Le droit canon : principe biblique, tradition légitime

I. Les germes bibliques du droit canon

L’Écriture Sainte n’est point un code juridique, écrit à la manière des législateurs de ce monde. Elle est plus haute : elle est la révélation de Dieu, la lumière céleste qui éclaire les chemins des hommes. Et pourtant, dans ses pages sacrées, le germe d’un ordre canonique se trouve. Paul établit des anciens dans les Églises, il exhorte Timothée à choisir des évêques irréprochables, il ordonne que les femmes soient reçues comme veuves seulement sous certaines conditions, il commande que « tout se fasse avec bienséance et avec ordre » (1 Corinthiens 14.40). N’est-ce pas déjà le principe d’une discipline, d’un droit ?

Le peuple de Dieu n’est pas une multitude errante, livrée à l’anarchie spirituelle. Il est un corps, un temple, un édifice bâti pierre sur pierre. Or tout édifice a ses mesures, toute maison a ses règles. Ainsi la Bible n’est pas un code canonique, mais elle en est la source vivante, comme la semence est la promesse de l’arbre.


II. La tradition, développement nécessaire

À mesure que l’Église grandissait, affrontant les hérésies, subissant les persécutions, étendant ses rameaux d’Orient en Occident, il fallut préciser ce que l’Écriture laissait dans une sainte liberté. Comment élire les pasteurs ? Comment juger les disputes ? Comment célébrer les saints mystères ? Le Saint-Esprit, guidant son Église, permit qu’une tradition se formât. Les conciles des premiers siècles tracèrent des canons pour garder l’unité et préserver la foi. Les Pères, en hommes de leur temps, inscrivirent la sagesse chrétienne dans les coutumes de leurs cités.

C’était là un développement légitime. Car si l’Évangile est la semence divine, il doit s’incarner dans des institutions visibles. Sans discipline, l’Église n’eût été qu’un souffle passager, bientôt dispersé. Mais avec ses canons, elle pouvait résister, s’organiser, subsister. Certes, avec le temps, ces canons devinrent nombreux, trop nombreux ; des lois humaines se glissèrent au milieu des lois nécessaires, et la tyrannie se substitua parfois à l’ordre. Mais la faute n’est pas au principe : elle est à l’excès.


III. Héritages catholique et protestant

Quand vint la Réforme, le marteau de Luther ébranla les décrets humains. Les réformateurs virent l’Église enchaînée par des lois qui n’étaient pas l’Évangile ; ils brisèrent ces liens. Mais pouvaient-ils se passer de toute discipline ? Non ! Car là où deux ou trois se réunissent au nom du Christ, il faut bien décider qui enseigne, qui préside, qui corrige. Ainsi, à Wittenberg comme à Genève, à Londres comme à Édimbourg, ils rédigèrent leurs ordonnances ecclésiastiques. Ils disaient rejeter le droit canon, mais ils en recréaient un, qui ne portait que d’autres habits.

Le catholicisme garda son droit canon romain, le précisant au concile de Trente, puis le codifiant dans les siècles modernes. Le protestantisme eut ses synodes, ses règlements, ses catéchismes et ses constitutions. Deux chemins, deux traditions ; mais derrière les divergences, une vérité commune : toute Église visible a besoin d’un droit, d’un ordre, d’une règle. Car le Christ n’est pas Dieu de désordre, mais de paix.


Conclusion

Le droit canon n’est pas l’ennemi de l’Évangile, lorsqu’il reste fidèle à la Parole et humble devant le Seigneur. Il est la mise en ordre de la maison de Dieu, la sage discipline qui permet à la foi de s’incarner et à la communion de subsister. Quand il dégénère en tyrannie, il doit être révisé ; quand il s’allie trop aux puissances humaines, il doit être purifié. Mais son principe demeure légitime, biblique et raisonnable. C’est pourquoi, malgré les ruptures, catholiques et protestants ont tous reconnu la nécessité d’un droit. Et dans cette convergence paradoxale se manifeste la sagesse de Celui qui bâtit son Église à travers les siècles.