Dans l’histoire des idées humaines, il est des traditions qui, par la durée de leur règne, par la majesté de leurs auteurs, et par l’emprise qu’elles exercent sur l’imaginaire collectif, finissent par se confondre avec la vérité elle-même. Il en va ainsi de cette croyance devenue dogme universel : la rotondité de la terre.
Ce dogme n’a pas été enfanté par la Révélation, mais par la philosophie grecque. Ce ne sont ni Moïse, ni David, ni les prophètes, ni les apôtres, mais Pythagore, Platon et Aristote, qui les premiers ont façonné cette image sphérique de notre demeure terrestre. Non point par révélation d’en-haut, mais par spéculation d’en-bas ; non point en s’inclinant devant la parole du Très-Haut, mais en contemplant l’idéal de la forme parfaite : la sphère.
Aristote, ce maître de la raison antique, fonda sa démonstration non sur une observation directe, mais sur des signes interprétés selon son système. Il parla de l’ombre ronde de la terre sur la lune, du changement des étoiles avec la latitude, et de l’apparition des navires à l’horizon. Mais il ne vit jamais la courbure ; il la supposa. Il ne mesura pas la sphère ; il la voulut.
Et cette supposition devint tradition. Transmise par les géographes hellénistiques, reprise par les docteurs médiévaux, assumée par les explorateurs de la Renaissance, sanctifiée par les académies royales, et intégrée enfin dans les calculs des modernes — elle est devenue un présupposé universel, un fondement silencieux de toutes les théories physiques contemporaines.
Mais qui s’est arrêté pour interroger ce fondement ? Qui a osé examiner cette tradition à la lumière de la Parole de Dieu ? Qui a crié, comme les Béréens : « Est-il ainsi écrit ? »
Or la Bible ne parle pas d’une sphère suspendue dans le vide. Elle parle de piliers, de fondements, de cieux étendus comme une tente, d’un firmament qui sépare les eaux d’en-haut et les eaux d’en-bas, d’une terre immobile préparée pour l’homme. Elle ne décrit point un globe tournoyant dans l’espace, mais un monde ordonné, stable, hiérarchisé, habité, gouverné par Dieu pour sa gloire.
Et pourtant, cette conception biblique du monde a été mise de côté, méprisée, oubliée. On l’a rejetée comme une image naïve, un langage d’ignorants, au profit de la philosophie grecque baptisée par la scolastique, puis exaltée par la science moderne.
Faut-il, parce que la tradition est ancienne, parce que les savants sont unanimes, et parce que l’on a bâti tant de théories sur ce fondement, faut-il donc s’y soumettre aveuglément ? L’histoire de l’Église nous enseigne au contraire à éprouver toute chose à la lumière des Écritures. Luther ne s’inclina point devant les docteurs de son temps. Calvin n’adora point la scolastique. Les réformateurs remirent tout à l’épreuve de la Parole.
Et nous, enfants de la Réforme, accepterions-nous sans examen une tradition venue de la Grèce païenne, qui contredit le témoignage inspiré ?
Le combat n’est pas d’ordre géographique, mais spirituel. Ce qui est en cause, ce n’est point la forme d’un globe, mais l’autorité qui détermine notre vision du monde. La question n’est pas : la terre est-elle ronde ? mais bien : quel est le fondement de notre connaissance — Dieu ou l’homme ?
Refusons donc de bâtir notre science sur le sable mouvant des traditions humaines. Revenons à la Parole. Plaçons notre regard sous l’autorité de Celui qui a créé les cieux et la terre, et qui seul peut nous enseigner ce qu’Il a fait.
Car il est écrit :
« C’est par la foi que nous comprenons que les mondes ont été formés par la parole de Dieu » (Hébreux 11.3)
