En ces jours où les royaumes chancelaient et où les empires changeaient de mains, Dieu, fidèle à son alliance et souverain sur l’histoire, poursuivait son œuvre silencieuse au sein des nations. Tandis que l’orgueil babylonien était brisé et que l’aigle perse étendait ses ailes d’est en ouest, un peuple, petit en nombre mais grand en vocation, portait au loin la lumière d’une Loi céleste.
Car les fils d’Abraham, chassés de leur terre à cause de leurs infidélités, ne furent point perdus aux yeux de l’Éternel. Dispersés par le vent des conquêtes, semés comme du froment à travers toutes les provinces de l’Empire perse, ils devinrent malgré eux les témoins d’une justice supérieure, d’une morale sainte, d’un Dieu unique, Créateur du ciel et de la terre. De Suse à Sardes, d’Écbatane à Milet, les Juifs vivaient, priaient, instruisaient leurs enfants selon la Loi donnée sur le Sinaï. Dans leurs maisons, à la porte des cités, dans leurs synagogues naissantes, ils sanctifiaient le sabbat, enseignaient les préceptes de Moïse, et dénonçaient les idoles muettes des nations.
Or, dans ces mêmes contrées, en ce même temps, s’éveilla un murmure nouveau : la philosophie grecque, encore enfant, commençait à interroger le monde. À Milet, Thalès scrutait les éléments ; à Éphèse, Héraclite discernait les oppositions du monde ; puis, plus tard, Socrate, dans les rues d’Athènes, appelait les hommes à examiner leur vie. L’esprit grec, comme un flambeau levé dans l’obscurité, cherchait le bien, la justice, la vérité.
Mais d’où venait ce feu ? Était-il né de la poussière des autels païens ? Était-ce dans les mystères d’Éleusis, dans les récits d’Homère ou dans les cieux d’Olympe qu’il trouvait sa source ? Non, ce n’était point là. Car si la conscience humaine conserve, même déchue, un écho lointain de l’ordre divin, elle ne peut produire d’elle-même les clartés de la sainteté.
Ce que l’histoire profane ignore, ce que la philosophie oublie, l’Église doit le rappeler avec force : la lumière morale qui commença à luire dans le monde grec ne fut pas une création humaine, mais un reflet de la Loi divine transmise par Israël. Tandis que les sages grecs méditaient sur la justice, le peuple juif, installé au cœur même des provinces perses, y vivait la justice révélée. La coïncidence n’est point fortuite : elle est providence.
Les Grecs virent des hommes vivre sans idoles, honorer un Dieu unique, pratiquer la justice envers l’étranger, la miséricorde envers le pauvre, et la fidélité dans les liens du mariage. Et ce témoignage, bien que discret, frappa les consciences. Ce fut là le début d’un lent travail de Dieu dans l’âme des nations, un travail qui se poursuivra jusqu’à ce qu’un autre Juif, né à Tarse, élevé à Jérusalem, vienne proclamer sur l’Aréopage que le Dieu inconnu d’Athènes était le Créateur révélé à Israël.
Oui, la conscience grecque fut travaillée par la Loi révélée, non comme un écolier qui lit un traité, mais comme un aveugle qui sent la chaleur d’un feu. Ce feu, c’était la Torah ; ce feu, c’était l’Esprit qui œuvrait par la Parole conservée par Israël. L’histoire le confirme : ce n’est point dans l’isolement des peuples que la loi morale s’élève, mais dans leur contact, fût-il confus ou lointain, avec le peuple de la Révélation.
Ainsi s’explique pourquoi, avant même que le Fils de Dieu ne foulât les chemins de Galilée, les nations avaient déjà été préparées. Non point préparées par la seule raison, mais par le témoignage du peuple élu, que Dieu, dans sa sagesse, avait dispersé parmi elles. C’est cette préparation qu’annonçait le Psalmiste : « Il fait connaître ses lois à Jacob, ses statuts et ses ordonnances à Israël… afin que les nations voient et reconnaissent sa justice. »
Et nous, témoins de la même Parole, porteurs du même flambeau, gardons-nous de croire que la conscience morale des peuples peut survivre sans la lumière de la Révélation. Là où la Bible se retire, les peuples retombent dans les ténèbres. Là où le témoignage de l’Église faiblit, la conscience se pervertit. Mais là où l’Écriture est honorée, où le Dieu d’Israël est proclamé, les peuples se lèvent, et même les sages de ce monde se prosternent devant la lumière véritable.
