Réflexion sur Deutéronome 4.19 à la lumière de l’histoire de la cosmologie
Il est une tentation ancienne, subtile, tenace : celle qui pousse l’homme à lever les yeux vers le ciel non pour glorifier le Créateur, mais pour déifier les créatures. C’est à cette tentation que Moïse, homme de Dieu, met en garde le peuple élu lorsqu’il déclare, au seuil de la Terre promise :
« Garde-toi de lever les yeux vers le ciel, et de regarder le soleil, la lune et les étoiles, toute l’armée des cieux, et de te laisser entraîner à te prosterner devant eux et à leur rendre un culte… » (Deutéronome 4.19)
Ce commandement ne concerne pas seulement les pratiques grossières de l’idolâtrie ancienne, mais atteint jusqu’aux plus hautes pensées des sages de ce monde. Car ce n’est pas seulement le corps prosterné devant les astres que Dieu condamne ici, mais l’esprit qui s’incline devant sa propre intelligence, émerveillé de pouvoir pénétrer les lois du ciel, tout en oubliant Celui qui les a instituées.
L’histoire nous enseigne que l’homme n’a point attendu la Révélation pour s’avancer dans les voies de la raison. À Hipparque de Nicée, le calcul des orbites ; à Aristarque de Samos, l’intuition du mouvement de la Terre ; à Ératosthène, la mesure de sa circonférence ; à Ptolémée, la construction d’un système du monde. Puis vinrent les Copernic, les Galilée, les Kepler, les Newton — et avec eux, une nouvelle confiance naquit : celle de pouvoir expliquer l’univers sans avoir recours à Dieu.
Et pourtant, quel est le fondement de cette science ? Elle ne repose point sur l’écoute, mais sur l’observation. Elle ne naît point de l’alliance, mais de l’autonomie. Elle n’est point une soumission à la Parole, mais une élévation de la raison au-dessus de toute autorité révélée.
Ainsi se dessine, au fil des siècles, une cosmologie idolâtre, plus dangereuse encore que celle des peuples anciens. Car si les anciens adoraient le soleil comme un dieu visible, les modernes adorent la raison qui les éclaire, et l’univers qu’elle construit. L’idole a changé de nom, mais non de nature : elle demeure un fruit de l’homme, une œuvre de ses mains ou de son esprit.
Ce fut là l’œuvre du paganisme antique : contempler les cieux, y chercher des lois, des présages, des forces. Ce fut aussi celle de la Renaissance : redécouvrir l’antiquité, l’exalter, et s’éloigner du Dieu vivant. Ce fut surtout celle des Lumières : prétendre comprendre le monde sans s’agenouiller devant Celui qui l’a fait. Là se dresse une nouvelle Babel, une science qui monte vers le ciel, mais dont le fondement n’est que poussière.
Or que dit l’Écriture ?
« Les cieux racontent la gloire de Dieu… » (Psaume 19.1)
« En lui ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre… » (Colossiens 1.16)
Mais l’homme moderne, se croyant sage, a séparé la création du Créateur, et a divinisé les lois du monde. Il admire l’ordre, mais nie la volonté qui l’a institué. Il calcule les mouvements, mais ignore la Parole qui les soutient. Il mesure les distances, mais ne connaît point la grâce.
Il n’est pas étonnant que ce savoir, privé de lumière céleste, ait enfanté l’orgueil, puis l’oubli de Dieu, et enfin la rébellion. À mesure que la science progressait dans ses méthodes, elle déclinait dans sa sagesse. Ce n’est plus aux astres qu’elle rend un culte, mais à l’univers lui-même, conçu comme un tout clos, autosuffisant, absolu. L’univers est devenu son propre dieu.
Mais nous, enfants de la Révélation, nous confessons que la lumière vient d’en haut. La vraie sagesse commence par la crainte de l’Éternel. Et toute cosmologie qui ne naît point de cette crainte est une fausse science, une contrefaçon séduisante, mais vaine.
Où donc est la vraie lumière ? Elle brille non dans les sphères célestes, mais dans la Parole du Dieu vivant. Et si l’homme veut comprendre le monde, qu’il commence par tomber à genoux, non devant les étoiles, mais devant Celui qui les appelle chacune par son nom.
