
Portraits issus du “promptuaire des médailles” du Français Guillaume Rouillé et publié en 1553
Au seuil du siècle de la Nativité, l’histoire de la Judée s’ouvre avec celle de la dynastie hasmonéenne, laquelle nous est rapportée par Flavius Josèphe dans le livre 13 de ses « Antiquités juives ».
L’Établissement de la Dynastie Hasmonéenne : De Simon à Jean Hyrcan
La fin de la révolte des Maccabées fut scellée par la victoire des fils de Mattathias. Judas Maccabée tomba au combat, mais ses frères poursuivirent l’œuvre de libération. Lorsque Simon Maccabée, dernier des frères, prit la tête du peuple, Israël recouvra enfin sa liberté, et en 142 av. J.-C., Simon fut proclamé grand prêtre et chef de la nation. Son règne marqua le début d’une nouvelle dynastie, celle des Hasmonéens, qui semblait promise à la prospérité et à la stabilité.
Simon fut trahi par son propre gendre, Ptolémée, qui le fit assassiner. Jean Hyrcan, fils de Simon, échappa à la machination et prit le commandement du peuple. Sous son règne, qui dura de 134 à 104 av. J.-C., Israël connut une période de prospérité territoriale sans précédent. Hyrcan étendit les frontières de la Judée, soumettant l’Idumée, la Samarie, et d’autres territoires. Il imposa même la pratique de la Loi juive aux populations conquises, consolidant ainsi l’unité religieuse de la région.
Mais si Hyrcan fut un homme d’action et un bâtisseur, son règne vit également l’émergence des Pharisiens et des Sadducéens, deux factions religieuses opposées. Les premiers, fervents gardiens de la Loi et des traditions, regardaient d’un œil critique certaines pratiques des Hasmonéens, tandis que les seconds, plus pragmatiques et proches du pouvoir, soutenaient la dynastie. Cette fracture religieuse, bien que latente sous Hyrcan, allait grandir sous ses successeurs et jeter des ombres sur l’avenir d’Israël.
Le Règne d’Alexandre Jannée et la Fracture d’Israël
À la mort de Jean Hyrcan, le pouvoir passe brièvement à son fils Aristobule I, qui meurt rapidement. C’est son frère, Alexandre Jannée, qui prend les rênes du royaume en 103 av. J.-C.. Ce nouveau roi est un homme d’ambition, guerrier dans l’âme, déterminé à élargir encore les frontières d’Israël. Sous son règne, le royaume connaît de nouvelles conquêtes, mais à quel prix ! Si Alexandre Jannée réussit à étendre le territoire, son règne est aussi synonyme de division intérieure.
Les Pharisiens, défenseurs de la loi, s’opposent à Jannée, non seulement pour sa brutalité, mais aussi pour son manque de respect envers certaines pratiques religieuses sacrées. Le roi réprime cette opposition avec une cruauté sans précédent. Il fait crucifier des milliers de Pharisiens lors d’un festin, semant la terreur dans tout le royaume. Ce règne de sang affaiblit moralement la dynastie, et lorsque Jannée meure en 76 av. J.-C., il laisse derrière lui un royaume divisé et une dynastie entachée par la violence.
C’est à sa veuve, la sage Salomé Alexandra, qu’il incombe de tenter de restaurer la paix. Durant son règne, elle cherche à réconcilier les factions et rétablit les Pharisiens dans leurs fonctions, espérant apaiser les divisions internes. Son règne marque un bref retour à la stabilité, mais cette paix fragile n’est qu’un répit avant la tempête qui couve.
La Querelle entre Hyrcan II et Aristobule II : L’Ambition Fratricide
À la mort de Salomé Alexandra en 67 av. J.-C., le conflit éclate entre ses deux fils, Hyrcan II et Aristobule II. Ce moment est crucial dans l’histoire d’Israël. Hyrcan, l’aîné, est un homme de nature douce et faible, tandis qu’Aristobule, plus jeune, est énergique et déterminé. Bien que Hyrcan soit d’abord désigné comme grand prêtre et roi, il est rapidement renversé par son frère Aristobule, qui s’impose par la force.
Aristobule, fort de son soutien parmi les Sadducéens et les militaires, prend le trône sans difficulté, reléguant Hyrcan à une vie de retraite. Mais l’ambition et la vengeance continuent de hanter la famille hasmonéenne. Antipater, un homme d’origine iduméenne et conseiller influent d’Hyrcan, voyant une opportunité de pouvoir, encourage Hyrcan à reprendre la lutte contre son frère. Antipater, fin stratège, convainc Hyrcan qu’il est de son devoir de réclamer la couronne.
Le conflit ne tarde pas à dégénérer en une guerre civile. Hyrcan, sous l’influence d’Antipater, fait appel à des alliés extérieurs pour restaurer son trône. Les Nabatéens, un peuple arabe voisin, s’allient à Hyrcan et envahissent la Judée. Aristobule, malgré sa vaillance, se retrouve assiégé dans Jérusalem. La guerre fratricide atteint alors un point de non-retour.
L’Appel à Rome : La Fin de l’Indépendance Hasmonéenne
C’est dans ce contexte de division et de chaos que les deux frères, incapables de trouver une solution pacifique, se tournent vers une puissance étrangère : Rome. Aristobule, voyant la menace des Nabatéens grandir, fait appel au général romain Pompée, espérant que Rome interviendra en sa faveur. Hyrcan, à son tour, sollicite l’aide romaine, avec Antipater jouant un rôle clé dans cette démarche.
En faisant appel à Rome, les deux frères scellent le destin de la dynastie hasmonéenne et de l’indépendance d’Israël. Ce qui avait commencé comme une querelle fratricide se transforme en une opportunité pour une puissance étrangère de s’immiscer dans les affaires d’Israël. Les Hasmonéens, autrefois héros de la liberté religieuse, sont désormais les instruments de leur propre soumission. Israël, au lieu d’être un peuple uni sous la Loi de Dieu, se divise et cherche la protection des empires païens, trahissant ainsi l’héritage des Maccabées.
