La théologie de l’Alliance fruit de la redécouverte des racines juives de l’Église

Lorsque l’Esprit de Dieu suscite au XVIᵉ siècle ce grand mouvement de retour à l’Écriture que fut la Réforme, il conduit les regards vers un trésor longtemps voilé par les poussières des siècles : la continuité vivante entre le peuple d’Israël et l’Église de Jésus-Christ. Les réformateurs, en ouvrant à nouveau la Parole dans sa langue première, en scrutant l’hébreu et le grec avec la flamme de l’humanisme renaissant, retrouvèrent le fil d’or qui unit toute l’histoire sainte : l’Alliance de Dieu avec son peuple.

Ce n’était pas une invention humaine, mais une redécouverte. Paul lui-même l’avait proclamé : « Si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritiers selon la promesse » (Galates 3,29). Là était le secret : l’Église n’était pas un peuple nouveau sans passé, mais le prolongement de l’Israël de Dieu, greffée sur l’olivier ancien (Romains 11). Et tandis que le Moyen Âge avait souvent réduit l’Ancien Testament à une simple préfiguration abolie, les réformateurs discernèrent en lui la voix même de l’Alliance de grâce, unie dès l’origine au dessein éternel de Dieu.

Ce retour aux racines juives de l’Église fut porté par l’humanisme de la Renaissance. Érasme avait ouvert les portes de l’exégèse en publiant le Nouveau Testament grec ; Reuchlin et ses disciples redonnèrent aux chrétiens la clé de l’hébreu biblique. Ainsi, ce qui avait été en grande partie perdu dans l’Occident médiéval rejaillit comme une source vive : l’Écriture retrouvait ses couleurs, son relief, son contexte. Et dans ce mouvement de retour aux langues anciennes, la notion d’allianceberith, diathèkè, foedus – reprit toute sa vigueur.

Calvin, plus que tout autre, sut faire de cette vérité une colonne de sa théologie. Pour lui, Abraham n’avait pas un autre Évangile que nous, mais le même Christ voilé sous des figures. Une seule Alliance de grâce, administrée diversement, mais toujours scellée dans la fidélité d’un Dieu qui ne se repent pas de ses promesses. Dans ses Instituts, la continuité de l’Alliance donne à la Bible son unité, et au peuple de Dieu sa profondeur historique.

Cette semence porta au siècle suivant ses fruits dans la scolastique réformée. Bullinger, avec son traité De testamento seu foedere Dei, montra que toute l’histoire biblique était une pédagogie d’Alliance. Cocceius développa une théologie de l’histoire où chaque étape de la révélation était une nouvelle avancée de ce pacte divin. Et les Confessions de foi du XVIIᵉ siècle – celles de Dordrecht, de Westminster – firent de l’Alliance la charpente même de la foi réformée.

Ainsi naquit, dans la ferveur de cette redécouverte, une matrice théologique qui devait marquer durablement les Églises réformées et presbytériennes. L’Alliance devint pour elles ce que la théosis était pour l’Orient et ce que l’économie sacramentelle était pour Rome : l’axe structurant qui donnait cohérence à la prédication, à la catéchèse, à la vie ecclésiale.

Et quelle lumière pour l’Église ! L’Alliance rappelle que Dieu n’agit pas seulement avec des individus isolés, mais avec un peuple qu’il appelle, qu’il rassemble, qu’il conduit de siècle en siècle. Elle inscrit la foi chrétienne non dans les élans d’un moment, mais dans la fidélité d’un dessein éternel. Elle rend à l’Église ses racines bibliques, et par là, son lien avec Israël, selon la parole de l’Apôtre : « Ce ne sont pas toi qui portes la racine, mais la racine qui te porte » (Romains 11,18).

En redécouvrant les racines juives de la foi, la Réforme a redonné à l’Église la conscience qu’elle est un peuple en Alliance, héritier de promesses immuables. Et si cette théologie n’épuise pas le mystère de Dieu, elle demeure un don précieux : elle rappelle que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob est aussi le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, et que son Alliance, de siècle en siècle, demeure.