Il est une figure que les hommes de ce siècle aiment à invoquer, une statue que l’on salue au Campo de’ Fiori comme si elle portait le flambeau de la vérité contre les ténèbres. Giordano Bruno ! Nom élevé par les libres penseurs comme celui d’un martyr. Et certes, il fut exécuté injustement. Certes, nul ne peut approuver le bras de chair qui prétend faire taire par le feu ce que seule la vérité peut réfuter. Mais si l’on en fait un martyr de la vérité, alors il faut dire avec clarté de quelle vérité il s’agit — et quelle vérité il a rejetée.
Il faut rappeler que Bruno n’est pas mort pour le Christ, mais contre le Christ. Il n’a pas souffert pour le nom de Jésus, mais pour avoir nié sa divinité, répudié la Trinité, moqué les Écritures et exalté une cosmologie ésotérique, fruit d’un esprit qui ne voulait pas se soumettre à la révélation. C’est là le premier point que l’histoire oublie souvent : Bruno n’a pas été brûlé seulement pour avoir dit que l’univers était infini, mais pour avoir proclamé que Dieu et le monde ne faisaient qu’un, que le Fils de Dieu n’était qu’un symbole, que l’âme humaine se réincarnait, et que l’univers était infini parce que Dieu n’était plus un être personnel, mais une force dispersée.
Son procès fut long, ses juges lui laissèrent du temps. Il aurait pu, comme Galilée, comme Copernic, faire profil bas, se rétracter, se contenter d’habiller ses idées dans des termes mathématiques ou prudents. Mais il choisit la voie de l’affrontement, non pour l’honneur de Dieu, mais pour l’affirmation de son propre génie. Il est une chose redoutable que Dieu condamne en tout homme : l’orgueil spirituel. L’homme qui croit penser au-dessus de ce que Dieu a révélé se prépare un jugement plus grand encore.
Les Écritures nous avertissent :
« Car ce n’est pas celui qui se recommande lui-même qui est approuvé, c’est celui que le Seigneur recommande. » (2 Corinthiens 10:18)
Bruno n’a pas parlé comme un prophète ; il a parlé comme un mage, comme un philosophe des mystères, enivré par ses visions. Il s’abreuvait aux sources troubles de l’hermétisme, de la kabbale, du panthéisme, mais il rejetait l’Écriture claire et sainte, qui déclare que « le Seigneur a fondé la Terre sur ses bases, elle ne chancelle jamais » (Psaume 104:5), que « le ciel est mon trône, et la Terre mon marchepied » (Ésaïe 66:1). La cosmologie de Bruno, loin d’être neutre, était le fruit d’une théologie impie.
Il en va ainsi des grandes figures de ce monde : on les glorifie parce qu’elles ont dit non à l’autorité de l’Église, mais on oublie qu’elles ont dit non à l’autorité de la Parole. Or il y a deux façons de rejeter Rome : l’une est celle de Luther, qui revint à la Bible ; l’autre est celle de Bruno, qui retourna aux rêves païens.
« Ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en images représentant l’homme corruptible… » (Romains 1:23)
Qu’un monde sans foi célèbre Bruno, cela se comprend. Car il est l’ancêtre des philosophies modernes qui ont voulu un monde sans Créateur personnel, un ciel sans trône, un homme sans jugement à venir. Mais qu’un chrétien se laisse éblouir par cet astre errant, cela est une confusion.
Non, Bruno n’est pas un martyr de la vérité, mais de sa propre démesure. Non, il n’est pas une figure du courage chrétien, mais de la sagesse de ce monde, qui est folie devant Dieu. Et pourtant, sa mort ne doit pas nous réjouir. Elle nous avertit. Elle nous rappelle que quiconque veut penser sans la lumière de la Parole tombe dans les ténèbres les plus épaisses.
« Celui qui s’écarte du chemin de la prudence Reposera dans l’assemblée des morts. » (Proverbes 21:16)
Que cette méditation nous éclaire : il vaut mieux être jugé insensé par le monde, mais fidèle à l’Écriture, que de briller par le génie en rejetant Celui qui est la Vérité. Il ne suffit pas d’être libre, encore faut-il être libéré par la vérité qui vient de Dieu. Et cette vérité ne vient pas par les astres, mais par Jésus-Christ, seul médiateur entre Dieu et les hommes.
