« Je m’avancerai vers l’autel de Dieu » : l’autel comme figure du Christ

Au seuil de la liturgie, quand le prêtre et les fidèles se tiennent encore au bas des marches, l’Église leur met sur les lèvres cette prière du psalmiste : « Je m’avancerai vers l’autel de Dieu, vers Dieu qui réjouit ma jeunesse ». Mais pourquoi l’autel ? Pourquoi ce désir si ardent de s’en approcher ? Parce que l’autel, pour la foi chrétienne, n’est pas une pierre morte ni une simple table sacrée ; il est la figure vivante de Jésus-Christ.

Dans l’ancienne alliance, l’autel était le lieu des sacrifices sanglants, où l’agneau immolé rappelait la gravité du péché et l’espérance du pardon. Dans la nouvelle alliance, le Christ est venu comme l’Agneau véritable, immolé une fois pour toutes. Dès lors, l’autel chrétien n’est plus seulement le support d’un rite, il devient signe et image de Celui qui s’offre. Comme l’écrit saint Augustin : « Le Christ est à la fois prêtre, victime et autel ». Approcher l’autel, c’est approcher le Christ ; baiser l’autel, c’est embrasser le Christ ; se tourner vers l’autel, c’est tourner les yeux de son âme vers Celui qui est la lumière et le salut.

Voilà pourquoi le psaume 43 se trouve si bien placé ici. Le fidèle crie d’abord : « Rends-moi justice, ô Dieu » — il confesse sa misère, il reconnaît qu’il ne peut se justifier lui-même. Puis il implore : « Envoie ta lumière et ta vérité » — il désire la grâce divine. Enfin, il proclame : « Je m’avancerai vers l’autel de Dieu » — il monte vers le Christ, seul refuge, seul rédempteur. Quelle progression admirable ! De l’angoisse du cœur à la consolation de la rencontre, du cri du pécheur au chant du racheté.

Cette prière placée au bas de l’autel devient alors une catéchèse silencieuse. Elle enseigne que nul n’approche du mystère eucharistique sans humilité, nul ne monte vers l’autel sans désir d’être uni au Christ. Elle rappelle que le centre de la messe n’est pas l’homme, mais le Seigneur qui se donne. Elle annonce que la joie de la liturgie ne vient pas de l’œuvre de nos mains, mais de la présence du Sauveur.

Ainsi, l’autel, figure du Christ, donne toute sa profondeur au psaume 43. Ce n’est plus une simple parole ancienne, mais une confession de foi : « Oui, Seigneur, je viens à ton autel, c’est-à-dire à Toi-même ; je viens à Toi qui es ma lumière, ma vérité, ma joie ». Et déjà, dès les premiers mots de la messe, retentit l’Évangile dans toute sa force : l’homme se reconnaît perdu en lui-même, il est justifié par Dieu seul, et il s’avance vers le Christ qui est à la fois chemin, autel et vie éternelle.