Des mots grecs pour une pensée hébraïque : l’empreinte du ciel sur les auteurs du Nouveau Testament

Le monde romain parlait latin ; le commerce parlait grec ; mais Dieu avait parlé en hébreu.

Et lorsque les premiers témoins du Christ prirent la plume pour transmettre ce qu’ils avaient vu de leurs yeux, entendu de leurs oreilles, touché de leurs mains — la Parole de vie —, ce fut en grec qu’ils s’exprimèrent. Pourtant, ce grec n’était pas celui des sophistes ni des poètes d’Alexandrie : c’était un grec traversé par l’âme hébraïque, un instrument souple mais habité par un autre feu.

Car les évangélistes, les apôtres, les disciples étaient tous, sans exception, des fils d’Israël, nourris au lait de la Torah, formés dans la synagogue, pétris des Psaumes et des Prophètes. Leur oreille intérieure reconnaissait le rythme des bénédictions d’Abraham, leur esprit discernait dans le monde un Dieu qui parle, qui agit, qui sauve, un Dieu personnel, saint, fidèle à l’Alliance.

Ainsi, lorsque Jean écrit en grec « En archê ên ho Logos » (Au commencement était la Parole), c’est « Bérechith » qui résonne dans son âme — la première parole de la Genèse. Et ce Logos n’est pas un concept abstrait issu du stoïcisme, mais le Verbe vivant de l’Éternel, le Dabar YHWH, cette parole créatrice, puissante, efficace, qui dit et qui fait, qui ordonne et qui soutient.

De même, lorsque Paul parle de grâce, de justice, de foi, ces termes, bien que grecs, sont comme des vases pleins d’un vin ancien : leur contenu vient des Écritures hébraïques. Ils ne se comprennent que dans la lumière du Sinaï, du Temple, du Serviteur souffrant, de la promesse faite à David, de la Pâque, du Sang, de l’Exode — toutes réalités imprimées dans la conscience de l’apôtre des nations.

Oui, les mots du Nouveau Testament sont grecs, mais la vision du monde qui les inspire est hébraïque, parce qu’elle est née d’un peuple à qui Dieu a confié ses oracles (Romains 3.2), et qui, même dans ses égarements, conserve l’empreinte de la voix divine.

C’est pourquoi cette parole apostolique, bien qu’adaptée aux nations, garde l’autorité de la Révélation ancienne, accomplie et élevée à sa plénitude en Jésus-Christ. Elle est l’arche d’une pensée sanctifiée par l’hébreu, mais offerte au monde entier par le moyen du grec.

Ainsi, dans ce mystère de la transmission, Dieu a uni le particularisme d’une langue sacrée et l’universalité d’une langue commune, comme pour dire au monde : « Ce que j’ai dit à Israël dans le secret, je l’annonce à présent du haut des toits, pour que tous les peuples entendent. »

Mais jamais l’esprit des auteurs n’a trahi leurs racines. Ils ont parlé grec, mais leurs pensées montaient du sol de l’Alliance, et leur regard était formé par la langue même de la Création — cette langue où chaque mot est signe, chaque racine est mystère, chaque nom est vocation.