Une enfance entre la mémoire de Calvin et la menace catholique
L’an de grâce 1623 vit s’ouvrir à Genève une vie qui devait marquer le protestantisme d’un sceau profond et durable. François Turretin naquit dans une ville où chaque pierre, chaque rue, chaque chaire portait encore l’empreinte vivante de Jean Calvin, dont la voix semblait ne s’être tue que la veille. La Genève du XVIIe siècle n’était plus celle des commencements flamboyants de la Réforme, mais elle demeurait une citadelle assiégée, un flambeau dressé dans la nuit de l’Europe troublée.
Son père, Benoît Turretin, était lui-même un défenseur ardent de la vérité évangélique. Originaire de Lucques en Toscane, il avait fui l’Italie dominée par Rome pour trouver dans la cité de Calvin une patrie de l’esprit. Pasteur, professeur, théologien engagé, il transmit à son fils non seulement une foi vive mais aussi le sens du combat. Ce fut donc dans un foyer de ferveur et de rigueur que François grandit, abreuvé aux sources pures des Écritures, mais aussi éveillé très tôt à la conscience d’un monde hostile à la vérité de Dieu.
Car tout autour, le tumulte faisait rage. Les armées catholiques et protestantes s’étaient déjà affrontées dans le Saint-Empire, prélude aux abîmes de la guerre de Trente Ans. La France, après les Guerres de Religion, consolidait l’absolutisme royal sous Richelieu, au prix de l’affaiblissement du protestantisme national. Et Rome, tel un dragon blessé, redoublait d’efforts pour reconquérir les terres qu’elle avait perdues. La Contre-Réforme battait son plein.
Dans ce contexte, la Genève de 1623 était une forteresse de doctrine et d’instruction. L’Académie, fondée par Calvin et Théodore de Bèze, formait les pasteurs du Refuge, envoyés en France, en Italie, aux Pays-Bas, porteurs de la lumière scripturaire. François Turretin, enfant d’un tel temps et d’un tel lieu, fut bercé dès sa jeunesse par l’écho des psaumes, le verbe des prophètes et la clarté des syllogismes théologiques. Il ne grandit pas pour lui-même, mais pour une cause.
Il vit, dès ses premières années, que la foi chrétienne n’était pas un ornement paisible mais une bannière en guerre. Il comprit, encore enfant, que la fidélité aux Écritures ne vaudrait que par sa fermeté contre l’erreur. Et Dieu le préparait. Car en cette année 1623, le monde réformé avait besoin de gardiens. L’un d’eux venait de naître.
