La Parole écrite et les médiations du Christ

Il y a, dans l’histoire sainte, des heures où la lumière descend parmi les hommes avec une solennité particulière. Parmi les dons par lesquels le Seigneur s’est approché de son Église, nul n’égale la médiation suprême qu’Il exerce en sa propre personne, Lui, le Verbe incarné, qui est venu réconcilier en son sang l’humanité éloignée. Toute la vie chrétienne se tient suspendue à cette œuvre unique : un seul Médiateur, un seul Rédempteur, un seul Nom donné sous le ciel par lequel il nous faille être sauvés. C’est de cette source première que jaillissent toutes les grâces.

Mais ce Médiateur, qui n’a besoin d’aucune main humaine pour tendre la sienne, a pourtant choisi, dans la profondeur de son amour, de se rendre présent par des voies visibles. Le Christ n’a pas seulement sauvé le monde : Il a établi des médiations secondaires par lesquelles son action se prolonge à travers les siècles. Ainsi l’économie du salut n’est pas un élan solitaire, mais une histoire, une transmission, un corps vivant où l’invisible s’appuie sur le visible pour atteindre l’âme.

Parmi ces médiations, l’Écriture sainte occupe une place incomparable. Elle est la Parole de Dieu, fixée dans les lettres humaines par l’inspiration de l’Esprit. Elle est un roc, une ancre, un flambeau qui ne s’éteint point. Le Christ l’a voulue, car Il a parlé, Il a enseigné, Il a envoyé ses apôtres, Il a ordonné que l’Évangile fût prêché à toutes les nations ; et cette prédication, portée par la Tradition apostolique, a trouvé dans l’écriture son dépôt, sa forme, sa stabilité. Ainsi, l’Écriture apparaît comme une médiation visible, par laquelle le Seigneur atteint encore aujourd’hui les fidèles dispersés sur la terre.

Pourtant, elle n’est pas la seule médiation. Car la Parole écrite ne se suffit pas à elle-même : elle demande une oreille qui entende, un cœur qui discerne, une communauté qui transmet. Le Christ n’a point laissé son Église à l’arbitraire des interprétations : Il lui a donné son Esprit, Il lui a confié des pasteurs, Il a institué des rites, des gestes, des sacrements, par lesquels sa présence continue d’illuminer et de sanctifier.

Ainsi, à côté de l’Écriture, se tiennent d’autres médiations, également établies par Lui :

  • la tradition apostolique, qui porte la mémoire vivante de la première annonce ;
  • le ministère des apôtres et de leurs successeurs, chargés non d’inventer, mais de garder ce qui fut transmis ;
  • la communauté visible, assemblée en son Nom, qui demeure la cité sur la montagne ;
  • les sacrements, lieux où le Christ touche l’homme dans la matière même du monde ;
  • la liturgie, où l’Église se tient devant Dieu dans l’adoration solennelle ;
  • la communion des saints, où les générations de croyants se rejoignent dans la lumière.

Toutes ces médiations n’ajoutent rien à la médiation unique du Christ : elles en déploient la richesse et en rendent la puissance accessible aux hommes prisonniers du temps et de la chair. Le Christ demeure le seul Rédempteur ; l’Église ne fait que tendre la main de Celui qui la conduit. Mais refuser ces médiations, c’est amoindrir l’œuvre même du Médiateur, comme si la Parole incarnée n’avait pas voulu s’incarner pleinement dans l’histoire humaine.

L’Écriture, dès lors, n’est pas une voix isolée dans le désert. Elle est la charte de l’alliance nouvelle, mais elle brille au cœur d’un peuple, elle chante dans la liturgie, elle éclaire les gestes sacramentels, elle est approfondie par la Tradition, elle est servie par ceux que l’Esprit a établis. La Parole inspirée ne plane pas au-dessus de l’Église : elle habite au milieu d’elle.

Aussi l’âme chrétienne doit-elle embrasser avec gratitude la diversité des instruments par lesquels Dieu se donne. Car l’Écriture, si elle est la médiation écrite, n’est pas la seule médiation voulue par le Christ. Et celui qui prétend réduire l’économie divine à la seule lettre, même inspirée, risque de priver son regard de la lumière que le Seigneur a répandue sur les chemins de son Église.

Le Christ est unique Médiateur : telle est la vérité fondamentale.
Mais ce Médiateur unique a voulu multiples les voies de son approche.
Dans l’Écriture, Il parle ;
dans les sacrements, Il se donne ;
dans le ministère, Il conduit ;
dans la Tradition, Il demeure ;
dans l’Église, Il vit.

Ainsi se déploie l’œuvre de Dieu, une et multiple, simple et profonde, céleste et pourtant imprimée dans l’épaisseur du monde. Et l’on découvre que la médiation secondaire de l’Écriture, loin d’être diminuée par la présence des autres médiations, en reçoit au contraire un éclat plus grand, parce que toutes convergent vers Celui qui en est l’unique source et l’unique fin : le Christ, médiateur éternel, lumière des nations et cœur vivant de son Église.