecôte.
Au jour de la Pentecôte, lorsque l’Esprit Saint descend sur les apôtres réunis dans le Cénacle, un autre seuil de l’histoire est franchi. Le vent impétueux, les langues de feu, la proclamation de l’Évangile dans toutes les langues ne sont pas seulement des signes extraordinaires : ils révèlent que la vie du Ressuscité commence à se communiquer à son peuple.
Le Christ glorifié ne demeure pas isolé dans la gloire céleste. Par l’Esprit Saint, il fait entrer les hommes dans sa propre vie. L’Église naît précisément de cette effusion : elle est le lieu où la présence du Christ ressuscité se déploie désormais dans l’histoire.
Ainsi se révèle l’unité profonde de ces événements. La Résurrection inaugure le nouvel état du Christ ; l’Ascension manifeste son exaltation dans la gloire du Père ; la Pentecôte répand dans le monde la vie de ce Christ glorifié.
Ces trois moments ne sont pas des épisodes séparés, mais les étapes d’un même mystère pascal. Pâques ouvre le ciel à l’humanité ; l’Ascension y introduit le Fils de l’homme ; la Pentecôte fait descendre la vie du ciel dans l’Église.
Dès lors, la présence du Christ change de forme sans disparaître. Avant la Passion, il était visible aux yeux des hommes ; après la Résurrection, il devient présent d’une manière plus profonde. Il demeure au milieu de son peuple dans la puissance de l’Esprit, dans la communion de l’Église, dans la proclamation de la Parole, et de manière éminente dans les sacrements.
C’est pourquoi l’Ascension ne clôt pas l’histoire de Jésus sur la terre : elle inaugure la présence universelle du Seigneur dans son Corps qui est l’Église. Celui qui est monté dans la gloire est aussi celui qui accomplit sa promesse :
« Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Ainsi, dans la lumière de la foi catholique, la Résurrection, l’Ascension et la Pentecôte apparaissent comme les trois mouvements d’un même acte divin : le Christ glorifié communiquant sa vie à l’humanité et faisant naître son Église dans l’histoire.
