Le siècle de Noël n°8 : La chute de Crassus

oeuvre de Lancelot Blondeel, peintre flamand du 16ème siècle

Pendant que César est parti à la conquête de la Gaule, consultons Flavius Josèphe dans ses “Antiquités juives”, livre 14, pour suivre ce qui se passe au même moment en Judée.

Après le siège de Jérusalem, Pompée avait fait déporter à Rome Aristobule II et sa famille, dont son fils Alexandre. Cependant, l’emprisonnement à Rome n’avait pas éteint sa détermination à recouvrer le trône de ses ancêtres.

Profitant des troubles et des opportunités qui se présentent, Alexandre parvient à s’échapper de sa captivité. Et vers 57 avant J.C., il retourne en Judée et rassemble des partisans pour défier l’autorité romaine.

La menace posée par Alexandre est prise au sérieux par les autorités romaines. Gabinius, le proconsul de Syrie, est dépêché pour mater la rébellion. Alexandre, bien que soutenu par une armée nombreuse, subit plusieurs revers face aux forces disciplinées et expérimentées de Rome. Cependant, son talent de chef de guerre lui permet de mener une résistance significative. Les combats acharnés montrent sa détermination, mais aussi la supériorité militaire romaine. Alexandre est finalement contraint de se rendre. Gabinius lui accorde sa clémence, à condition qu’il abandonne ses ambitions royales et remette les forteresses aux Romains.

Malgré cet échec apparent, l’esprit de rébellion d’Alexandre n’est pas brisé. La tension demeure, et le prince déchu continue à représenter une figure de résistance pour de nombreux Juifs qui rejettent la domination romaine et la légitimité de Hyrcan II. Vers 55 avant J.C., à l’occasion de nouveaux troubles en Syrie, Alexandre parvient à lever une nouvelle armée, se préparant à une autre tentative de prise de pouvoir. Cependant, cette rébellion est rapidement écrasée par Marc Antoine, alors lieutenant de Gabinius, qui intervient avec efficacité pour défaire les forces d’Alexandre.

Après cette défaite, Alexandre est contraint de se soumettre à nouveau, et cette fois, il semble que son espoir de restaurer le pouvoir hasmonéen soit définitivement anéanti.


Après cela, Gabinius est remplacé au poste de gouverneur de Syrie par Crassus, l’un des trois triumvirs.

1. Contexte : l’ascension de Crassus et la domination romaine en Judée

En effet, après avoir participé à la répression de la révolte de Spartacus et consolidé son influence politique à Rome, Crassus se tourne vers l’Orient pour accroître sa gloire militaire. En 54 av. J.-C., Crassus est nommé gouverneur de la Syrie, une province stratégique de l’Empire romain, qui sert de base pour ses ambitions contre l’Empire parthe, situé à l’est de la Syrie.

2. Le pillage du Temple de Jérusalem par Crassus

L’un des actes les plus marquants de Crassus en Orient est son passage en Judée en 54 av. J.-C., alors qu’il se prépare à mener une campagne contre les Parthes. Flavius Josèphe raconte que Crassus, en quête de fonds pour financer sa campagne militaire, pille le Temple de Jérusalem ; et cet acte allait marquer son expédition du sceau de la malédiction.

Crassus confisque une grande quantité d’or et d’argent des réserves du Temple ; mais il quitte Jérusalem accompagné de l’ombre du sacrilège.

3. La campagne de Crassus contre les Parthes et la bataille de Carrhes

Crassus se lance alors dans sa campagne contre les Parthes. Après avoir traversé l’Euphrate avec son armée, il affronta l’armée parthe, près de Charan, où Abraham et Jacob avaient séjourné autrefois.

Cependant, cette campagne se termine de manière désastreuse pour Crassus. L’armée romaine est lourdement battue par les forces parthes, dirigées par le général Suréna. Les Parthes, excellents archers montés, harcèlent sans relâche les troupes romaines sur un terrain désertique, utilisant des tactiques de mobilité rapide que les Romains ne peuvent contrer.

Crassus, mal conseillé et mal préparé, voit son armée se faire décimer ; la défaite est un désastre pour Rome. Crassus lui-même est capturé par les Parthes et tué de manière brutale. Selon des récits antiques, les Parthes auraient versé de l’or fondu dans sa bouche, symbolisant sa soif insatiable de richesse.

Cet évènement présente des parallèles saisissants avec le récit de Belshazzar, tel que décrit dans le livre de Daniel. Belshazzar, roi de Babylone, organisa un grand festin où, dans un acte d’arrogance impie, il ordonna que l’on apporte les vases d’or et d’argent du Temple de Jérusalem pour s’en servir à sa table. Ces vases, sanctifiés pour le service du Dieu d’Israël, furent utilisés de manière profane. Mais au milieu de ce festin, une main mystérieuse apparut et écrivit sur le mur des mots de jugement : « MENE, MENE, TEKEL, UPHARSIN » (Daniel 5:25-28). Daniel interpréta ces mots comme l’annonce du jugement de Dieu sur Belshazzar et son royaume. Cette même nuit, Belshazzar fut tué, et son royaume tomba aux mains des Mèdes et des Perses.

4. Conséquences de la chute de Crassus sur la Judée

L’instabilité créée par la défaite de Crassus et les luttes politiques internes à Rome ouvrent la voie à des soulèvements en Judée.

En 49 avant J.C., alors que la guerre civile éclate à Rome entre César et Pompée, Alexandre voit une dernière occasion de changer le cours de son destin. Mais avant qu’il ne puisse agir, les autorités romaines, avec le soutien de Hyrcan II, le font arrêter. Conscient que tant qu’Alexandre vivra, il représentera une menace pour l’ordre établi, les Romains, sous l’influence d’Antipater, l’allié de Rome en Judée, décident de le faire exécuter.

5. La réorganisation politique de la région

Après la chute de Crassus, Rome cherche à rétablir son autorité en Orient. En Syrie, qui était sous la juridiction de Crassus, de nouveaux gouverneurs romains sont envoyés pour réorganiser la région et assurer la stabilité.