Il y a des lieux dans l’histoire où la ruine devient sanctuaire. Les hommes y voient des pierres écroulées, mais Dieu y prépare ses œuvres. Tel fut Nazareth.
Sur ces collines paisibles de Galilée, entre les vallées fertiles d’Esdrelon et les routes de Séphoris, s’élevait autrefois, dit-on, une demeure royale. Là, dans le temps lointain des rois, des descendants de David avaient possédé un domaine, modeste peut-être, mais empreint encore de la dignité de leur race. Puis les siècles avaient passé ; la gloire de Juda s’était éteinte, Jérusalem avait été saccagée, et la lignée du berger-roi s’était enfouie dans la poussière de l’oubli. Pourtant, à Nazareth, la braise de la promesse couvait encore sous la cendre.
I. La lignée royale cachée
Les Livres saints avaient promis que la maison de David ne manquerait jamais d’un descendant. Or, Dieu, dans sa fidélité, garda cette promesse, non dans les palais des grands, mais dans les demeures des humbles.
Des familles issues de la lignée royale s’étaient réfugiées en Galilée après l’exil de Babylone. Elles vivaient là, pauvres, mais pieuses, fidèles au Dieu de leurs pères. Leurs enfants travaillaient la pierre et le bois, leurs mains bâtissaient des maisons, mais leur cœur gardait la mémoire du trône abattu. L’orgueil des rois s’était évanoui ; il restait la foi.
Parmi ces descendants silencieux se trouvaient Joseph et Marie. Lui, artisan du bois, portait dans sa généalogie la lignée de Salomon ; elle, vierge d’Israël, descendait de Nathan, autre fils de David. Ainsi, dans ce foyer obscur, les deux rameaux de la maison royale se rejoignaient, et la promesse ancienne, transmise de génération en génération, trouvait encore une demeure.
II. Le mystère du nom
Nazareth ! Ce nom lui-même, dans la langue des prophètes, évoquait un rameau, un rejeton. Netser : tel était le mot par lequel Isaïe avait annoncé la venue du Messie :
« Un rameau sortira du tronc de Jessé, un rejeton naîtra de ses racines. »
Le Nazaréen n’est autre que le Netser, le Rameau de David. Et comme si la Providence eût voulu inscrire la prophétie dans la géographie même d’Israël, le lieu où devait s’accomplir la promesse prit le nom du Rameau lui-même.
Ce n’est donc point sans dessein que l’ange du Très-Haut se rendit à Nazareth. C’est là, dans cette ruine habitée par les derniers enfants de David, que la Parole descendit pour renaître dans la chair humaine.
III. La ruine et la promesse
À l’époque de Jésus, Nazareth n’était plus qu’un hameau pauvre. Les voyageurs la méprisaient : « Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? » disait Nathanaël. Mais Dieu choisit ce qui est faible pour confondre ce qui est fort.
Les collines de Nazareth portaient encore les traces d’anciennes demeures creusées dans la pierre ; les fouilles modernes ont révélé des maisons en ruine, dont certaines remontaient aux siècles précédents l’époque hérodienne. Peut-être l’une d’elles fut-elle, jadis, la résidence des descendants du roi. Ainsi, sur des pierres fendues, s’élevait la maison où Marie entendit la voix de l’ange.
Le contraste est saisissant : au milieu des ruines d’une royauté terrestre, Dieu établit le trône de son Fils éternel. L’antique gloire s’était effondrée, mais le Roi du ciel venait y prendre chair. Le trône de marbre avait disparu ; il renaissait sous la forme d’un berceau.
IV. L’Annonciation du Roi
Lorsque l’ange entra, il salua la fille de David : « Le Seigneur est avec toi. » Et il ajouta :
« Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. » (Luc 1, 32)
Ces mots n’étaient pas une métaphore : ils rappelaient la réalité vivante de la lignée. Marie, descendante de Nathan, portait dans son sang la promesse ; Joseph, fils de David, en assurait la légitimité devant la loi. Ainsi, en cette heure bénie, la maison de David, croyant avoir tout perdu, retrouvait tout dans un enfant.
La royauté déchue revivait, mais transfigurée. Le sceptre brisé devenait croix ; le diadème terrestre se changeait en couronne d’épines, puis en gloire éternelle.
V. La fidélité divine dans la poussière humaine
L’histoire de Nazareth proclame la fidélité de Dieu. Tandis que les empires s’écroulaient, que les dynasties passaient et que les peuples oubliaient leurs origines, le Seigneur, Lui, veillait sur une famille inconnue. Dans la maison du charpentier, Il gardait la promesse faite au roi.
Les hommes avaient oublié David ; Dieu, non. Le monde cherchait la gloire à Rome ou à Alexandrie ; Dieu la préparait dans une bourgade ignorée. Il avait choisi la pauvreté pour y cacher la majesté. Et quand vint l’heure, l’éternité s’inclina sur la demeure d’un artisan, pour y déposer le Roi des rois.
VI. Leçons pour l’âme
Nazareth nous enseigne que les promesses de Dieu s’accomplissent souvent dans le silence et la ruine. Là où tout semble perdu, le Seigneur fait naître le salut. Là où le trône est brisé, Il prépare le règne éternel. Là où les hommes ne voient que pauvreté, Il voit la plénitude de son dessein.
Chaque ruine peut devenir Nazareth, si elle garde la foi. Chaque cœur, s’il demeure fidèle, peut devenir le sanctuaire où Dieu refait son alliance. Car ce n’est pas dans la force, ni dans la grandeur, mais dans l’humilité que le Seigneur déploie sa gloire.
VII. La gloire cachée
Ainsi s’explique le mystère de ce nom que Jésus porta : le Nazaréen. Ce mot, méprisé par le monde, devint l’emblème de la royauté divine. Les prophètes y voyaient le signe de l’accomplissement ; les anges, celui de la fidélité.
Et lorsque le Christ, du haut de la croix, fit éclater le triomphe de l’amour sur la mort, le rameau planté à Nazareth devint l’arbre immense où viendraient se reposer les nations.
De Nazareth à Bethléem, de Bethléem à Jérusalem, de Jérusalem au monde entier : telle est la marche de Dieu.
Le Rameau de David, caché dans la ruine, a refleurit pour l’éternité.
Conclusion
Ô Nazareth ! Terre de silence et d’espérance ! En toi, la lignée royale survécut aux siècles et porta, sans le savoir, le salut du monde. En toi, Dieu prouva que sa fidélité n’est jamais abolie.
Les rois avaient régné, les empires avaient passé ; mais toi, humble cité, tu gardais au cœur de ta poussière le secret de la gloire. Là, dans la maison pauvre d’un charpentier, la promesse de mille ans s’accomplit, et le trône de David fut relevé — non plus sur la montagne de Sion, mais dans le cœur de tous ceux qui croient.
