D’après les recherches de Pierre Perrier (Karozoutha)
I. L’ÉVANGILE DE MARC
La catéchèse d’hiver de Pierre (Epiphanie → Pâques)
Selon le livre de Pierre Perrier, l’Évangile de Marc est la mise par écrit de la Karozoutha de Képha, c’est-à-dire la catéchèse d’hiver que Pierre proclamait chaque année entre la fête de la Dédicace et la Pâque.
Mise par écrit progressivement par Jean-Marc.
1. La Karozoutha de Pierre
- Pierre enseignait selon quatre catéchèses progressives d’hiver, centrées sur l’identité messianique de Jésus et la Transfiguration
- Cette prédication suivait le rythme liturgique : Épiphanie → Pâques (baptême du Seigneur → Résurrection)
2. Marc, auditeur et scribe de Pierre
- Marc est l’un des 70 disciples et compagnon de Pierre dès les années 37–40
- Pierre prêchait ; Marc écrivait. Cette tradition est confirmée par Jérôme : « Pierre disait, et Marc écrivait »
- Des notes (Karozoutha d’Marcos) existaient déjà à Antioche en araméen et peut-être en grec, comme témoins d’une traduction de la catéchèse de Pierre
3. La composition finale
- La mise par écrit en grec est produite à Rome, sous la pression des fidèles qui voulaient garder la catéchèse de Pierre.
- Marc quitte Rome, revient à Alexandrie où il fonde l’Église, puis est martyrisé en 68
- Son Évangile devient la base des Évangiles alexandrins.
4. Nature de l’Évangile de Marc
➤ Un évangile catéchétique : résumé compact, rythmé, fait pour être proclamé.
➤ Une prédication trimestrielle calquée sur l’enseignement vivant de Jésus selon les saisons (hiver-printemps)
II. L’ÉVANGILE DE MATTHIEU
Le premier évangile complet, couvrant toute l’année liturgique
Pour Perrier, Matthieu compose le premier ordrage annuel complet, avec un schéma en 5 × 2 parties correspondant à une mémorisation idéale (10 sections)
1. Origines : la mémoire populaire et la Malpanoutha
Matthieu est dépositaire du récit populaire de Jésus :
- catéchèses courtes,
- paraboles (mashal),
- enseignements de base (Malpanoutha).
Ces matériaux viennent de l’enseignement destiné aux foules, structuré selon le parcours Galilée → Jérusalem
2. Mise par écrit précoce
Des traditions anciennes (Marie d’Agréda, Emmerich) – reprises par Perrier – affirment :
- Matthieu commence à écrire vers l’an 36, après un concile de Jérusalem, en araméen (évangile selon les Hébreux)
3. Structure liturgique
- Matthieu suit le cycle synagogal du Pentateuque et des prophètes, intégrant les fêtes juives et les grands moments du ministère.
- Son évangile fut la base du lectionnaire catéchétique utilisé à Antioche, avec une organisation hebdomadaire précise (sidrot)
4. Nature de l’Évangile de Matthieu
➤ L’évangile du peuple : destiné aux catéchumènes de base.
➤ Le premier ordrage complet de l’année (de Pâques à Pentecôte en cycle)
III. L’ÉVANGILE DE LUC
L’évangile des missions aux nations
Luc n’est pas témoin direct, mais catéchiste formé à Jérusalem (30–33) par les apôtres et Ananie, et compagnon de Paul.
1. Sources primitives de Luc
Luc puise dans :
- la Karozoutha des Douze (premier cycle 30–33) conservée à Jérusalem
- les récits complets de la Passion, célébrés heure par heure dans les premières années
- la mémoire de Marie, dont il tient les récits de l’enfance
2. Le rôle de Marie et de Jean à Éphèse
Luc séjourne à Éphèse, souvent auprès de Jean et de Marie, ce qui explique la précision des scènes liées à l’enfance et aux femmes.
3. Une catéchèse adaptée aux païens
Luc compose une Karozoutha non liée aux fêtes juives, adaptée aux missions hellénistiques (« aux nations »)
Son évangile répond à une demande de Paul et à la nécessité d’un support catéchétique plus universel.
4. Nature de l’Évangile de Luc
➤ Un évangile historique, détaillé, reliant les événements entre eux.
➤ Un texte destiné à une Église de culture grecque, moins orale et demandant une mise par écrit plus développée.
IV. L’ÉVANGILE DE JEAN
Le sommet : l’enseignement approfondi, structuré sur les fêtes juives
Jean est le dernier des apôtres. Il a enseigné un cycle de 3 ans, établi sur les grandes fêtes juives :
- Rosh Hashana,
- Yom Kippour,
- Pâque,
- Pentecôte,
- Fête des Tentes,
- Dédicace.
1. La Karozoutha de Jean : la plus proche de Jésus
Cette Karozoutha est décrite par Perrier comme :
- la plus fidèle à l’enseignement direct de Jésus,
- historique et liturgique en même temps,
- articulée autour des têtes juives, couvrant trois ans de ministère
2. Le rôle de Marie
Marie, « mémoire méditante » et « compositrice orale », a probablement contribué aux récitatifs les plus raffinés, notamment dans Jean et Luc
3. La mise par écrit
- Jean fixe son évangile vers 95–100, à Éphèse, après des décennies d’enseignement.
- Son Évangile est le plus théologique, intégrant les discours d’approfondissement (Cène, Pain de Vie, etc.).
- Les premiers blocs johanniques (passion, signes) existaient en tradition orale très tôt, dès 30–33.
4. Nature de l’Évangile de Jean
➤ L’évangile sacerdotal, centré sur la révélation du Fils.
➤ Un cycle de formation destiné aux futurs anciens (talmidim), non au peuple.
V. SYNTHÈSE DE L’HISTOIRE DES QUATRE ÉVANGILES
| Évangile | Origine | Source principale | Mise par écrit | Nature |
|---|---|---|---|---|
| Marc | Pierre (43–68) | Catéchèse d’hiver | 50–60 | Catéchèse apostolique |
| Matthieu | Jérusalem (36–50) | Enseignement populaire | 36–40 (araméen) | Cycle annuel complet |
| Luc | Antioche, Achaïe | Catéchèse 30–33, Marie, Paul | 50–60 | Pour les nations |
| Jean | Éphèse (30–100) | Cycle des fêtes, Marie | 95–100 | Approfondissement théologique |
Conclusion
Selon Pierre Perrier, les quatre Évangiles ne sont pas nés indépendamment :
ils proviennent de Karozoutha, de cycles liturgiques et de catéchèses publiques proclamées avant d’être écrites.
L’Église primitive ne fut jamais une religion du livre, mais une religion de la mémoire vivante, où les évangiles écrits furent la cristallisation finale d’une Tradition orale solide, unifiée et communautaire.
