Après sa victoire décisive en Égypte, rendue possible en partie grâce au soutien de la Judée, César connut une nouvelle série de triomphes, dont un après lequel il aura cette célèbre expression : « Veni, vidi, vici » (« Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu »). Ces succès confirment le pouvoir de César en Orient et renforce sa réputation de général invincible.
Lorsque César revient à Rome, la paix est revenue, l’Italie n’a pas connu les atrocités des précédentes guerres civiles. Tous les écrivains loueront la clémence de César, qui a accueilli sans restriction les pompéiens qui se rendent et n’a exercé aucune proscription contre la classe politique. César peut annoncer au peuple que les récentes conquêtes vont permettre d’obtenir du blé et de l’huile en abondance et définitivement résoudre les problèmes de ravitaillement de Rome.
César célèbre par un triomphe ses victoires. La durée et le faste des cérémonies, l’énormité du butin éclipsent tous les triomphes précédents. César offre au peuple des représentations théâtrales, des spectacles de gladiateurs, de gigantesques banquets publics. Grâce au butin rapporté, l’argent est distribué à flots.
La plupart des revendications des populares sont maintenant satisfaites, et César entreprend les réformes nécessaires à l’administration du monde romain.
César est désormais le centre du pouvoir ; il reconstitue les effectifs du Sénat. Obtenir un titre, un avantage ou une faveur dépend désormais de son approbation.
Cicéron propose de décerner à César des honneurs. Ainsi César reçoit le nom de Liberator et le titre d’Imperator. César reçoit l’honneur, par décret du Sénat, de porter les emblèmes du triomphe, robe pourpre et couronne de lauriers, à titre permanent. Et il finira par être proclamé dictateur à vie.
Les réformes de César
La reconstruction de Corinthe : restaurer une cité pour restaurer une gloire
César voulut redonner vie aux pierres mortes, celles des cités dévastées par les conflits passés. Parmi elles, Corinthe, la brillante cité grecque, jadis centre de commerce et de culture, détruite par les légions romaines en -146, demeurait un symbole de la puissance brisée de la Grèce. Pendant un siècle, ses ruines restèrent muettes, témoins d’une grandeur effacée par la fureur romaine.
Pourtant, César, dans son projet de réorganiser le monde romain, perçut en Corinthe plus qu’un simple tas de pierres. Il y vit la possibilité de redonner à l’Empire un de ses joyaux perdus. En -44 il ordonna la reconstruction de la cité, non seulement comme un geste de réconciliation avec la culture grecque, mais aussi comme une affirmation du renouveau romain.
Il fit établir une colonie romaine à Corinthe, y installant des vétérans de ses légions et des affranchis, qu’il dota de terres et de droits civiques. Cette nouvelle Corinthe, tout en renaissant de ses cendres grecques, devint un modèle de la colonisation romaine : une cité florissante, où se mêlaient les traditions grecques et la loi romaine, où le commerce reprit avec une vigueur renouvelée, et où l’art et la culture revinrent fleurir, portés par l’esprit de Rome.
César, en reconstruisant Corinthe, ne cherchait pas seulement à restaurer une ville, mais à revendiquer la continuité de l’histoire, à montrer que Rome pouvait détruire mais aussi rebâtir, et que la grandeur pouvait renaître sous la tutelle de l’Empire. Ainsi, cette nouvelle Corinthe devint un symbole de la puissance civilisatrice de Rome, un héritage direct de la vision césarienne d’un empire unifié, ordonné, et prospère.
La réforme du calendrier : maîtriser le temps pour maîtriser le monde
César voulut également remodeler le temps. En tant que Souverain Pontife, le plus haut dignitaire religieux de Rome, il entreprit une œuvre dont la postérité devait ressentir les bienfaits pendant des siècles : la réforme du calendrier romain.
Le calendrier romain, fondé sur une année lunaire, s’était depuis longtemps désynchronisé avec les saisons, créant un désordre qui perturbait les cycles agricoles, les fêtes religieuses et la vie publique dans son ensemble. Le temps, ce maître invisible, échappait au contrôle de l’homme, et avec lui, l’harmonie du cosmos semblait se désagréger.
César, en homme de science et de pouvoir, décida de redresser cette situation. En -46, il convoqua à Rome les meilleurs astronomes de l’époque, parmi lesquels le célèbre Sosigène d’Alexandrie, un savant grec dont les connaissances allaient transformer la mesure du temps. Avec leur aide, César conçut un nouveau calendrier, fondé non plus sur la lune, mais sur le soleil. Ce calendrier, dit julien, fixait l’année à 365 jours, avec l’ajout d’un jour tous les quatre ans pour compenser l’écart avec l’année solaire réelle.
Cette réforme, simple en apparence, portait en elle l’ambition démesurée de César : établir un ordre immuable, ancré dans l’éternité. En réformant le temps, il affirmait sa volonté de dominer l’universel, de l’organiser selon une logique rationnelle et humaine.
Et en effet, la réforme du calendrier romain par Jules César fut l’une de ses contributions les plus durables à l’histoire de l’humanité. Le calendrier julien, par sa simplicité et son exactitude relative, fut adopté non seulement à Rome, mais aussi dans tout l’Empire, et il resta en vigueur pendant plus de quinze siècles, jusqu’à ce qu’un autre Souverain Pontife, le pape Grégoire XIII, y apporte une légère correction.
Ainsi à travers les âges, alors que Rome tombait et que de nouveaux royaumes émergeaient sur les ruines de l’empire, ce calendrier continua de réguler les jours et les années, unissant des peuples divers sous un même rythme temporel.
