Saül et David : une lumière sur l’histoire de l’Église

L’Écriture sainte n’est pas seulement le récit des temps anciens, elle est le miroir où se reflètent toutes les générations, la clef qui éclaire l’histoire des nations comme celle de l’Église. Ce qui fut écrit pour Israël au temps de Samuel et de David a encore une voix pour nous. Ainsi, la lutte entre Saül et David devient une parabole vivante de l’histoire de l’Église, surtout à l’époque du Moyen Âge et de la Réforme.


I. Saül : l’Église instituée et son onction

Lorsque Saül fut oint roi par Samuel, le peuple vit en lui l’élu de Dieu. Et, en vérité, l’Esprit du Seigneur vint sur lui. Mais bientôt il s’enorgueillit, recherchant sa propre gloire plutôt que celle de l’Éternel. Il ne cessa pourtant pas d’être l’oint du Seigneur : David le reconnaît et refuse de lever la main contre lui.

Tel fut aussi l’état de l’Église médiévale. Elle avait reçu, de siècle en siècle, l’onction de Dieu : ses sacrements, sa prédication, ses institutions venaient de plus haut qu’elle-même. Mais trop souvent, à l’image de Saül, elle se détourna de l’obéissance pour rechercher la puissance terrestre. Elle demeurait pourtant l’Église du Seigneur, et il n’était pas permis à quiconque de nier cette onction, car les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance.


II. David : l’Église fidèle mais persécutée

En même temps, Dieu choisissait un autre roi, un jeune berger, humble et méprisé. David fut oint en secret, et l’Esprit du Seigneur vint sur lui. Mais au lieu de monter aussitôt sur le trône, il dut fuir dans les montagnes, errer dans les déserts, vivre au milieu des persécutions. Ses compagnons étaient peu nombreux, mais leur fidélité brûlait comme un feu pur.

N’est-ce pas là l’image de ces Vaudois, de ces Hussites, de ces témoins cachés que Dieu suscitait dans la nuit médiévale ? Loin du faste des cathédrales, ils se réunissaient dans les vallées et les cavernes, récitant l’Évangile, traduisant les Écritures, priant dans la simplicité. Leur fidélité contrastait avec l’infidélité de l’institution ; mais, comme David, ils ne se levèrent point pour frapper Saül. Ils savaient que, malgré ses fautes, l’Église visible portait encore l’onction de Dieu.


III. Jonathan : les fidèles au sein de l’institution

Jonathan, fils de Saül, aimait David d’un amour plus fort que la mort. Tout en demeurant dans la maison de son père, il reconnaissait l’élu du Seigneur et liait son sort au sien. Ainsi, au sein de l’Église médiévale, Dieu conservait des âmes fidèles. François d’Assise, les mystiques rhénans, Gerson et d’autres encore furent comme des Jonathan : liés à l’institution par naissance et par vocation, mais leurs cœurs battaient à l’unisson de ceux qui vivaient la fidélité cachée. Cette amitié secrète entre l’institution et les persécutés annonçait déjà le jour où Dieu ferait sortir la vérité à la lumière.


IV. La chute de Saül et l’avènement de David : la Réforme

Le jour vint où Saül tomba. L’ancien ordre prit fin, et David, longtemps fugitif, fut reconnu comme roi d’Israël. Ce qui avait été persécuté devint visible ; ce qui avait été caché fut élevé sur le trône. Ainsi advint-il à la Réforme. Le temps de l’Église toute-puissante, s’appuyant sur ses privilèges et ses richesses, déclina. Alors, les Églises nées dans la persécution apparurent au grand jour : les Vaudois s’unirent aux Réformés, Luther et Calvin donnèrent voix à l’Évangile, et une nouvelle ère s’ouvrit pour la chrétienté.


V. La leçon pour l’Église de tous les siècles

De cette histoire, nous recevons une double leçon.

  • D’abord, celle du respect : même infidèle, l’institution garde une onction, et nous n’avons pas le droit de lever la main contre l’oint du Seigneur.
  • Ensuite, celle de l’espérance : Dieu ne se laisse pas sans témoins ; dans la nuit la plus sombre, il prépare un David, une Église fidèle, qui au temps marqué paraîtra au grand jour.

L’Église de Saül et l’Église de David ne sont pas deux Églises étrangères l’une à l’autre : elles sont deux aspects de la même Église dans l’histoire, traversée de péchés humains mais portée par la fidélité divine. Celui qui a promis d’être avec son Église jusqu’à la fin du monde la conduit encore aujourd’hui, au milieu des infidélités comme au sein des persécutions, vers la victoire finale de son Christ.


👉 Ainsi, l’histoire de Saül et de David devient une prophétie vivante : l’onction peut coexister avec l’infidélité, la fidélité peut coexister avec la précarité, mais le dessein de Dieu triomphe, et l’Église fidèle finit toujours par paraître à la lumière.