Jean-Sébastien Bach et la liturgie de l’Église

1. Bach, fruit du luthéranisme liturgique

Jean-Sébastien Bach fut un évangéliste en musique. Ses cantates, ses passions, ses messes sont autant de prédications chantées. Chaque fugue, chaque choral, chaque harmonie porte la marque de l’Écriture méditée, proclamée, adorée. Or cette vocation ne naquit pas dans un désert, mais dans une Église qui avait su garder la liturgie comme un écrin de la Parole.

Luther n’avait pas voulu abolir la messe, mais la purifier. Il avait traduit les chants, mis les psaumes sur les lèvres du peuple, et confié à la musique une place centrale dans le culte. Le principe normatif qu’il adopta — conserver tout ce qui n’est pas contraire à l’Écriture — ouvrit l’espace pour que l’art sacré fleurisse. Dans ce jardin, Bach grandit. La liturgie luthérienne, riche de chorals et d’orgue, fut son berceau ; le Book of Concord fut sa règle de foi ; et sa signature — Soli Deo Gloria — témoigne de ce sol fertile où Parole et musique se répondaient.


2. Ce qu’il n’aurait pas pu être dans le calvinisme

Qu’aurait été Bach s’il avait grandi dans les Églises réformées calviniennes ? Là régnait le principe régulateur : tout ce que l’Écriture ne commande pas expressément doit être écarté. Le zèle pour la Parole y était ardent, mais la liturgie s’y réduisit à la prédication et au chant nu des psaumes. L’orgue fut banni, la polyphonie suspecte, la beauté artistique vue comme un danger de distraction.

Dans ce terreau austère, la foi fut vigoureuse, mais l’art sacré demeura appauvri. Un Bach n’aurait pas pu y composer ses cantates, car il n’aurait pas trouvé la liturgie pour les accueillir. Le même Évangile aurait été prêché, mais sans cette splendeur musicale qui fit de Bach un « cinquième évangéliste ». La semence biblique y aurait germé, certes, mais elle n’aurait pas donné ces fruits de beauté qui ont nourri des générations.


3. Le discernement spirituel pour aujourd’hui

Ainsi, Bach est pour nous un signe. Il montre que la Parole de Dieu est une semence qui doit croître non seulement en doctrine, mais aussi en louange, en beauté, en art. L’Écriture n’interdit pas la musique, elle l’appelle : « Chantez à l’Éternel un cantique nouveau » (Ps 96.1). Le danger est double : appauvrir la liturgie au nom de la pureté, ou l’alourdir d’ornements étrangers. Le vrai discernement est de laisser croître ce qui porte l’ADN de la Parole.

Les calvinistes nous rappellent la primauté de l’Écriture, les luthériens nous rappellent la fécondité de la liturgie. Et Bach, debout entre les deux, proclame par sa musique que la Parole, quand elle est chantée et célébrée, peut toucher les âmes autant que lorsqu’elle est prêchée.


Conclusion

Jean-Sébastien Bach ne fut pas seulement un génie : il fut le fruit d’une Église qui sut allier fidélité biblique et richesse liturgique. Là où le principe normatif ouvrit un chemin, la musique sacrée devint prédication. Là où le principe régulateur resserra les formes, la Parole demeura, mais sans la plénitude de ses fruits artistiques.

Ainsi, Bach nous invite encore aujourd’hui à ne pas retenir trop étroitement la semence. Que la Parole croisse en nous, dans la foi, dans la doctrine, mais aussi dans la beauté du culte. Alors toute notre vie deviendra, comme la sienne, un cantique signé : Soli Deo Gloria.