Le siècle de Noël n°25 : Hérode et les mages d’Orient

Hérode, roi de Judée par la volonté de Rome, régnait avec une autorité tyrannique sur un peuple qui ne l’avait jamais pleinement accepté. Ayant mis fin à la dynastie hasmonéenne, il croyait avoir consolidé son pouvoir et assuré la stabilité de son règne. Cependant, malgré ses intrigues et ses meurtres, quelque chose allait troubler cette paix apparente. L’annonce venue des confins de l’Orient allait raviver en lui des craintes profondes, et résonner comme un écho des prophéties que lui-même n’avait jamais pris la peine de considérer.

Ces savants venus de l’Orient, des hommes que le peuple appelait mages, se présentèrent à Jérusalem, interrogeant avec insistance les habitants : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus pour l’adorer. » Hérode fut aussitôt troublé par cette question. Roi des Juifs ? Ces hommes ne cherchaient-ils pas celui qu’il croyait être ? Mais non, ce n’était pas Hérode qu’ils étaient venus honorer. Malgré tout le pouvoir qu’il avait amassé, malgré son palais somptueux et son alliance avec Rome, il était évident que Hérode n’était pas celui auquel ils se référaient. Un autre roi des Juifs était en vue.

Alors, la crainte et la colère se mirent à bouillonner dans le cœur d’Hérode. Lui qui pensait être le seul maître, lui qui avait mis fin à la lignée des Hasmonéens et balayé tous les rivaux, se voyait soudain menacé par un roi mystérieux, dont l’existence lui était inconnue. Comment ces étrangers, venus de si loin, pouvaient-ils être au courant de cette naissance dont il n’avait lui-même jamais entendu parler ? Que savaient-ils que lui, Hérode, roi de Judée, ignorait ?

Le roi se souvenait peut-être des anciennes prophéties, celles des Écritures, que les scribes et les prêtres chantaient dans les synagogues. Un Messie était annoncé, un Christ qui viendrait pour libérer son peuple. Hérode avait autrefois entendu ces mots, mais, absorbé par ses ambitions politiques et ses intrigues, il n’y avait jamais prêté grande attention. Pourtant, ce Messie, ce Christ, serait-il maintenant cet enfant dont les mages cherchaient la trace ?

Il y avait quelque chose de presque ironique dans cette situation. Hérode, ce roi puissant, n’avait même pas remarqué l’événement que ces mages semblaient si bien connaître. L’enfant avait été porté dans le Temple, présenté à Dieu par ses parents selon la loi de Moïse, mais nul, pas même Hérode, ne l’avait remarqué. Jésus, l’enfant promis, était venu au cœur même de Jérusalem, mais les prêtres, les théologiens, les docteurs de la Loi, qui scrutaient pourtant les Écritures jour et nuit, ne l’avaient pas reconnu. Certains d’entre eux avaient peut-être croisé Marie et Joseph dans les cours du Temple, observé cet enfant comme ils le faisaient pour des dizaines d’autres, sans réaliser qu’ils se tenaient devant le Messie attendu. Quelle ignorance ! Quel aveuglement spirituel !

Il fallut que des étrangers, venus de terres lointaines, soient les premiers à annoncer à Jérusalem la naissance de celui qui devait sauver le monde. Des hommes qui, dans la solitude de leurs études, avaient observé une étoile dans le ciel et l’avaient associée à une prophétie ancienne, peut-être celle du mystérieux Balaam qui, dans les temps reculés, avait prédit l’apparition d’une étoile en Jacob, d’un sceptre en Israël. Ces savants, gardiens de la sagesse orientale, avaient interprété les signes des cieux avec une clarté que ni Hérode, ni les docteurs de Jérusalem ne pouvaient atteindre. Et pourtant, lorsqu’ils arrivèrent dans la ville sainte, ils trouvèrent une indifférence totale. La ville, qui aurait dû être la première à célébrer la venue du Christ, ne montra aucun intérêt à cette nouvelle bouleversante. Aucun prêtre, aucun scribe ne les accompagna dans leur quête. Seuls, ils poursuivirent leur chemin vers Bethléem, guidés par l’étoile, comme si Jérusalem avait renié le salut qui lui était offert.

Hérode, quant à lui, feignit l’intérêt. Jouant de ruse, il appela les prêtres et les scribes, exigeant qu’ils lui révèlent où le Christ devait naître. Puis, dissimulant ses intentions derrière une façade d’hypocrisie, il envoya les mages à Bethléem, les priant de revenir lui faire un rapport détaillé. Mais ceux qui connaissaient le cœur d’Hérode savaient que ce n’était pas l’espérance messianique qui l’animait. Tout comme Octave avait éliminé Césarion, l’enfant de Jules César et de Cléopâtre, pour éviter une menace à son trône, Hérode envisageait déjà de faire périr ce roi des Juifs dans son berceau. Peu importait que cet enfant fût le Christ, le Fils de Dieu. L’orgueil, la soif de pouvoir et la peur de perdre sa couronne guidaient Hérode, au point de s’en prendre à Dieu lui-même.

Quelle ironie divine, toutefois ! Ce n’est pas dans les palais des rois, ni dans les centres du pouvoir, que la vérité du salut se révélait, mais dans une petite ville humble, à quelques lieues de Jérusalem, dans une crèche. Tandis que le monde se détournait, indifférent ou hostile, Dieu accomplissait son œuvre dans le silence et l’obscurité. Ceux qui détenaient les Écritures, ceux qui prétendaient connaître Dieu, passèrent à côté de Lui sans le savoir. Et pourtant, les signes étaient là. Mais il fallut que des hommes venus de loin, non israélites, non docteurs, mais des chercheurs de vérité, franchissent des frontières et des montagnes pour venir adorer celui que les siens ne voulaient pas reconnaître.

Le Christ, la lumière du monde, était venu chez les siens, mais ceux-ci ne l’ont pas accueilli. Cependant, sa lumière allait s’étendre bien au-delà des frontières d’Israël, illuminant les nations, et portant le salut à tous ceux qui, comme les mages, avaient soif de vérité et d’espérance.