I. L’ancien dans le Nouveau Testament : un guide et un pasteur
Lorsque les apôtres fondaient des Églises, ils établissaient dans chaque cité des presbyteroi, des anciens. Ce terme n’était pas nouveau : il venait de la synagogue, où il désignait les responsables du peuple, hommes de sagesse et de fidélité. Dans l’Église naissante, les anciens devaient paître le troupeau de Dieu, enseigner la saine doctrine, exhorter, gouverner avec douceur et vigilance (Ac 14,23 ; 1 Tm 5,17 ; 1 P 5,1-3).
À ce stade, l’« ancien » n’est pas un prêtre au sens sacrificiel. Le Nouveau Testament réserve le mot hiereus (sacrificateur) au Christ seul et, par extension, au peuple tout entier appelé « sacerdoce royal » (1 P 2,9). Le ministère de l’ancien est pastoral et communautaire, non cultuel ni sacrificiel.
II. Le Christ, unique grand prêtre de la nouvelle Alliance
La lettre aux Hébreux le proclame avec force : « Nous avons un grand prêtre qui s’est assis à la droite du trône de la majesté divine » (Hé 8,1). Jésus est l’accomplissement du sacerdoce ancien. Lui seul a offert le sacrifice parfait, une fois pour toutes, par son propre sang. Ainsi, nul homme n’a plus besoin de répéter les sacrifices de l’Ancienne Alliance. Le Christ demeure éternellement l’intercesseur, le médiateur entre Dieu et les hommes.
C’est ici la grande nouveauté : dans l’Église, il n’existe pas de prêtres au sens juif. Tout le peuple participe du sacerdoce du Christ, appelé à offrir des sacrifices spirituels, « le fruit de lèvres qui confessent son nom » (Hé 13,15). Mais si le Christ est le seul prêtre, il choisit néanmoins de se rendre présent à son Église par des ministres qui, au nom du peuple, rappellent son sacrifice et le rendent vivant dans l’eucharistie.
III. Le presbytre devenu ministre sacerdotal
Or voici comment, peu à peu, le rôle de l’ancien a pris une dimension sacerdotale. Chargés de présider l’eucharistie, de rendre grâce, de bénir le pain et le vin, les presbytres devinrent les serviteurs visibles du sacrifice spirituel du Christ. Ils ne répétaient pas la croix, mais ils en actualisaient la mémoire vivante, selon l’ordre du Seigneur : « Faites ceci en mémoire de moi. »
Les Pères de l’Église en furent témoins. Ignace d’Antioche voyait dans les presbytres le conseil des apôtres auprès de l’évêque. Justin Martyr les montrait présidant l’action de grâce et distribuant les saints mystères. Irénée affirma que, par leur ministère, la succession apostolique transmettait la grâce. Cyprien, au IIIᵉ siècle, parla déjà du sacrifice de l’autel confié aux prêtres. Enfin Augustin rappela que le Christ est le seul prêtre véritable, mais que ses ministres agissent in persona Christi, au nom du Seigneur qui demeure le grand prêtre éternel.
Ainsi, sans rupture, le mot presbyteros, simple « ancien », devint sacerdos, ministre sacerdotal. L’Église ne renia pas la nouveauté de l’Évangile, mais elle la déploya : comme Israël avait ses prêtres, le peuple de la nouvelle Alliance a ses ministres, non pour répéter l’ancien culte, mais pour manifester dans l’histoire le sacrifice unique du Christ.
Conclusion
Ce chemin, du presbytre au prêtre, n’est pas une déviation mais une pédagogie divine. L’Écriture proclame le Christ unique grand prêtre ; l’histoire de l’Église montre comment ses ministres sont devenus les signes visibles de ce sacerdoce. Le mot « prêtre » témoigne de cette logique : Dieu conduit son peuple non dans une abstraction invisible, mais dans une réalité incarnée, où l’horizon de l’Alliance s’accomplit en Christ, et où les ministres de l’Église sont les serviteurs de ce mystère.
