Pour Pompée, la soumission de la Judée, marquée par la profanation du Temple de Jérusalem, semblait n’être qu’un jalon de plus dans l’éclatante ascension de son ambitieuse carrière ; mais, à peine revenu d’Orient, nous verrons s’amorcer le déclin de ce général autrefois invincible, un déclin inexorable qui le conduira, pas à pas, jusque dans la tombe.
Pompée : Le Conquérant glorieux, mais insatisfait
Pompée le Grand revient à Rome en héros. Pompée, l’homme providentiel, le vainqueur des royaumes d’Orient, est porté en triomphe à travers la ville. Son cortège, selon Plutarque, est une manifestation de la puissance de Rome et de sa propre gloire. Il semble, à cet instant, que rien ne puisse résister à Pompée, que son étoile soit destinée à briller au zénith.
Mais la politique romaine est une mer agitée où la gloire militaire ne suffit pas. Pompée se heurte à l’opposition du Sénat, jaloux de son pouvoir et méfiant de ses ambitions. Il demande la ratification des actes qu’il a pris en Orient et des terres pour ses vétérans. Ces demandes, pourtant légitimes au vu des services rendus à la République, sont rejetées par le Sénat, qui craint de voir en Pompée un second Sylla, un homme trop puissant pour la fragile République. Ainsi, le grand général, l’homme que l’on croyait invincible, se retrouve pris au piège des intrigues politiques.
C’est ici que le déclin de Pompée commence. Lui qui pensait pouvoir s’appuyer sur sa seule gloire pour gouverner Rome se rend compte que le jeu politique est plus complexe. Plutarque nous montre un Pompée isolé, impuissant face aux machinations du Sénat. Sa gloire passée se transforme en un fardeau qui suscite méfiance et crainte. Pour la première fois, Pompée comprend qu’il ne pourra pas imposer sa volonté sans l’aide d’alliés puissants.
Crassus : L’homme le plus riche, avide de gloire
Pendant que Pompée mène ses troupes à travers l’Orient, Crassus, à Rome, continue d’accumuler des richesses. Il est déjà l’homme le plus riche de la République, un financier habile qui sait exploiter chaque occasion pour accroître son influence. Mais dans son cœur brûle une autre ambition, celle de la gloire militaire. Crassus ne veut pas être seulement connu comme l’homme le plus riche de Rome, il veut égaler les exploits de Pompée sur le champ de bataille. Pourtant, jusqu’ici, la gloire militaire lui échappe.
Crassus est conscient que seul, il ne peut renverser l’opinion publique qui célèbre Pompée comme le héros de Rome. Sa rivalité avec Pompée est à la fois ouverte et contenue, marquée par la jalousie et le désir de reconnaissance. Cependant, dans la mêlée politique de la République, il entrevoit une alliance inattendue, une union qui pourrait changer le cours des événements. Crassus voit en Jules César, ce politicien audacieux et ambitieux, un allié possible. Et ainsi, il est prêt à étouffer son ressentiment envers Pompée pour former une coalition capable de dominer la République.
César : L’Ambitieux en quête de pouvoir
Jules César était un jeune homme issu d’une noble lignée, mais marqué par l’ombre de Marius, son oncle par alliance. Plutarque raconte que, dans sa jeunesse, César est contraint de fuir Rome lorsque le dictateur Sylla prend le pouvoir. La proximité de César avec Marius et la faction des Populares le rend suspect aux yeux de Sylla. À peine âgé de 19 ans, César est traqué ; et il vit en exil pour échapper à la fureur du dictateur. Lorsqu’il est finalement gracié, Sylla aurait déclaré prophétiquement : « Dans cet homme, je vois de nombreux Marius. »
Cet épisode forge en César une détermination indomptable. Il comprend que pour survivre et s’élever dans le monde impitoyable de la politique romaine, il lui faut ruser, forger des alliances, et attendre son heure. À travers ces années d’exil et de marginalisation, César apprend la patience et l’art de la politique. Il revient à Rome, prêt à naviguer dans les eaux troubles de la République avec une vision plus vaste que celle de ses contemporains.
En 63 avant J.-C., l’année où Pompée s’emparait de la Judée, César est élu grand pontife, un titre religieux qui lui apporte prestige et influence, mais qui n’est que le début de ses aspirations.
Cette année-là est également marquée par un événement qui secoue Rome : la conjuration de Catilina. La République est menacée de l’intérieur par ce complot visant à renverser le gouvernement. Catilina, un sénateur ambitieux et désespéré, rassemble autour de lui des mécontents prêts à incendier Rome pour prendre le pouvoir.
Dans cette affaire, César joue un rôle ambigu et habile. Plutarque décrit comment, au Sénat, César s’oppose à Cicéron, le consul alors en exercice, sur la question du sort des conjurés capturés. Alors que Cicéron plaide pour une exécution immédiate des complices de Catilina, César se dresse en défenseur de la clémence et de la légalité. Il propose que les conjurés soient emprisonnés plutôt que mis à mort, arguant que leur exécution sans procès constituerait une violation des lois de la République. Derrière cet acte, certains voient une tentative de César de se positionner comme le champion des libertés contre la tyrannie du Sénat. Il gagne ainsi la faveur des partisans de Catilina et des Romains mécontents, tout en restant officiellement dans le cadre légal.
Cet épisode révèle la nature de César : un homme capable de manœuvrer avec une adresse remarquable, d’adopter des positions qui lui attirent le soutien du peuple sans se compromettre ouvertement. Par cette habileté, il se construit peu à peu une base de pouvoir, jouant sur tous les tableaux pour se rendre indispensable à Rome.
Plutarque décrit César comme un homme audacieux, conscient de ses propres capacités et de la nécessité d’une stratégie politique pour atteindre le pouvoir suprême. Il observe les rivalités entre Pompée et Crassus et comprend que, pour s’élever au-dessus d’eux, il doit d’abord les unir sous une cause commune.
César, par sa capacité à manipuler les courants politiques, propose l’impensable : un pacte entre lui-même, Pompée et Crassus, qui serait fondé non pas sur la confiance, mais sur l’intérêt mutuel. Ainsi naît en 60 avant J.-C. le Premier Triumvirat. César manœuvre habilement pour créer cette alliance, où chacun des trois hommes voit une chance de satisfaire ses ambitions. Pompée y voit l’opportunité de faire ratifier ses décisions orientales et d’obtenir des terres pour ses vétérans. Crassus, de son côté, voit une chance d’étendre son influence et de préparer une future campagne qui lui apporterait la gloire militaire. Pour César, ce pacte est le tremplin dont il a besoin pour accéder à un commandement militaire majeur.
Le Triumvirat : Une Alliance de Feu et de Fer
Le triumvirat est désormais formé. Ensemble, ils imposent leur volonté à Rome. En 59 avant J.-C., César est élu consul grâce à l’appui de ses deux alliés. Son consulat est marqué par des réformes audacieuses, comme la redistribution des terres aux vétérans, qui renforcent sa popularité et celle du triumvirat. César, tel que Plutarque le décrit, agit avec une résolution implacable. Il défie ouvertement l’opposition du Sénat, s’appuyant sur le peuple pour imposer ses réformes.
Pompée, quant à lui, renforce son alliance avec César en épousant sa fille Julia. Ce mariage politique crée un lien familial qui, pour un temps, adoucit les tensions entre les deux hommes. Pompée voit dans cette union une manière de contrôler César, tout en consolidant son propre pouvoir.
Crassus, en revanche, se contente de jouer un rôle plus en retrait. Il obtient des avantages économiques et protège ses intérêts financiers, notamment en Orient. Mais derrière ce calme apparent, il nourrit des rêves de conquête. Son esprit se tourne vers l’Est, vers les riches terres des Parthes, où il envisage de mener une expédition qui le couvrirait de gloire.
L’Ascension de César et le Crépuscule de Pompée
Avec le triumvirat, César obtient ce qu’il désirait : un commandement militaire. En 58 avant J.-C., il est nommé gouverneur des Gaules pour cinq ans, avec un pouvoir étendu et des légions à sa disposition. La guerre des Gaules sera pour lui le champ où il démontrera sa valeur de stratège et de conquérant, surpassant même les exploits de Pompée.
Pompée, quant à lui, voit son étoile décliner. Resté à Rome, il joue le rôle de modérateur, mais sa gloire passée ne suffit plus. La puissance montante de César l’inquiète. Il pressent que cet homme, qu’il a aidé à élever, pourrait devenir son plus grand rival. Plutarque souligne ici le changement de fortune : Pompée, autrefois au faîte de la gloire, est maintenant dépassé par la fulgurante ascension de César. Le mariage de Pompée avec Julia, la fille de César, est un lien fragile qui ne parvient pas à dissiper la méfiance croissante entre les deux hommes.
Crassus, de son côté, se prépare à une autre destinée. Insatisfait de jouer un rôle secondaire, il rêve de conquérir la gloire à l’est, contre les Parthes. Mais l’ombre de son ambition future plane sur ce récit, annonçant des bouleversements tragiques.
Tandis que César marche vers la Gaule pour écrire son nom dans les annales de l’histoire, Pompée et Crassus, liés à lui par des liens fragiles, voient déjà poindre à l’horizon la tempête qui les engloutira tous.
