Il est une énigme dans l’histoire des peuples, un mystère suspendu entre le ciel et la terre, un témoignage vivant de la fidélité divine et de l’incrédulité humaine : le peuple d’Israël.
À travers les siècles, alors que des empires s’effondrent, que des civilisations disparaissent, Israël demeure. Jeté aux quatre vents, poursuivi par les nations, exilé loin de sa terre, ce peuple a pourtant conservé son nom, sa foi, ses Écritures, et jusqu’à la forme de ses prières. Quelle autre nation a traversé l’histoire, non pas en conquérant, mais en témoin — souvent souffrant, mais jamais éteint ?
Et si l’on cherche la source de cette persistance, on ne la trouve ni dans la puissance des armes, ni dans l’habileté politique, ni dans une supériorité naturelle : elle repose dans l’Alliance conclue avec l’Éternel, sur les hauteurs du Sinaï, lorsque la nuée et le feu enveloppèrent la montagne, et que la voix du Dieu vivant se fit entendre.
Israël est ce peuple qui a entendu Dieu. Il a reçu la Loi, les promesses, les prophètes, l’espérance messianique. Il a vu la gloire. Et bien que, lorsqu’est venue la plénitude des temps, beaucoup n’aient pas reconnu le Christ, la lumière du Dieu vivant a laissé sur lui une empreinte ineffaçable.
L’Écriture nous offre ici une image saisissante, et c’est en elle que réside la clef du mystère : le visage de Moïse resplendissait d’une lumière céleste après avoir parlé avec Dieu. Cette lumière n’était pas celle d’un homme, mais celle de Dieu réfléchie dans un homme. Et Moïse, en descendant vers le peuple, dut voiler son visage : car l’éclat de la gloire effrayait ceux qui ne pouvaient la soutenir.
Ainsi en est-il d’Israël. Le visage du peuple élu, à travers les âges, porte encore la trace d’un éclat ancien, comme un rayon déposé par le Dieu Saint sur celui qu’il a choisi pour porter son Nom parmi les nations. La lumière s’estompe, le voile demeure, mais la clarté initiale n’a pas disparu.
Ce voile, l’apôtre Paul en parle avec une douleur mêlée d’espérance : il est posé sur leur cœur lorsqu’ils lisent Moïse, non par infidélité première, mais par une providence mystérieuse, qui a permis que l’Évangile parvienne aux nations. Et pourtant, dit-il, le voile peut être ôté — et il le sera, lorsque le cœur d’Israël se tournera vers le Seigneur.
Oui, tant que les descendants d’Abraham continuent de sonder la Torah, même à travers le filtre épais du Talmud, ils sont encore en contact avec la Parole vivante. Même obscurcie, celle-ci rayonne, et cette lumière confère au peuple juif une sagesse, une éthique, une profondeur, que le monde moderne, dénué de Révélation, ne peut égaler.
Qui pourrait nier cette influence, souvent disproportionnée, que ce peuple exerce dans l’histoire des idées, des arts, des sciences, et des luttes pour la justice ? Qui pourrait ne pas voir, même dans ses errements ou ses contradictions, une vocation persistante à porter témoignage à la vérité ?
Non, Israël n’est pas un peuple quelconque. Il demeure le peuple de l’Alliance, bien que l’Alliance ait été pour un temps suspendue dans son accomplissement. Mais les dons de Dieu sont sans repentance. Le rameau retranché peut être greffé de nouveau. Et l’Église, loin de s’enorgueillir, doit se tenir dans la crainte et l’humilité, se souvenant qu’elle aussi n’a été insérée que par grâce.
Nous attendons ce jour glorieux — annoncé par les prophètes, pressenti par les apôtres — où les yeux d’Israël s’ouvriront, où le voile tombera, et où le visage de Jacob, illuminé de nouveau, reconnaîtra le Fils du Très-Haut.
Ce jour sera comme une résurrection. Et le monde saura alors que l’Éternel n’a pas oublié son peuple, et que le Dieu de l’Alliance est fidèle jusqu’à mille générations.
