Le mouvement de la Paix de Dieu

Ésaïe 32,17 – « L’effet de la justice sera la paix, et le fruit de la justice, le repos et la sécurité pour toujours. »

Introduction

Frères bien-aimés,
il est des heures de l’histoire où l’homme semble revenu à l’état de Caïn, brandissant son épée contre son frère. Ainsi était l’Europe au Xe siècle : les royaumes disloqués, les seigneurs dressés les uns contre les autres, les campagnes ravagées par des bandes de chevaliers sans frein.

Dans ces temps obscurs, les humbles – paysans, veuves, orphelins – ne connaissaient que larmes et angoisse. Mais voici que, dans ce tumulte, une voix s’éleva, non celle des rois impuissants, mais celle de l’Église de Jésus-Christ. Elle osa rappeler que l’Éternel est un Dieu de paix, et que son peuple est appelé à refléter ce règne. Ce mouvement, que l’histoire a nommé la Paix de Dieu, fut un témoignage lumineux de l’influence spirituelle employée pour endiguer la violence.

Nous méditerons aujourd’hui sur ce signe des temps, à la lumière de l’Écriture, pour discerner ce que l’Esprit dit à l’Église en tout siècle.


I. Le cri de la terre dans les siècles de fer

Voyez ces campagnes d’Aquitaine, de Bourgogne, d’Auvergne : des champs brûlés, des villages dévastés, des églises profanées. La force régnait, et les faibles n’avaient point de défenseur. Ce tableau n’est pas nouveau : la Bible elle-même nous dit qu’« il n’y avait point de roi en Israël ; chacun faisait ce qui lui semblait bon » (Juges 21,25).

Comme alors, la violence couvrait la terre, et comme alors, le cri des opprimés montait vers Dieu. « J’ai vu la misère de mon peuple… J’ai entendu ses cris… Je connais ses souffrances » (Exode 3,7). De même que l’Éternel entendit Israël sous Pharaon, il entendit aussi les gémissements des humbles sous les seigneurs du Xe siècle.

Aujourd’hui encore, la terre gémit. Les guerres modernes, les injustices sociales, les violences domestiques ne sont que de nouveaux visages du même mal. La voix du sang crie toujours du sol vers le ciel (Genèse 4,10).


II. L’Église, instrument de la paix de Dieu

Face à ce chaos, Dieu ne laissa pas son Église muette. Comme jadis Jean-Baptiste au désert, elle fit entendre sa voix. À Charroux, à Narbonne, à Brioude, les évêques se levèrent et proclamèrent : « Celui qui lèvera l’épée contre l’innocent sera frappé d’excommunication. »

Quelle puissance dans une parole spirituelle quand elle est portée avec foi ! Les seigneurs, farouches et orgueilleux, tremblaient devant l’idée d’être retranchés de la communion des saints. Les reliques des martyrs furent portées en procession, les foules prosternées sanglotaient, et les guerriers eux-mêmes déposaient leurs épées sur l’autel.

N’est-ce pas là l’accomplissement de la mission confiée à l’Église, « colonne et appui de la vérité » (1 Timothée 3,15) ? Quand les royaumes chancellent, quand les princes sont muets, il revient au peuple de Dieu de proclamer la justice de l’Éternel.

Frères et sœurs, ne croyons pas que le rôle de l’Église soit seulement d’édifier ses fidèles à l’intérieur de ses murs. Elle est aussi appelée à parler aux nations, à rappeler aux puissants comme aux humbles que toute autorité vient d’en haut et doit être exercée selon la justice de Dieu.


III. La Paix de Dieu, anticipation du Royaume

La Paix de Dieu ne fut pas seulement une barrière dressée contre la violence : elle fut une vision. Les marchés furent déclarés sacrés, les moissons protégées, les femmes, les enfants et les clercs placés sous l’immunité divine. Et plus encore, le temps lui-même fut sanctifié : les conciles de Toulouges et d’ailleurs interdirent les combats du mercredi soir au lundi matin, ainsi que les grandes fêtes.

Quelle prédication silencieuse ! Le peuple apprit que le temps n’appartient pas aux seigneurs, mais à Dieu. « Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier » (Exode 20,8). La Trêve de Dieu était comme une extension de ce commandement, invitant toute la société à déposer les armes devant le Seigneur.

C’était une esquisse du Royaume à venir, quand le loup habitera avec l’agneau (Ésaïe 11,6), quand les nations n’apprendront plus la guerre (Michée 4,3). Certes, ce n’était encore qu’un reflet, mais un reflet qui révélait la lumière du Christ.

Chaque fois que l’Église élève sa voix pour la justice, chaque fois qu’un chrétien se fait artisan de paix, c’est un signe du Royaume. Nous annonçons déjà le monde nouveau.


IV. Le Christ, seul vrai Prince de la Paix

Mais, mes frères, ne l’oublions pas : la Paix de Dieu médiévale, si belle fût-elle, ne dura pas. Les serments furent violés, les guerres reprirent, et la paix terrestre demeura fragile. Car la paix véritable n’est pas l’œuvre de l’homme, mais celle de Dieu seul.

C’est pourquoi l’Écriture nous dit : « Il est notre paix » (Éphésiens 2,14). Jésus-Christ, par son sang versé à la croix, a réconcilié les hommes avec Dieu et les hommes entre eux. Là où nos serments échouent, sa grâce demeure. Là où nos institutions se brisent, son Royaume subsiste.

Recherchez d’abord cette paix-là. Non une paix imposée par la force, mais la paix qui naît du pardon reçu et donné, paix que Christ a promise : « Je vous laisse ma paix ; je ne vous donne pas comme le monde donne » (Jean 14,27).


Conclusion

La Paix de Dieu du Moyen Âge fut un signe : signe que Dieu ne laisse jamais son peuple sans consolation, signe que l’Église, même au milieu de la nuit, peut faire entendre la voix de l’Évangile. Mais plus encore, elle fut une annonce : annonce du jour glorieux où le Seigneur reviendra pour établir son règne de justice.

En attendant ce jour, frères bien-aimés, que chacun de nous soit artisan de paix. Dans nos foyers, dans nos communautés, dans notre société, faisons résonner cette parole : « Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Matthieu 5,9).

Amen.