La Descente aux enfers : le Roi dans le royaume des ombres

Il était mort. Les ténèbres avaient recouvert la colline du Golgotha, et le voile du Temple, déchiré de haut en bas, avait proclamé que le mystère ancien venait d’être ouvert. Le corps du Christ reposait dans le tombeau neuf de Joseph d’Arimathie. Mais l’âme du Seigneur, vivante et victorieuse, suivait une route mystérieuse et solennelle : il descendait au séjour des morts.

Ce n’était pas une chute, mais une marche triomphale. Celui qui, sur la croix, avait crié : « Tout est accompli » (Jean 19,30), pénétrait dans le domaine où depuis Adam l’humanité avait été retenue captive, le Shéol silencieux. Depuis des siècles, les générations s’étaient entassées dans cette région d’attente. Les patriarches qui avaient cru, les prophètes qui avaient annoncé, les justes qui avaient espéré sans voir, tous étaient là, comme suspendus entre la promesse et son accomplissement. Là, Abraham attendait Celui dont il avait vu le jour de loin et s’était réjoui ; là, Moïse et Élie, qui sur la montagne avaient conversé avec Jésus de son « exode » à Jérusalem, attendaient le moment où s’ouvrirait la porte. Là aussi, les nations païennes dormaient, dans l’ignorance ou la crainte, prisonnières de la mort.

Et voici que soudain, dans ces ténèbres muettes, retentit une voix. Ce n’était pas la voix d’un ange, mais celle de Celui dont l’autorité a fait trembler les démons et qui commande aux vents et à la mer. Le Roi entrait dans le royaume des ombres. Les Pères de l’Église ont souvent décrit cette descente comme une prise de possession. Le Christ, portant les marques de la Passion comme trophées de sa victoire, s’avance, et les portes du séjour des morts, closes depuis le commencement, éclatent sous l’impulsion du Ressuscité à venir.

« O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ? » (1 Corinthiens 15,55). Ce cri de Paul n’est pas seulement celui de la résurrection : il est déjà celui de la descente. Car en pénétrant dans la demeure des morts, Jésus ne subit pas la loi commune, il la renverse. Il s’avance comme un conquérant qui vient chercher ses captifs pour les conduire à la liberté.

Alors, dans un mouvement que l’imagination sanctifiée des Pères a souvent représenté avec une force saisissante, Adam et Ève se lèvent à l’appel de leur Rédempteur. Ils tendent leurs mains tremblantes vers Celui qui est le Nouvel Adam. Derrière eux, les justes de toutes les générations reconnaissent la voix promise. C’est la rencontre de la promesse et de l’accomplissement, du désir ancien et de la grâce manifestée. Ce jour-là, dans le Shéol, tous ont vu le Christ. Certains l’ont accueilli avec une joie inénarrable ; d’autres, endurcis, ont détourné le regard. Mais nul n’a pu l’ignorer.

La descente aux enfers signifie ainsi une vérité d’une portée universelle : nul être humain, avant ou après la Croix, ne peut échapper à la rencontre du Christ. Le Roi des vivants et des morts se présente à chacun comme Sauveur et Seigneur. Devant Lui, les ténèbres ne sont plus opaques ; elles sont illuminées par sa lumière. Devant Lui, le silence des tombeaux devient un lieu de jugement et de grâce.

Ce mystère éclaire d’une lumière souveraine l’instant de notre mort. Ce que le Christ a accompli collectivement dans le séjour des morts, il le réalise personnellement à l’égard de chaque âme. À l’heure où s’éteignent les lumières de ce monde, une autre se lève : celle du Fils de Dieu qui vient à la rencontre de l’homme, non plus dans l’humiliation de Bethléem ou la souffrance du Golgotha, mais dans la gloire du Ressuscité. C’est là que se décide l’accueil ou le refus définitif de l’Amour éternel.

Ainsi, la descente aux enfers n’est pas une simple étape obscure entre la croix et la résurrection : elle est l’un des moments les plus solennels de l’histoire du salut. Elle proclame que le Christ est Seigneur jusque dans les profondeurs ; qu’il est allé chercher l’homme là où l’homme était tombé ; et qu’il a ouvert, au cœur même de la mort, un passage vers la vie.