Il est des moments dans l’histoire où la main de Dieu s’élève pour affirmer sa souveraineté contre les desseins des hommes. De tels événements sont comme des commentaires vivants de la Parole inspirée ; ils deviennent, pour les siècles à venir, des prédications silencieuses, mais puissantes, de la vérité divine. Le contraste entre deux édits impériaux — celui de Cyrus le Grand et celui de Julien l’Apostat — l’un pour relever le temple de Jérusalem, l’autre pour le rebâtir à des fins hostiles à l’Évangile, manifeste avec éclat cette vérité profonde : « Si l’Éternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain. »
Cyrus, roi des rois en Perse, païen selon la chair mais serviteur de Dieu selon la prophétie, fut suscité par l’Éternel pour accomplir un dessein de grâce. Le prophète Ésaïe, longtemps avant sa naissance, l’avait nommé : « Je dis de Cyrus : Il est mon berger, et il accomplira toute ma volonté » (Ésaïe 44:28). Et dans un acte de souveraineté dont seul Dieu a le secret, le Très-Haut fit de ce prince païen un instrument de restauration. Par un décret royal, Cyrus permit aux exilés juifs de revenir et d’ériger à nouveau le Temple du Dieu d’Israël à Jérusalem (Esdras 1). L’entreprise prospéra, non parce que Cyrus en avait la volonté, mais parce que Dieu en avait arrêté le dessein : « L’Éternel réveilla l’esprit de Cyrus… »
À l’opposé, près de mille ans plus tard, un autre empereur, un autre païen — mais cette fois orgueilleusement éclairé par la philosophie grecque et animé par une haine subtile contre le Christ — osa un projet semblable. Julien, que les siècles ont justement surnommé l’Apostat, voulut anéantir le témoignage du Messie en prouvant par un acte politique que la prophétie du Sauveur sur la ruine du Temple (Matthieu 24:2) pouvait être contredite. Si le Temple pouvait être rebâti, alors — pensait-il — le Nazaréen avait parlé en vain. Mais là où Cyrus avait été le serviteur docile d’un décret céleste, Julien voulut se faire l’adversaire du dessein divin.
Or, le bras de Dieu ne sommeille point.
Les historiens, même païens, nous rapportent que le chantier de Julien fut arrêté par des tremblements de terre, des éruptions mystérieuses, et des flammes sortant du sol, qui mirent en fuite les ouvriers terrifiés. Le témoignage païen d’Ammien Marcellin, favorable à Julien, ne peut cacher la réalité du prodige. Ainsi Dieu, dans sa souveraineté, empêcha que l’on puisse rebâtir la maison qu’il avait lui-même livré aux flammes, et scella une fois encore le sceau du jugement sur l’ancienne alliance désobéissante, confirmant par là même l’autorité prophétique du Christ.
Quelle leçon solennelle ! Ce que Dieu bâtit, prospère même par des instruments étrangers. Ce que l’homme veut bâtir contre Dieu, fût-il empereur romain, échoue dans le fracas de la ruine. Le psaume du roi Salomon, proclamé sur les hauteurs de Jérusalem, trouve ici un écho prophétique et saisissant : « Si l’Éternel ne garde la ville, celui qui la garde veille en vain… »
Julien, tel Babel, voulut ériger une œuvre pour défier le ciel ; Cyrus, comme Abraham, marcha dans l’obéissance sans même comprendre toute la portée de son appel. Le premier fut rejeté, le second honoré. Ainsi Dieu montre, pour l’instruction des rois et des peuples, que le temple spirituel, l’Église vivante de Jésus-Christ, ne sera ni fondé ni détruit par la volonté des puissants, mais selon l’élection et le conseil du Souverain.
Que cette méditation invite le croyant à ne jamais craindre les entreprises du siècle contre le Royaume du Christ. Les menaces, les subtilités, les efforts des ennemis de l’Évangile n’aboutiront qu’à la confusion, car « les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle » (Matthieu 16:18). Mais aussi, que cette parole éclaire ceux qui bâtissent dans l’Église : tout ministère, toute œuvre, toute entreprise même pieuse, si elle n’est pas ordonnée, conduite et bénie du Seigneur, est vaine. C’est dans le silence de la foi et la dépendance à la grâce que l’édifice véritable s’élève. « Ce n’est ni par la force, ni par la puissance, mais par mon Esprit, dit l’Éternel » (Zacharie 4:6).
