Il est des évolutions que l’on n’attend pas, et des chemins où l’on marche sans l’avoir voulu. Mon année 2025 fut de celles-là. Je m’étais lancé dans une recherche toute historique : comprendre comment la Gaule païenne était devenue, en quelques siècles, la France chrétienne médiévale, puis comment cette France sainte et bâtisseuse de cathédrales s’était changée en la France des Lumières et de la Révolution, sécularisée et désenchantée. Je n’avais point l’intention de toucher à mes convictions religieuses ; je ne cherchais que l’histoire. Mais l’histoire, quand elle est scrutée dans la lumière de Dieu, parle au cœur autant qu’à l’intelligence.
J’y découvris d’abord la puissance évangélisatrice du catholicisme ancien. Ce ne furent ni les armes ni les calculs politiques qui convertirent les nations barbares, mais le patient travail des moines, l’autorité spirituelle des évêques, la lumière des saints, et, comme un fil invisible, l’action de l’évêque de Rome qui, d’âge en âge, demeurait un point de ralliement et d’unité. En regardant cette fresque, je fus frappé d’un contraste : le catholicisme avait bâti une chrétienté ; le protestantisme, que j’avais longtemps exalté, avait au contraire contribué, par ses divisions et son esprit critique, à ouvrir la voie à la sécularisation des sociétés autrefois unies dans la foi.
Alors que ces réflexions mûrissaient, un débat récent entre catholiques et évangéliques vint croiser mon chemin. J’écoutai les uns et les autres. Et voici que, contre toute attente, les arguments catholiques me semblèrent porteurs d’une plus grande force biblique, notamment lorsqu’ils défendaient la messe et l’eucharistie. Les évangéliques, eux, me parurent embarrassés, surtout lorsqu’ils tentaient de justifier le canon biblique sans s’appuyer sur la Tradition de l’Église, comme si l’Écriture avait pu se donner à elle-même son propre cadre. Je compris alors que ma méfiance envers la Tradition n’était peut-être que l’ombre d’un préjugé hérité, et non le fruit d’une analyse profonde.
Poussé par une curiosité nouvelle, j’ouvris pour la première fois un missel romain. J’étudiai la messe traditionnelle, dite tridentine. Je fus saisi. Loin d’être un tissu d’ajouts arbitraires, elle m’apparut comme une splendide mise en œuvre des Écritures, une liturgie tissée de psaumes, d’Évangiles, d’oraisons qui respiraient la Bible du commencement à la fin. Ce que je croyais être l’invention de siècles obscurs se révélait comme une prière biblique vivante. Ce fut un choc : le catholicisme, loin d’être étranger à la Parole, la chantait et la célébrait au cœur même de sa liturgie.
Dès lors, d’autres portes s’ouvrirent. La communion des saints m’apparut dans sa beauté : l’Église militante en chemin, unie à l’Église triomphante déjà dans la gloire. La Vierge Marie, jadis pour moi figure suspecte d’exagérations médiévales, se présentait sous un nouveau jour : les indices bibliques de sa mission unique, de sa sainteté préservée, devenaient lumineux. Enfin, la découverte récente de l’association EEChO et de leurs travaux sur l’oralité évangélique et les origines du christianisme vint confirmer mes pressentiments : la Tradition catholique ne trahissait pas l’Écriture, elle en gardait la mémoire vivante, dès les temps apostoliques.
Ainsi, en quelques mois, sans que je l’aie cherché, mon regard s’est transformé. Moi qui croyais défendre la Bible contre Rome, je me découvre aujourd’hui plus proche du catholicisme romain que du protestantisme réformé. Ce n’est pas une trahison de ma foi première, mais son approfondissement. Et loin de me causer amertume, cette évolution me remplit d’une joie paisible : la joie de découvrir, sous les siècles, une continuité réelle entre le christianisme apostolique et l’Église catholique. Oui, j’ai ignoré longtemps cette réalité, mais maintenant je la contemple comme une lumière nouvelle, et je rends grâce à Dieu de m’avoir conduit, par l’histoire et par l’Écriture, à pressentir cette unité que je n’avais pas voulu voir.
