L’histoire des Juifs, depuis les antiques jours d’Abraham jusqu’aux convulsions de notre siècle, est celle d’un peuple témoin. Témoins de la fidélité de Dieu et de Sa puissance, mais témoins aussi de Sa justice. Le nom d’Israël, écrit en lettres de feu sur les pages de l’Écriture, n’a pu être effacé ni par Nabuchodonosor, ni par Titus, ni par Hadrien, ni par les siècles d’errance et de dispersion. C’est que Dieu, qui juge, est aussi Celui qui garde, et que Ses promesses sont irrévocables.
Cependant, ce peuple, choisi pour annoncer le salut, a rejeté Celui qui en était l’accomplissement. Les pleurs du Christ sur Jérusalem, aux portes mêmes de la ville, furent un dernier appel : « Si toi aussi, au moins en ce jour, tu connaissais les choses qui appartiennent à ta paix… » Mais ce jour fut manqué. Alors vint, comme l’avaient prédit les prophètes et l’avaient annoncé les lèvres mêmes du Fils de Dieu, le châtiment : la ville sainte détruite, le Temple abattu, et les enfants d’Abraham dispersés jusqu’aux extrémités de la terre.
Rome, dans sa colère, ne se contenta pas de punir. Hadrien voulut effacer jusqu’au souvenir de Juda : Jérusalem devint Aelia Capitolina, et la Judée, Syria Palaestina. Mais Dieu, dans sa providence, n’a point permis que le témoignage soit englouti. Le nom d’Israël demeura, porté par un peuple exilé mais vivant, haï mais indestructible. Satan, jaloux de ce témoin qui rappelle au monde l’existence du Très-Haut, chercha siècle après siècle à l’anéantir par l’épée, par le bûcher, par le ghetto et par le camp de la mort. Et l’antisémitisme, cette haine de l’élection divine, se fit compagnon de route de l’histoire européenne.
Au XIXᵉ siècle, le sionisme surgit comme une réponse humaine à cette haine. Ce fut l’œuvre d’hommes qui ne voulaient plus attendre le Messie, mais qui voulaient eux-mêmes relever Israël. Dans leurs congrès et leurs comités, ils parlèrent de retour, de renaissance, de sécurité. Dieu, qui gouverne même les desseins des hommes, permit que cette entreprise prenne racine. Mais le cœur de ce projet n’était pas la repentance nationale ni la soumission au Roi promis : c’était un nationalisme séculier, qui plaçait dans la force et la terre le salut d’Israël. Ainsi, pour certains, le sionisme n’était que la dernière figure des faux messianismes qui avaient déjà égaré le peuple.
Et cette terre, objet de tant d’espérance, devint aussi pierre d’achoppement. Le rachat légal des domaines ne s’accompagnait pas toujours de justice : des familles qui y vivaient depuis des générations furent expulsées. Les fellahin, sans droits inscrits mais enracinés dans le sol par le labeur, furent chassés au nom d’un droit supérieur. Et la voix des prophètes semblait retentir encore : « Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, et qui joignent champ à champ, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de place… » (Ésaïe 5.8).
Depuis lors, la plaie n’a jamais été refermée. L’État hébreu, né dans la guerre, a grandi dans le conflit. Les terres reprises, colonisées, disputées, ont nourri la rancune et empêché la paix. Car la paix n’est point fille de la force : elle est le fruit de la justice (Ésaïe 32.17). Et tant que le cœur de l’homme n’aura pas été changé par Celui qui est le Prince de la paix, les murs et les clôtures, les armées et les traités resteront impuissants à faire reposer Jérusalem dans le repos promis.
Pourtant, dans les voies mystérieuses de Sa providence, Dieu a permis que l’aboutissement du projet sioniste ramène à la mémoire des nations les lieux mêmes où Sa main a agi dans l’histoire. Jérusalem, Bethléhem, Hébron, Nazareth, la Galilée et le désert du Néguev — autant de noms que le monde lit désormais sur les cartes et entend dans les nouvelles — rappellent, même aux peuples éloignés, que le Dieu d’Israël est intervenu dans le temps et dans l’espace. Ce souvenir, qu’Hadrien avait voulu effacer, revient comme un témoignage involontaire.
Ainsi, le dessein de Dieu ne faiblit pas. Ce peuple, toujours témoin, subsiste comme un signe, non pour que le monde contemple la puissance de l’homme, mais pour que, au jour fixé, il reconnaisse Celui qu’il a percé et qu’il dise : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Alors, et alors seulement, la terre et la ville connaîtront la paix véritable, et les nations verront que le Seigneur, Lui, rassemble les exilés de son peuple.
