« Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont annoncé la parole de Dieu, et, considérant l’issue de leur conduite, imitez leur foi » (Hébreux 13.7)

Ce verset, depuis le jour où il a résonné dans mon cœur, a été pour moi comme une lumière posée sur le chemin de la foi. Il m’a d’abord conduit vers les grandes figures de la Réforme : Luther, Calvin, Farel, et tant d’autres qui, dans un siècle d’ombres et de corruptions, relevèrent hautement le flambeau de la Parole. J’y voyais des conducteurs au sens le plus noble du terme : des hommes qui, au prix de leurs vies, avaient rendu à l’Écriture son autorité et au Christ son trône dans les âmes. En méditant sur leur courage, leur pureté doctrinale, leur zèle pour l’Évangile, j’ai compris que la foi ne se résume pas à une adhésion intellectuelle, mais à une obéissance vivante à la Parole de Dieu. C’est ainsi que, guidé par ce verset, je me suis joint à une Église réformée évangélique, dans le désir sincère d’imiter cette foi ardente et scripturaire qui fit jaillir la lumière au cœur de l’Europe.

Mais les années passant, cette même parole s’est faite pour moi un nouvel appel. « Souvenez-vous de vos conducteurs » : n’est-ce pas remonter au-delà de Luther et de Calvin, jusqu’aux apôtres eux-mêmes, aux témoins premiers, à ceux qui n’ont pas seulement écrit la Parole mais l’ont proclamée, vécue, transmise ? Alors, un autre horizon s’est ouvert. En redécouvrant le catholicisme romain, non pas sous le voile des préjugés, mais dans sa continuité vivante, j’ai aperçu derrière les siècles l’unité ininterrompue d’une foi reçue des apôtres et transmise de bouche en bouche, de cœur en cœur, comme une flamme jamais éteinte.

C’est dans cette redécouverte que l’association EECHO m’a été d’un grand secours. Par les travaux qu’elle diffuse sur l’oralité évangélique, sur la langue araméenne, sur la mémoire vivante de l’Église des origines, elle m’a permis de voir que l’Évangile n’est pas d’abord un texte à analyser, mais une parole à écouter ; non pas un document, mais une voix. Cette voix, les apôtres l’ont reçue du Christ lui-même, et elle a continué à résonner dans la prière, la liturgie, la catéchèse, dans la vie de communautés entières où l’Esprit rendait témoignage à la Vérité.

Alors j’ai compris : imiter la foi de nos conducteurs, ce n’est pas seulement suivre ceux qui ont redonné au monde la Bible ; c’est remonter jusqu’à ceux qui ont donné au monde l’Évangile vivant, c’est boire à la source même où ils ont bu. La foi réformée m’a appris l’amour de la Parole écrite ; la redécouverte du catholicisme m’a révélé la tradition qui l’a portée. Ces deux voies ne s’opposent pas nécessairement : la première m’a appris la rigueur, la seconde, la plénitude. Ensemble, elles m’invitent à contempler l’unique Église, née du souffle apostolique, gardienne de la mémoire du Verbe incarné.

Ainsi, le verset d’Hébreux 13.7 m’accompagne encore, mais il a pris un sens plus profond. Je n’y entends plus seulement l’écho des réformateurs, mais la voix des apôtres, des martyrs, des saints de tous les âges. C’est comme si la Parole me disait : « Ne t’arrête pas aux frontières du XVIᵉ siècle ; franchis-les pour retrouver l’aube du christianisme, là où la foi n’était pas encore divisée. » Et je sens au fond de moi que suivre cet appel, c’est marcher vers l’unité, non celle d’un système humain, mais celle de la Parole faite chair, transmise, partagée, offerte comme un pain vivant.

Car l’Évangile, avant d’être écrit, fut proclamé ; avant d’être lu, il fut entendu. Et cette parole, transmise de génération en génération, demeure la même : elle nous appelle à imiter la foi de ceux qui l’ont reçue de Dieu, afin qu’à notre tour nous la vivions et la transmettions, non comme un souvenir, mais comme une vie.