« Bienheureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Matthieu 5,9). Ces paroles, prononcées sur la montagne par le Seigneur Jésus, résonnent à travers les siècles comme un appel. Elles ne s’adressent pas seulement aux peuples, mais à chaque homme, à chaque serviteur de Dieu qui, au milieu des conflits de son temps, choisit d’être un instrument de réconciliation.
Dans l’histoire de l’Église, certains saints ont incarné avec éclat cette parole du Christ. Saint Maïeul, quatrième abbé de Cluny (906-994), fut l’un d’eux. Son siècle était rude : guerres féodales, invasions sarrasines, rivalités sanglantes entre papes et empereurs. Pourtant, dans ce chaos, Dieu suscita un moine pour rappeler que la paix du Christ est plus forte que les armes des hommes.
1. La paix au milieu de l’enfance troublée
Né à Valensole en Provence, Maïeul grandit dans une région ravagée par les incursions sarrasines. Tout semblait annoncer un avenir d’insécurité. Mais là déjà, dans ce climat de peur, la Providence préparait un cœur capable de tendre vers la paix. Le Christ l’avait choisi pour montrer qu’au milieu de la guerre, il est possible d’être artisan de réconciliation.
2. La paix de l’intelligence
Ses études à Mâcon et à Lyon lui donnèrent la sagesse des Écritures et la science des Pères. En lui, la paix n’était pas seulement absence de conflits : elle devenait harmonie de l’intelligence soumise à Dieu. Car la paix véritable commence dans le cœur, éclairé par la vérité divine.
3. La paix de la règle bénédictine
En entrant à Cluny, Maïeul découvrit une liturgie qui élevait les âmes vers le ciel. La psalmodie des moines, nuit et jour, était une proclamation que la paix de Dieu descend du sanctuaire sur la terre. La règle de saint Benoît, vécue dans sa pureté, fut pour Maïeul une école de concorde fraternelle.
4. La paix face à la violence du monde
Lorsqu’il fut capturé par des bandes sarrasines dans les Alpes, il ne répondit pas par la haine. Humilié, rançonné, il sortit de cette épreuve transfiguré : il était devenu, aux yeux des princes, l’image d’un homme de paix affrontant les épreuves du temps. Ainsi le Christ lui fit porter sa croix, pour que la paix jaillisse de la patience.
5. La paix entre les puissants
Appelé par les empereurs ottoniens, sollicité par les papes, Maïeul se fit médiateur. Il pacifia les querelles des seigneurs de Bourgogne, il adoucit les tensions de l’Italie lombarde, il conseilla les empereurs sans flatterie et les papes sans servilité. Par sa parole, il rappela aux rois et aux prélats que l’Église n’est pas une proie pour les ambitions, mais la maison de la paix divine.
6. La paix pour les humbles
Maïeul fut un soutien au mouvement de la Paix de Dieu, qui proclamait l’inviolabilité des paysans, des clercs et des pèlerins contre la violence féodale. Il entendait ainsi l’écho de l’Évangile : « Laissez venir à moi les petits enfants », et voyait dans chaque humble un frère à protéger.
7. La paix de la liturgie
Cluny, sous son abbatiat, devint une « Jérusalem spirituelle » où les offices, magnifiés par le chant et la prière, offraient à l’Occident une image de l’harmonie céleste. Là, les fidèles trouvaient un avant-goût de la paix éternelle promise aux saints.
8. La paix de la fin
À Souvigny, en 994, Maïeul remit son âme à Dieu dans la sérénité. Les pèlerins affluèrent aussitôt à son tombeau, comme pour chercher encore auprès de lui la paix qu’il avait dispensée toute sa vie. Le peuple vit en lui l’accomplissement de la béatitude : un homme qui avait procuré la paix, et qui désormais était reconnu fils de Dieu.
Conclusion : un modèle pour l’Église
Saint Maïeul nous enseigne que la paix véritable n’est pas le fruit des compromis humains, mais l’œuvre de Dieu dans des cœurs fidèles. Il rappela à son siècle que l’Église est d’abord une cité de paix, où le Christ rassemble les hommes dispersés.
De lui, nous retenons cette leçon : quiconque travaille, dans la prière et dans la charité, à réconcilier les hommes avec Dieu et entre eux, participe à la mission des enfants de Dieu. La voix de Jésus demeure : « Bienheureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ». En saint Maïeul, cette parole a trouvé une éclatante réalisation.
