Au cœur de la nuit silencieuse de Bethléem, dans un modeste abri destiné aux bêtes, un événement bouleversant l’univers se produisit : « Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous » (Jean 1:14). Cependant, le monde demeura dans une étrange indifférence. Ni les palais de César, ni les temples majestueux de Rome, ni les écoles de la philosophie grecque ne soupçonnaient que cette naissance marquerait une ère nouvelle, un tournant décisif dans l’histoire humaine. L’enfant emmailloté, couché dans une mangeoire, était pourtant celui qui devait « porter sur ses épaules l’empire » (Ésaïe 9:6).
Le voile de l’indifférence et la lumière divine
L’indifférence qui accompagna la naissance de Jésus n’était pas une coïncidence. Elle traduisait la profondeur de la cécité spirituelle dans laquelle le monde était plongé. Le grand Empire romain, à son apogée de puissance, s’était abandonné à une vaine gloire. Les sages de l’époque, dans leur quête insatiable de savoir, n’avaient pas discerné que la sagesse éternelle se révélait dans l’humilité d’un nouveau-né. À travers cette apparente insignifiance, Dieu montrait que ses voies ne sont pas celles des hommes : il choisit ce qui est faible pour confondre ce qui est fort (1 Corinthiens 1:27).
Les bergers, pourtant méprisés par leur société, furent les premiers témoins de cette gloire cachée. Les cieux s’ouvrirent pour eux, et les armées célestes proclamèrent : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée ! » (Luc 2:14). Ainsi, Dieu, dans sa souveraine sagesse, révéla à ces simples cœurs ce que les sages et les puissants ne pouvaient voir. Ce moment, si humble en apparence, était l’accomplissement des promesses faites depuis la chute : l’Emmanuel, « Dieu avec nous », était venu.
L’Incarnation et la marche de l’histoire
Pourtant, ce qui passa inaperçu ce jour-là allait bouleverser l’histoire des siècles. Alors que le monde tournait ses regards vers Rome, ignorant Bethléem, une force divine, silencieuse mais irrésistible, commença à transformer le cours des événements humains. Les apôtres, simples pêcheurs de Galilée, portèrent cette vérité au cœur des nations, proclamant que Jésus-Christ, né dans l’humilité, est le Seigneur de gloire.
Au fil des siècles, la croix, scandale pour les Juifs et folie pour les Grecs (1 Corinthiens 1:23), devint le centre de la foi de millions d’hommes. L’Empire romain, qui persécuta les premiers chrétiens, plia le genou devant Celui qu’il avait méprisé. À travers l’histoire, Dieu révéla sa souveraineté, comme l’écrit le psalmiste : « Le conseil de l’Éternel subsiste à toujours, les desseins de son cœur, de génération en génération » (Psaume 33:11).
Anno Domini : une proclamation universelle
Le VIᵉ siècle vit un tournant décisif dans la manière dont les hommes concevaient le temps. Denys le Petit, moine et érudit, proposa un nouveau calendrier centré sur l’Incarnation. Jusqu’alors, les années étaient comptées à partir de la fondation de Rome. Mais désormais, le Christ, venu dans le monde dans l’indifférence, devint le pivot même de la chronologie humaine. « Anno Domini », l’année du Seigneur, remplaça « ab urbe condita » et fit de l’Incarnation la clef de l’histoire universelle.
Ce changement n’était pas simplement une innovation pratique. Il portait en lui une proclamation théologique puissante : l’histoire humaine n’est pas un enchaînement fortuit d’événements, mais elle est guidée par un dessein divin. Au centre de ce dessein se trouve Jésus-Christ, le Seigneur du temps et de l’éternité. Chaque année marquée « Anno Domini » proclame que le Fils de Dieu est entré dans notre monde pour réconcilier les hommes avec leur Créateur.
Ce basculement historique rappelle que Christ est « l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin » (Apocalypse 22:13). Tout, dans l’histoire comme dans la création, trouve en lui son origine et sa destination.
Conclusion : Le triomphe de la lumière
L’histoire humaine, marquée par l’indifférence initiale à l’égard de Christ, proclame aujourd’hui son triomphe. Chaque année « Anno Domini » résonne comme un témoignage silencieux mais éloquent de la centralité du Christ dans l’histoire et dans l’éternité. À nous, héritiers de cette foi proclamée par l’Église, de reconnaître dans l’Incarnation non seulement l’espérance de notre salut, mais aussi la clef qui illumine le passé, oriente le présent et garantit l’avenir.
Ainsi, avec les anges de Bethléem et les témoins des siècles, redisons : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée ! » L’enfant né dans l’indifférence est devenu le Roi des rois, et son règne, éternel, embrasse tout l’univers.
