Lorsque Octave rentra triomphant à Rome après avoir vaincu Marc Antoine et Cléopâtre, il se trouva en position de maître incontesté du monde romain. Pourtant, conscient des erreurs de ses prédécesseurs, il évita de se proclamer dictateur, un titre qui avait coûté la vie à son père adoptif, Jules César. Au lieu de cela, Octave entreprit une démarche subtile pour consolider son autorité tout en apaisant les craintes du Sénat et du peuple.
Octave fit un geste calculé en déclarant qu’il rendait au Sénat et au peuple romain tous les pouvoirs qu’il avait accumulés. Ce geste, en apparence désintéressé, suscita l’admiration et la gratitude des sénateurs, qui, loin de l’accepter, supplièrent Octave de rester au pouvoir. Ce fut alors qu’il accepta le titre d’Auguste, un titre sacré qui évoquait la majesté et la dignité, mais sans les connotations tyranniques du dictateur ou du roi.
Sous ce titre d’Auguste, Octave devint le « princeps », le premier citoyen de Rome. Le titre de princeps n’était pas celui d’un souverain, mais celui d’un primus inter pares, le premier parmi ses pairs. Cette subtile distinction permettait de préserver l’apparence de la République tout en concentrant entre les mains d’Auguste tous les pouvoirs essentiels de l’État.
Auguste se fit également conférer l’imperium proconsulaire sur toutes les provinces où étaient stationnées les légions, ce qui lui donnait le contrôle effectif de l’armée, colonne vertébrale du pouvoir romain. En parallèle, il assuma le rôle de tribun de la plèbe, ce qui lui donnait non seulement une autorité sur la législation, mais aussi une image de protecteur des droits du peuple.
Le génie politique d’Auguste résida dans sa capacité à enrober son pouvoir absolu dans les formes et les titres de la République. Les institutions républicaines continuaient de fonctionner en apparence, le Sénat délibérait, les magistrats étaient élus, mais tout se faisait sous l’ombre tutélaire du princeps. Auguste ne se contenta pas d’accumuler les pouvoirs, il réforma également l’administration romaine, établissant un système bureaucratique qui permettrait à son autorité de se maintenir même après sa mort.
Sous l’apparence de restaurer les institutions républicaines, Auguste avait en réalité fondé un nouveau régime, le Principat, où le pouvoir était concentré dans les mains d’un seul homme tout en conservant les formes de la République.
