« Considérez, frères, que parmi vous il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages » (1 Corinthiens 1.26-27).
1. Israël après l’exil : la Torah dans le peuple
Lorsque Jérusalem fut détruite et que le Temple fut réduit en cendres, on aurait pu croire que la foi d’Israël allait disparaître avec ses institutions. Mais Dieu, dans sa providence, utilisa l’exil pour enraciner la Parole plus profondément. Avec Esdras et Néhémie, la Loi fut proclamée à haute voix devant tout le peuple (Néhémie 8). Hommes, femmes, enfants, tous écoutèrent, et tous répondirent par des larmes et des prières. Ce fut un moment fondateur : la foi n’était plus seulement l’affaire des prêtres au Temple, mais elle descendait dans le cœur du peuple entier.
De là naquirent les synagogues, petites écoles de la Parole où, chaque sabbat, on lisait la Torah dans chaque village. Le paysan de Galilée, comme l’habitant des bourgs de Judée, entendait la Loi régulièrement. La foi devint populaire, enracinée dans la vie des humbles.
C’est ce qui permit à Israël de résister à l’hellénisation. Quand Antiochus Épiphane voulut imposer les coutumes grecques, les élites juives, séduites par les gymnases et les banquets, s’y soumirent volontiers. Mais le peuple, attaché à la Torah, refusa de plier. C’est dans une famille de village, celle de Mattathias et de ses fils, que naquit la révolte des Maccabées. La fidélité populaire fut plus forte que la séduction des élites, et Israël resta attaché à son Dieu.
2. La Révolution française : la foi gardée par les campagnes
Dix-huit siècles plus tard, la France traversa une autre tempête. Les Lumières avaient déjà gagné les élites, et la Révolution voulut déraciner le christianisme de la société. Les autels furent brisés, les églises transformées en temples de la Raison, les prêtres chassés ou persécutés. Dans les grandes villes, beaucoup d’intellectuels applaudissaient à la déchristianisation.
Mais le peuple, surtout dans les campagnes, ne se laissa pas arracher si facilement à sa foi. En Vendée, des paysans prirent les armes pour défendre leurs prêtres et leurs églises, préférant mourir plutôt que de renoncer à leur baptême. Ailleurs, des familles continuaient de prier le soir, d’enseigner le catéchisme en secret, de lire les psaumes. Des prêtres réfractaires célébraient la messe dans les forêts, dans les granges, dans les cavernes. L’Église semblait avoir disparu des structures officielles, mais elle vivait dans le peuple.
Quand Napoléon rétablit le culte par le Concordat de 1801, il trouva un peuple toujours profondément catholique, prêt à remplir de nouveau ses églises. Ce ne furent pas les élites, mais les humbles, qui avaient gardé la foi à travers la tempête.
3. Aujourd’hui : la résistance des enracinements populaires
Et aujourd’hui encore, l’histoire se répète. Dans nos sociétés sécularisées, les élites se laissent séduire par les idéologies dominantes : relativisme, matérialisme, rejet de Dieu. Dans les universités, dans les médias, dans les grandes villes, la foi chrétienne est souvent marginalisée, tournée en dérision, ou réduite à une opinion parmi d’autres.
Mais c’est dans les communautés populaires que la foi persiste avec le plus de vigueur. Dans les paroisses rurales, on voit encore des familles attachées à la messe et aux fêtes chrétiennes. Dans les communautés évangéliques, souvent modestes, on trouve une foi simple mais ardente : lecture quotidienne de la Bible, prière fervente, fraternité chaleureuse. Ce n’est pas une foi des élites, mais une foi enracinée dans la vie des foyers, qui se transmet de parents à enfants.
C’est là que réside aujourd’hui la plus solide résistance aux dérives de la société contemporaine. Les élites changent avec les modes, mais le peuple fidèle garde la Parole comme un trésor. Ce sont les humbles, non les puissants, qui deviennent les gardiens de la foi.
Conclusion
De Jérusalem à la Judée, des campagnes françaises au temps de la Révolution, des paroisses rurales aux assemblées évangéliques d’aujourd’hui, l’histoire est la même : Dieu confie son dépôt à un reste fidèle, souvent parmi les humbles. Et c’est par eux que la foi traverse les siècles.
« Ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort » (1 Corinthiens 1.27). L’avenir de l’Évangile ne dépend pas des élites instables, mais de l’enracinement populaire, où la foi devient vie, persévérance, fidélité.
