La Réforme et l’Exil : une seconde lumière sur l’histoire de l’Église

I. La chute de Jérusalem : image d’un jugement

Lorsque Jérusalem fut détruite par les armées de Nabuchodonosor, ce ne fut pas seulement une catastrophe politique : c’était un jugement de Dieu sur l’infidélité de son peuple. Le Temple, lieu de sa gloire, fut profané ; la ville, jadis symbole de l’alliance, tomba aux mains des païens. Israël avait voulu se complaire dans des formes religieuses corrompues, et Dieu permit que tout cela fût balayé pour purifier son peuple.

Le XVIᵉ siècle vit un drame analogue. La chrétienté médiévale, minée par les abus, les compromissions et les superstitions, subit un jugement. La Réforme éclata comme une tempête qui mit à nu la faiblesse du système religieux et, avec elle, le monde occidental entra dans une ère nouvelle : l’âge de la critique, du doute, de la sécularisation. Derrière la Réforme, le monde bascula : la France, longtemps “fille aînée de l’Église”, allait enfanter la Révolution, c’est-à-dire une société bâtie sans Dieu.


II. L’exil à Babylone : image de la sécularisation

Lorsque les Juifs furent emmenés à Babylone, ils perdirent leur terre, leur Temple, leur roi. Tout semblait perdu. Mais c’est dans cet exil que la foi connut une purification. Le peuple se resserra autour de l’Écriture, de la Loi, des traditions orales qui allaient donner naissance à la synagogue. L’absence de Temple força Israël à découvrir que la Parole de Dieu pouvait demeurer au centre de sa vie, même loin de Jérusalem.

De même, la sécularisation qui suivit la Réforme peut être vue comme un exil moderne. La chrétienté latine perdit son unité, l’Europe cessa d’être façonnée par une seule Église et une seule vision du monde. La raison autonome, les Lumières, la Révolution marquèrent l’entrée dans une société où Dieu était relégué à la sphère privée. Pourtant, au cœur de cet exil, Dieu laissa un trésor : la Bible. La Parole, traduite, diffusée, placée entre les mains des fidèles, devint la synagogue du peuple chrétien dispersé. Là où l’ancienne chrétienté s’effondrait, l’Écriture demeurait comme la voix vivante de Dieu.


III. Le danger de s’installer en exil

Les exilés de Babylone finirent par construire des maisons, planter des jardins, fonder des familles. Mais beaucoup s’habituèrent à l’exil, oubliant Jérusalem et se contentant d’une vie au milieu des nations. Il fallut la prédication des prophètes et la nostalgie entretenue par les psaumes pour maintenir vivante l’espérance du retour.

De même aujourd’hui, les chrétiens en Europe risquent de s’installer dans la sécularisation. Nous avons appris à vivre dans une société sans Dieu, à croire que la foi n’a plus de place publique, à réduire le christianisme à une piété privée. Mais Dieu nous appelle à ne pas oublier Jérusalem : à ne pas renoncer au désir d’une civilisation chrétienne renouvelée, où la Parole de Dieu façonnera à nouveau la culture, la politique, l’éducation, la famille.


Conclusion : l’espérance du retour

La Réforme fut à la fois jugement et grâce : jugement sur la corruption d’une chrétienté infidèle, grâce d’un retour à l’Écriture. Comme Israël à Babylone, l’Église dispersée a reçu la Parole comme une lampe dans les ténèbres. Mais l’exil n’est pas la fin. Dieu suscite dans chaque génération des hommes et des femmes qui gardent la nostalgie de Jérusalem et aspirent à son relèvement. Ainsi, même au cœur d’une Europe sécularisée, il demeure un peuple qui espère le jour où la foi chrétienne retrouvera un rôle visible et transformateur.


👉 Ce parallèle met donc en évidence un autre aspect de la Réforme : non seulement un renouvellement intérieur (David après Saül), mais aussi l’entrée dans une longue nuit d’exil (Babylone), où la Bible est donnée comme consolation et comme promesse de retour.