La mort de César pousse au devant de la scène Marc Antoine.
Il avait commencé à s’illustrer en Egypte et en Syrie sous le commandement de Gabinius. Mais c’est en Gaule, au service de Jules César, que son destin commence véritablement à se dessiner.
Aux côtés de César, il participe aux grandes campagnes de Gaule, se forgeant une réputation de chef de guerre aussi redoutable que fidèle. La complicité qui s’établit entre les deux hommes va bien au-delà du simple rapport de commandement. Marc Antoine admire César, mais il voit également en lui une occasion d’accéder à la grandeur. C’est ainsi qu’il s’implique dans les querelles de la République, notamment lorsqu’il assume le rôle de tribun de la plèbe en 49 avant J.C., position à partir de laquelle il défend ardemment les intérêts de son maître contre les attaques du Sénat et de Pompée. Son soutien indéfectible à César le mène à devenir son second, le maître de la cavalerie, consolidant ainsi sa place dans l’entourage immédiat du dictateur.
Plutarque note que, pendant cette période, Marc Antoine se livre souvent à des excès. Son comportement parfois brutal et son goût pour les plaisirs lui attirent la désapprobation de certains Romains. Malgré cela, sa loyauté envers César reste inébranlable, jusqu’à ce jour funeste des Ides de mars 44 avant J.C., où les coups des conspirateurs abattent le maître du monde romain.
C’est alors que Marc Antoine se dresse sur la scène. Il se retrouve au cœur d’une Rome bouleversée, où la fureur et la peur se mêlent à l’incertitude. Lors de cette heure critique, sa première réaction est de chercher à apaiser les factions rivales, de préserver une apparence d’ordre. Mais rapidement, il comprend que le peuple de Rome est dévoré par la douleur et la colère. D’un coup, Marc Antoine change la dynamique du pouvoir : il rallume la flamme du souvenir de César et retourne l’opinion publique contre les assassins, jouant avec une habileté redoutable sur les passions populaires.
Le peuple de Rome, manipulé par les discours enflammés d’Antoine, se souleva, réclamant justice pour le meurtre de César. Cassius et Brutus, pris au piège de leur propre succès, durent fuir Rome, leurs rêves de restauration républicaine brisés par la réalité cruelle du pouvoir.
Marc Antoine se révèle comme un orateur saisissant, capable de traduire la douleur du peuple en un élan politique. Par cette manœuvre, il affirme sa prétention à être le successeur légitime de César, à porter l’héritage de celui qui avait bouleversé l’ordre de la République.
Mais si Marc Antoine avait réussi à s’imposer comme le vengeur de César, il devait bientôt faire face à un rival inattendu.
Lors de la lecture publique du testament de César, on découvre qu’il a désigné pour successeur son petit-neveu, Octave.
César avait décelé en lui un potentiel hors du commun. En quête d’un héritier digne de sa lignée, César se prend d’affection pour ce jeune neveu, qu’il prend sous son aile et qu’il prépare à assumer de grandes responsabilités.
En 45 avant J.C., Octavien accompagne César en Hispanie, où il observe de près l’art de la guerre et les mécanismes du pouvoir. Plutarque souligne à quel point Octavien se distingue déjà par sa maîtrise de lui-même et par son aptitude à saisir les occasions. Bien que physiquement frêle, il compense par une force de caractère et une intelligence politique qui impressionnent. C’est cette qualité d’esprit qui amène César à l’adopter officiellement, faisant de lui son fils et son héritier principal. Ce geste, lourd de sens, reste cependant secret jusqu’à l’ouverture du testament de César.
Quand vient le moment où le testament de César est lu publiquement, on apprend que Octavien est déclaré héritier principal, recevant les trois quarts de l’immense fortune de César, et, plus symboliquement encore, le nom de César. Du jour au lendemain, Octavien n’est plus simplement le petit-neveu du dictateur assassiné; il devient César, le jeune héritier appelé à venger sa mort et à poursuivre son œuvre.
Octave se rendit rapidement à Rome, où il se présenta comme le légitime successeur de César, gagnant le soutien des vétérans et du peuple en redistribuant l’héritage de son oncle.
Marc Antoine avait été le bras droit de César, le compagnon d’armes, celui qui, dans les tourments de la guerre, avait fait cause commune avec l’ambition du maître. Pourtant, lorsqu’il apprend que le grand César a désigné le jeune Octave comme héritier de son pouvoir et de son nom, c’est un tout autre visage qu’il montre au monde. Plutôt que de respecter les dernières volontés de celui qu’il prétendait servir avec tant de dévotion, il se dresse en rival, en ennemi, cherchant à écarter cet héritier que César avait choisi. Mais il ne fit que précipiter son propre déclin.
Ce récit trouve son parallèle dans l’histoire d’Adonija, fils du roi David. Alors que David était vieillissant, Adonija, animé par l’orgueil et la volonté de s’emparer du pouvoir, se déclara roi sans attendre l’approbation de son père ni du Seigneur. Pourtant, le choix de Dieu était clair : c’était Salomon que l’Éternel avait désigné pour succéder à David, c’était lui qui porterait la couronne d’Israël. Adonija, ignorant cette volonté divine, chercha à s’entourer de soutiens influents pour asseoir sa propre autorité, croyant qu’il pourrait ainsi détourner l’ordre divin.
Cependant, Dieu intervint. Par l’entremise de Nathan le prophète et de Bath-Shéba, David proclama Salomon roi d’Israël, selon la volonté divine. Adonija, surpris dans sa rébellion, fut frappé de peur. Bien que Salomon lui accordât initialement la grâce, la persistance d’Adonija à contester l’ordre légitime le conduisit finalement à la mort (1 Rois 1-2). L’usurpateur, en cherchant à s’approprier ce qui ne lui était pas destiné, s’opposa non seulement à l’autorité de David, mais aussi à celle de Dieu.
