I. La vocation des ministres consacrés
Lorsque Dieu veut parler à son peuple, il se sert souvent de ses propres serviteurs. Ainsi, au temps d’Israël, ce furent les prophètes, appelés du milieu de leurs frères, qui élevèrent la voix contre l’infidélité du Temple et des rois. De même, au commencement du XVIᵉ siècle, ce ne furent pas des aventuriers ou des laïcs isolés qui se levèrent pour appeler l’Église à la repentance : ce furent des ministres consacrés, marqués du sceau de l’Ordre. Luther, prêtre augustinien, Luther, docteur en théologie ; Zwingli, curé de Glaris et prédicateur à Zurich ; Farel, ordonné prêtre à Paris ; Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux, qui fit retentir la Parole dans son diocèse. Même Calvin, qui n’avait pas reçu l’ordination, avait été façonné dans les écoles de l’Église et portait en lui l’empreinte de sa formation ecclésiastique.
Ceci est significatif : la Réforme est née non au dehors, mais au dedans de l’Église instituée. Les hommes qui furent ses instruments avaient reçu de ses mains leur vocation visible. Cela montre que Dieu ne voulait pas susciter une Église étrangère, mais ranimer, purifier, réveiller celle qui existait déjà.
II. Le dessein de Dieu : réformer son Église de l’intérieur
Derrière cette réalité se cache un mystère providentiel. Si Dieu avait voulu fonder une Église nouvelle, il aurait pu choisir des laïcs indépendants, marginaux, loin de l’institution. Mais il a choisi des prêtres, des évêques, des docteurs formés et ordonnés dans la succession apostolique. En eux se rejoignaient deux courants : la succession visible de l’institution et la fidélité invisible de la Parole.
Ainsi, la Réforme fut d’abord une œuvre intérieure. Dieu, par ses ministres consacrés, rappelait son Église à l’obéissance. Luther n’a jamais voulu détruire l’Église ; il voulait la ramener à la Parole de Dieu. Zwingli, Farel, Calvin ne rêvaient pas d’un autre peuple, mais d’un peuple renouvelé, redevenu fidèle à l’Évangile. La Réforme ne fut pas une rébellion née à la périphérie, mais un cri de réveil lancé du cœur même de l’institution.
III. Le drame de la séparation
Mais comme David persécuté par Saül, ces hommes se heurtèrent à la résistance des puissants. L’institution, attachée à ses privilèges, refusa l’appel. L’huile répandue sur le front des prêtres réformateurs ne fut pas reconnue ; au lieu d’entendre la voix de l’Écriture, on brandit l’autorité pour étouffer le mouvement. Alors survint le drame : l’excommunication, l’exil, la rupture.
Pourtant, cette séparation ne doit pas faire oublier l’origine : Dieu avait voulu réformer son Église de l’intérieur. C’est seulement l’incrédulité et l’entêtement des hommes qui ont rendu la division inévitable. La Réforme fut donc à la fois une fidélité à l’Écriture et une conséquence douloureuse du refus de l’institution.
Conclusion : la leçon pour aujourd’hui
L’histoire enseigne que Dieu commence toujours par parler à son Église de l’intérieur. Ses réformes naissent d’abord au sein des institutions consacrées, par la voix de ceux qui y ont reçu leur mission. Si l’Église refuse, la Parole poursuit son chemin, parfois au prix des déchirements.
Ainsi, la Réforme nous apparaît non comme une révolution extérieure, mais comme l’effet d’une grâce donnée par Dieu à travers ses propres ministres, une grâce qui voulait restaurer la fidélité au cœur de son Église. C’est un avertissement et une consolation : l’Église peut être infidèle, mais Dieu, fidèle à sa promesse, suscite toujours du dedans les instruments de son réveil.
