Le baptême et la Cène, plus que de simple symboles

Philémon : Barnabé, mon frère, je crois en Jésus-Christ seul pour mon salut. Sa Parole est ma règle, sa grâce ma consolation. Mais je m’interroge : pourquoi donner tant d’importance au baptême et à la Cène ? Ne sont-ils pas de simples symboles, destinés seulement à rappeler l’Évangile ?

Barnabé : Cher Philémon, si le Seigneur avait voulu nous laisser un souvenir seulement, il aurait prononcé des paroles et rien de plus. Mais vois : il a pris l’eau, le pain et le vin, et les a liés à ses promesses. Dans toute l’Écriture, Dieu unit sa Parole à des signes visibles : l’arc-en-ciel pour Noé, la circoncision pour Abraham, l’agneau pascal pour Israël. Pourquoi donc penser que, dans la nouvelle alliance, les signes du Christ seraient moins riches ?

Philémon : Mais ma foi suffit ! Pourquoi aurais-je besoin d’autre chose que la Parole pour être assuré de mon salut ?

Barnabé : Oui, la foi suffit, mais sais-tu combien nos cœurs sont faibles et nos pas chancelants ? Dieu, dans son amour, a voulu que sa promesse ne soit pas seulement entendue par nos oreilles, mais aussi saisie par nos yeux et par nos mains. Le baptême et la Cène sont la Parole rendue visible. Comme disait Augustin : « Le sacrement est une parole visible. » C’est le même Évangile, mais mis sous une forme sensible, afin que nous soyons affermis.

Philémon : Pourtant, j’ai peur qu’on ne fasse de ces rites une sorte de magie, comme si l’eau sauvait ou si le pain devenait Dieu.

Barnabé : Non, frère. Ni l’eau, ni le pain, ni le vin n’ont de vertu par eux-mêmes. Mais le Seigneur agit par eux, comme il agit par la prédication. L’eau seule ne sauve point, mais l’eau unie à la promesse est instrument de l’Esprit. Le pain seul est un aliment terrestre, mais le pain joint à la Parole devient participation au Christ. Point de magie, mais un mystère : Dieu se sert de signes humbles pour accomplir ce qu’il promet.

Philémon : Ne serait-il pas plus sûr de les réduire à de simples symboles, pour éviter l’erreur des excès romains ?

Barnabé : Ce serait, mon frère, appauvrir l’Évangile. La Réforme ne s’est pas contentée de dépouiller les sacrements : elle les a purifiés et restaurés. Luther voyait dans son baptême une arme contre le tentateur : « Je suis baptisé ! » Calvin proclamait que, dans la Cène, nous recevons réellement le Christ par l’Esprit. Les réformateurs ne voulaient pas moins que Rome, mais mieux. Ils ont rejeté la superstition, non la réalité.

Philémon : Mais moi qui crois déjà, quelle utilité y trouverai-je ?

Barnabé : Tu crois, mais n’as-tu jamais douté ? N’as-tu jamais tremblé dans l’épreuve ? Le baptême est là pour te rappeler : « Tu es mort et ressuscité avec Christ. » La Cène est là pour te dire : « Ce corps brisé et ce sang versé sont pour toi, aujourd’hui. » Les sacrements sont la réponse de Dieu à tes hésitations, le sceau de son alliance, l’anneau qu’il met à ta main pour te rassurer que tu lui appartiens.

Philémon : Alors, selon toi, le Seigneur m’y donne réellement quelque chose ?

Barnabé : Oui. Non pas une grâce différente de l’Évangile, mais la même grâce, rendue visible, certaine, tangible. Par le baptême, il te dit : « Tu es mon enfant. » Par la Cène, il te dit : « Je suis ton Sauveur vivant et présent. » Ces signes ne sont pas seulement ce que tu fais pour Dieu, mais ce que Dieu fait pour toi.

Philémon : Je comprends mieux. Ces rites ne sont donc pas des gestes vides, mais des dons du Christ lui-même.

Barnabé : Oui, cher frère. Ne les négligeons pas. Ne les réduisons pas à de simples souvenirs. Si le Seigneur les a institués, c’est pour qu’en eux nous recevions une grâce permanente. Le baptême est la fontaine qui marque notre nouvelle naissance ; la Cène est la table qui nourrit notre pèlerinage. Loin d’être accessoires, ils sont la main même du Christ, tendue vers son Église.